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Anne Rosencher

@ARosencher • 42,736 subscribers

Journaliste et directrice déléguée de la rédaction de L’Express. Podcast Les Grands Entretiens. Billetiste du vendredi sur France Inter. Flamenca pratiquante

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« J’ai fait ça en déportation. Alors je fais ça très bien. Ça a été mon métier. » 1976. Alors qu’elle pose la brique symbolique d’une inauguration d’hôpital, Simone Veil dit pour la première fois en public sa déportation, dans une France qui n’en parle encore que très peu. Cette force dans l’anodin (apparent), ce surgissement, ont toujours été pour moi inouïs.

« J’ai fait ça en déportation. Alors je fais ça très bien. Ça a été mon métier. » 1976. Alors qu’elle pose la brique symbolique d’une inauguration d’hôpital, Simone Veil dit pour la première fois en public sa déportation, dans une France qui n’en parle encore que très peu. Cette force dans l’anodin (apparent), ce surgissement, ont toujours été pour moi inouïs.

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Les images qui nous sont parvenues de la fête de l’Humanité disent quelque chose, non pas des fractures qui traversent la gauche, car ça ce n’est pas un scoop : ces fractures sont graves, profondes ; les désaccords sont mutuels, et de nature à empêcher toute union électorale pour peu qu’on ait un peu d’esprit de conséquence. Ce qui me marque, ce ne sont pas les désaccords, donc, mais cette ambiance d’excommunication goguenarde qui fait désormais l’ethos de beaucoup de militants de la France insoumise et de ses représentants politiques. Sur le fond, c’est un refus de reconnaître l’adversaire comme interlocuteur légitime ; sur la forme, c’est un manque de civilité républicaine de base. Cela est rendu possible par la façon dont cette gauche-là fonctionne. C’est-à-dire : d’abord, s’arroger le monopole de la définition de ce qui est de gauche ou non, puis dire que les autres, tous les autres, c’est « les fachos ». Ca tourne en rond comme une démonstration à vide mais c’est désormais le logiciel de beaucoup de militants insoumis. Et puisqu’il y a ce « nous, la gauche », et ce « eux, les fachos », eh bien, tout est permis. jusque parfois l’incitation à la brutalité, ou les raids numériques en meute. Politiquement, cette stratégie galvanise, notamment, une grande part de la jeunesse diplômée des métropoles, auprès de laquelle la France insoumise fait un carton. Mais cette sociologie, qui se voit si belle en son miroir, ne s’aperçoit pas qu’elle renvoie une image sectaire et méprisante partout en dehors de sa bulle, surtout dans la France populaire des campagnes et des villes moyennes . Ces porte-étendards se croient les hérauts du supplément d’âme ; ils agissent surtout comme des repoussoirs, qui participent à mobiliser contre la France Insoumise. Rappelons d’ailleurs à cet égard que Jean-Luc Mélenchon est, dans les toutes les enquêtes récentes, celui que Marine Le Pen battrait le plus nettement au second tour de la présidentielle.

Anne Rosencher

287,121 次观看 • 9 天前

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Qu’est-ce qu’une société ? ⬇️ Deux chercheuses ont publié récemment une étude passionnante sur le destin salarial des femmes en entreprises. Exploitant les données administratives du Danemark, elles ont suivi l'ensemble des salariés et des entreprises du pays entre 1992 et 2017. Qu’ont-elles constaté ? Que lorsqu'un manager masculin devient - dans sa vie privée - père d’une petite fille, l'écart de rémunération entre les hommes et les femmes dans son entreprise se réduit - précisons que pour le démontrer, les chercheuses se sont concentrées sur les petites entreprises, où ces décisions sont l’affaire d’un seul manager. On comprend le mécanisme derrière les résultats de l’étude (mise en lumière cette semaine par The Economist) : quand vous avez vous-même une fille, vous souhaitez un monde où elle soit respectée. Et donc vous contribuez à l’améliorer. Cela confirme au passage une confidence que m’avait faite Anne Lauvergeon en 2011, alors que j’écrivais un portrait sur elle. Seule patronne dans un monde de patrons, souvent en butte au machisme de ses homologues ou des hommes politiques, elle m’avait dit : « Vous savez, je peux très vite deviner lesquels de mes interlocuteurs ont des filles qu’ils chérissent. Parce que ceux-là font preuve de plus de respect à mon égard. » Voilà qui permet de toucher du doigt un concept que l’on oublie trop souvent, et qui pourtant est fondamental : le concept de société. C’est-à-dire que nous envisageons les choses soit à l'échelle de l’individu qui ne cesse de répéter « j’y ai droit », soit à l'échelle du cadre général, c’est-à-dire les lois. Mais entre l’individu et la loi il y a une étape, que nous oublions : celles des interactions, de l'interconnexion des destins… Bref : la société. Cette somme de devoirs mutuels, dont nous prenons parfois conscience dans de petites épiphanies amicales ou familiales, comme ces patrons de l’étude, qui comprennent qu’ils ont un rôle à jouer pour améliorer les règles quis’appliqueront un jour à leurs propres enfants. Certains politiques prétendent que ça n’existepas. « There is no such thing as society ! » disait Margaret Thatcher : « la société, ça n’existe pas. » Je crois au contraire que la société existe, et qu’elle fait l’ambiance démocratique. Ce ne sont pas les lois qui nous façonnent, mais les mœurs qui donnent leur force aux lois. Sans société – c’est à dire sans cette idée que nous nous devons quelque chose les uns aux autres -, il n'y a pas de démocratie qui tienne. Vu l’ambiance générale, il ne me semblait pas tout à fait inutile de le rappeler.

Anne Rosencher

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Samuel Paty, onze jours de solitude. J’ai vu le documentaire de Public Sénat, qui revient dans le détail sur les derniers jours de Samuel Paty. Onze jours se sont écoulés entre son cours sur la liberté d’expression, diffamé par une élève absente, et le meurtre du professeur par décapitation dans une petite rue d’un quartier pavillonnaire. Onze jours de solitude. Où la proviseure du collège prend ses distances avec le professeur. Où le référent laïcité de l’académie, le sermonne. Où deux de ses collègues se désolidarisent dans des mails envoyés à l’ensemble de la communauté éducative. Où Samuel Paty doit se justifier dans une réunion où il apparaît comme le mis en accusation. A part quelques gestes de solidarité, il est seul. Et parallèlement à cela… Pendant ces mêmes onze jours, la collégienne menteuse reçoit le soutien aveugle de son père, qui lui-même reçoit le soutien d’un imam islamiste, qui l’accompagne au collège pour lui prêter main-forte. Et ces deux-là reçoivent des centaines de messages de solidarité sur les réseaux sociaux. La mosquée de Pantin, endossant la cabale, diffuse leurs vidéos... Oui, ce qui m’a saisie, en voyant ce documentaire, c’est cette asymétrie entre la solitude de Samuel Paty et le soutien galvanisé dont jouissaient ses détracteurs. Une asymétrie qui témoigne d’à quel point, parfois, la République désarme face à ceux qui la haïssent. Un détail encore : dans les tout derniers jours, Samuel Paty, terrifié, veut se rendre au collège en voiture, mais depuis des mois, son bip pour le parking de l’établissement ne fonctionne pas. Là encore, il ne parvient pas à obtenir qu’on le change. Alors, de guerre lasse et sachant qu’il va devoir faire le trajet à pied, il met un marteau dans son sac. Cette arme de fortune, cette arme dérisoire, dit tout du soutien et de la protection qui lui ont manqué. Et puis il y a ce mail qu’il écrit le dimanche 11 au soir, que j’ai découvert, celui-là, en lisant la presse. Samuel Paty l’envoie pour répondre à ceux de ses collègues qui se désolidarisent. Il tient ferme sur les principes, réitère qu’il n’est en aucun cas sorti des clous ni au regard de la loi ni au regard de la laïcité. Mais au détour d’un paragraphe, il écrit : « J’aurais dû dépasser ces arguties juridiques, et éviter de faire une erreur humaine. » Cette incise-là me fend le cœur. Je la comprends. Elle montre que Samuel Paty, contrairement à ses détracteurs, doute. Il vit un enfer, et du fond de son enfer, il se demande ce qu’il a pu faire mal. Cette incise-là est terrible, oui. Depuis l’autre rive de la vie, désormais, on voudrait lui dire qu’il n’a fait qu’accomplir sa mission. Face à l’agit-prop islamiste qui a armé un terroriste, l’erreur – la faute, même – est venue de la République. Qui n’a pas fait corps. Par excès de pacifisme, par lâcheté, par crainte des vagues et des remous, elle a oublié qu’elle devait se défendre. Et que se défendre, c’était défendre Samuel Paty.

Anne Rosencher

350,521 次观看 • 11 个月前

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Ce mardi, à Herat, une ville à l'Ouest de l'Afghanistan, les talibans ont fait tirer à balles réelles sur une petite foule de femmes et d'hommes descendus dans la rue, au cri de : « éducation, travail, liberté. » Le bilan n'est pas connu, ni celui des morts ni celui des blessés. On sait seulement que parmi ces derniers, beaucoup ont préféré fuir plutôt que d’être pris. La raison de ce rassemblement dans le quartier de Jebrail (80 000 habitants) était que, quelques jours avant, entre le 5 et le 7 juin, plusieurs dizaines de femmes y avaient été arrêtées. Emmenées par la police des mœurs, rattachée au ministère de la répression du vice et de la promotion de la vertu. Elles avaient été arrêtées, ces femmes, pour non-respect du code vestimentaire : plutôt que la burqa intégrale prescrite par cette lecture fanatique de l’islam, certaines portaient le voile accompagné d'un masque FFP2 qui pourtant cache une bonne moitié du visage. Mais même la moitié, ce n'est pas assez. Il faut traquer jusqu'au moindre cil, jusqu'au moindre éclat d'iris, jusqu'au moindre bout de front ou d'affront. L’Afghanistan est un pays où les femmes n'ont plus le droit de rien : ni d’étudier, ni de travailler, ni de faire entendre le son de leur voix, ni d'être vues chez elles, depuis l'extérieur. C'est un enténèbrement. Des femmes. Mais aussi des filles. Un récent décret ayant autorisé de facto le mariage de ces dernières avant la puberté. Ce que démontre la répression de mardi dernier, cependant, c'est qu'il existe, désormais, des poches de résistance. Le quartier de Jebrail, ai-je appris, est historiquement peu favorable aux islamistes. Et clandestinement, une contre-vie s'y organise, faite d'écoles cachées, de soins dispensés, ou de musiques discrètes lors de célébrations secrètes. Depuis que les talibans ont repris le pouvoir en 2021, les femmes ont été emmurées, et le pays s’effondre. Je l'ai déjà dit ici : une nation qui maltraite ses femmes court au désastre. Ce n'est pas un slogan. C'est un fait. Aucune nation qui maltraite ses femmes ne s'en sort politiquement, ni économiquement. Le régime taliban ne prive pas simplement le pays de la moitié de l’humanité, de la moitié de sa richesse, mais il y produit le chaos de la misère affective et sexuelle, l'agressivité d'une frustration systémique, et l’étouffement de toute joie. Le régime est un mort à crédit, dont on démantèlera un jour les pick-up de l’effroi. Quand ? Le niveau effroyable de la répression qui sévit laisse peu d'espoir pour le court terme. En attendant, parlons autant que nous pouvons de ces poches de résistance. Car on sait que le courage est contagieux, et donc qu'il doit être dit, partout, pour qu’il soit répété, su, et que l’information revienne au pays, par des canaux de fortune. Parlons autant que possible de ces flammes de la liberté. Et de ce qu’il en coûte à ceux qui ont le courage de les allumer.

Anne Rosencher

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L'Abandon, Gilles Lellouche et le silence de nos renoncements Deux polémiques ont concerné des films projetés à Cannes cette année. Je ne m'étends pas sur la première tant elle devient un classique : certains commentateurs ont accusé le film L’Abandon – qui retrace les derniers jours de Samuel Paty – d’être « problématique » voire « islamophobe ». Parce qu’il n'élude pas la responsabilité centrale de l'islamisme dans la décapitation du professeur, le film jetterait l'opprobre sur tous les musulmans. On connaît la chanson. La deuxième polémique s'est, elle, abattue sur l’acteur Gilles Lellouche, après qu'il a balayé avec agacement une interpellation du média d'extrême gauche Paroles d'Honneur au sujet du film Moulin, dans lequel l’acteur tient le rôle du grand résistant. « Pensez-vous – s’est-il entendu demander – qu'il est aujourd'hui primordial, pour ne pas trahir la mémoire de Jean Moulin, de combattre le RN ? Et pensez-vous que La France insoumise est aujourd'hui le meilleur rempart à l'extrême droite, son programme étant inspiré du Conseil national de la Résistance ? » Un raisonnement, plus qu’une question, au terme duquel : Jean Moulin, c’est LFI, et LFI c’est Jean Moulin. Il fait oser. La France libre est un héritage impossible. Trop grand, trop lourd pour qu’un quelconque parti en temps de paix puisse s’en prévaloir. Nous, puceaux de l’Histoire, générations épargnées, qui ne savons pas ce que nous aurions eu dans le ventre à leur place. Pour avoir répondu avec agacement à cette injonction, Gilles Lellouche a dû essuyer une polémique virulente – au point de se sentir contraint, quelques jours plus tard, de se justifier –, une polémique portée par les réseaux, relayée par certains médias, l'accusant de lâcheté. En miroir, des sites ou des chaînes comme CNews en ont fait beaucoup, contents de donner l’impression que seul leur camp défendait l’acteur. Une fausse impression en vérité, mais une impression rendue possible par le relatif silence du mainstream - précisons que j’emploie ce mot sans connotation négative : le mainstream, j’en fais partie. Ce silence-là est une somme de renoncements individuels. Par peur que sa position ne génère un malentendu, par peur d'être assimilé soi-même à l'extrême droite, ou tout simplement par lassitude des polémiques, on peut en venir à laisser passer, laisser dire, ne pas déconstruire, par exemple, la mauvaise foi qui entoure ces mauvais buzz. Et ce silence sécrète du désastre. L'histoire récente des Etats-Unis nous l’enseigne : quand elles semblent validées par le mainstream, les outrances d’une minorité radicale déguisée en progressisme tendent les ressorts d'une réaction qui n'a rien d'un rééquilibrage. Arrivé au pouvoir en prétendant mettre fin à l’unanimisme dans l’université ou les médias, le trumpisme montre depuis qu'il n'est en rien une défense de la liberté des opinions mais une pulsion autoritaire qui saque et dégage toute voix discordante. De cela n’avons-nous rien appris ? Les polémiques autour de L’Abandon ou de Gilles Lellouche sont faites, selon moi, de cette matière dont on pave de mauvais chemins.

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"Je vais dire ce que je pense des vitraux contemporains installés à Notre-Dame à la place des vitraux de Viollet-le-Duc : c'est une dépense somptuaire. A 4 millions d'euros. Les mécènes de la cathédrale ont refusé de la financer (ils avaient donné pour la restauration, pas pour une création) et cette somme a donc pesé sur le budget du ministère de la Culture. On me dira que 4 millions, ce n'est pas grand-chose au regard du 1,2 milliard annoncé pour le grand projet du Louvre. Mais 4 millions, c'est la moitié d'une tranche de restauration d'une cathédrale. Et c'est précisément ce qui manque à Chambord pour engager la restauration de l'aile François Ier, qui s'affaisse sur un sol qui n'est plus stable. Chambord a demandé 6 millions au ministère pour lancer la première phase. On leur en a accordé 1,5 million. La différence : 4,5 millions. Exactement le coût des vitraux de Notre-Dame. Ce n'est pas que du symbole : c'est une question de gestion rigoureuse de crédits rares. L'Assemblée nationale a calculé que les grands édifices appartenant à l'État nécessiteront, dans les quatre à cinq ans à venir, 3 milliards d'euros d'investissements. J'ai refait le calcul de mon côté : je trouve plutôt 5 milliards. Et il ne s'agit là que de quelques grands édifices, parisiens pour l'essentiel. Voilà la réalité. Il y a un mur. Et on ne peut plus se permettre de gaspiller" L'intégralité de l'entretien avec Maryvonne de Saint-Pulgent est à regarder ici :

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Alors qu'elle témoignait à l'occasion de la sortie de son livre, Gisèle Pélicot s'est confiée à plusieurs reprises sur une chose qui m'a marquée : pendant son procès, alors qu'elle apparaissait pour la première fois en public, certains lui ont reproché son élégance. Qu'elle soit toujours impeccablement habillée et coiffée les faisait tiquer. Comme si une femme qui a vécu ce qu'elle a vécu ne pouvait se permettre de prendre soin de son apparence. En tout cas pas aussi tôt. Comme si cette élégance était preuve d'une futilité. Comme si ce ressort-là était indécent dans l'épreuve. Cela m'a rappelé certains témoignages que j'ai reçus après une chronique que j'avais faite ici même, il y a quelques années, sur une question ayant trait au maquillage. Une femme à qui l'on avait reproché ses ongles peints, en plein deuil. Une autre à qui le personnel médical avait dit « eh bien, on a trouvé le temps de se pomponner, madame ? » quarante-huit heures après une opération angoissante. Toujours cette idée derrière - qu'elle vienne d'hommes ou de femmes d'ailleurs - qu'on aurait autre chose à faire que ces futilités-là dans les épreuves de la vie. Ce ne sont en rien des futilités. On parle de ressorts qui peuvent être d'une force inouïe. D'un rapport à soi salvateur parfois, dans la mise à distance du destin. Je me souviens d'avoir été bouleversée par une interview de Simone Veil dans Paris Match, en 1994. Elle y parlait de ses cheveux. Et disait combien il avait été important d'avoir appartenu à un convoi pour Auschwitz dont on n'avait pas rasé la tête des filles. « En gardant des cheveux, témoignait-elle, nous gardions une forme de dignité. Et l'humiliation d'avoir la tête rasée nous a, par chance, été épargnée. » La volonté d'atteindre à la féminité a toujours été une façon de vouloir briser les femmes… De nombreux témoignages dans l'histoire décrivent à quel point la préservation pour soi d'une élégance, à quel point ces rituels de la féminité peuvent revêtir une importance capitale. Les archéologues rapportent l'histoire d'une femme, Babatha, un siècle après Jésus - Christ, sous le règne de l'empereur romain Hadrien. S'enfuyant de son village en proie à la violence, elle emporte avec elle dans la grotte où elle va survivre, son droit (c'est-à-dire les contrats établissant ses biens) et des accessoires de maquillage rassemblés dans un petit sac de cuir. Ceux qui n'y voient qu'injonction et futilité n'ont rien compris. Il existe une coquetterie qui est un rapport de soi à soi. Certaines, je le sais, qui ont connu des épreuves terribles, pourraient dire en paraphrasant Gary, qu'elles doivent à la féminité leurs rares instants de victoire sur l'adversité. C'est une façon de se présenter au monde. Une proclamation. Bref. C'est une force.

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Orthographe : ce n'est pas l'exigence qui discrimine, mais son effondrement D'abord, je voudrais revenir sur une controverse similaire, qui a eu lieu dans notre pays ces dernières décennies. Elle concernait l’apprentissage de la lecture. Dans les années quatre-vingt, l’école publique a délaissé la méthode dite syllabique – c’est-à-dire le déchiffrage du type B+A = BA – au profit de la méthode globale ou semi-globale, qui s’appuie sur la mémoire visuelle des mots. Pourquoi ? Parce qu’une nouvelle pédagogie jugeait la méthode syllabique conservatrice, trop exigeante, et prônait une « démocratisation » de l’écrit, notamment pour les enfants issus des classes populaires. Jusqu’à ce que des enquêtes viennent jeter un froid. Notamment une étude, pilotée en 2014 par l’Université de Saint-Quentin-en-Yvelines et le CNRS, portant sur plusieurs centaines d’élèves en Zone d’Éducation Prioritaire. Ce rapport battait en brèche les présupposés, et démontrait que « le manuel le plus efficace" chez ces élèves était aussi « le plus exigeant ». 19 points de réussite supplémentaires sur 100 aux épreuves de compréhension avec la méthode syllabique ! Que l’on a, depuis, réintroduite en partie. Apprendra-t-on un jour de nos erreurs ? En juin dernier, avec ma collègue de L’Express Amandine Hirou, nous avons obtenu le compte rendu d’une « réunion d’entente académique » - ces réunions durant lesquelles les inspecteurs pédagogiques donnent leurs consignes aux correcteurs du bac. Et dans cette séance, des professeurs de français d’Île-de-France se sont entendu dire que l’orthographe « représentait une part assez minime » de ce qu’on attend d’un élève au bac français. Voilà où l’on en est. Mais certains, donc, voudraient aller encore plus loin, et reprochent au ministre de l'Education nationale, Édouard Geffray, de vouloir durcir le niveau d'exigence. Une politique qu'ils jugent inégalitaire. Las ! Voilà trente ans que le niveau baisse, et trente ans que les inégalités scolaires explosent. Ce n’est pas l’exigence qui discrimine. Mais l’effondrement de l’exigence. Car de cet effondrement naît un deux-poids-deux-mesures : entre ceux qui attendent tout de l’école, et ceux dont les parents peuvent aider, payer des profs particuliers, etc. Entre ceux à qui l’on aura dit « t’inquiète, l’orthographe c’est un truc de réacs », et ceux à qui on aura répété en boucle « chou, hibou, caillou, genou », et qui seront favorisés. Certains sont sincères en prônant la baisse de l’exigence. Soit : débattons. D’autres – et à ceux-là j’en veux – sont cyniques. Ils veulent le beurre et l’argent du beurre : la posture morale, et l’avantage qu’ils tirent pour eux ou pour leurs enfants de la situation provoquée. C’est en étant exigeant avec tout le monde – sans présupposé de classe – que l’on offre la possibilité à tous de pouvoir réussir scolairement. Ça sonne peut-être un peu conservateur. Mais l’école est en partie un conservatoire. Il ne faut y toucher qu’avec la main qui tremble.

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Didier Bourdon, l'Inconnu qui conquiert la France (mais dont Paris ne parle pas) C’est le cas typique de l’acteur dont on ne parle pas beaucoup, mais qui imprègne la société l’air de rien. Depuis 2021, Didier Bourdon a figuré au générique de 16 films, dont deux ont fait autour d’un million d’entrées ; deux au-dessus de 2 millions d’entrées et un, même, au-dessus de 4 millions ! Un succès non négligeable, donc, mais qui passe, en grande partie, sous les radars de la conversation parisienne. Peut-être, déjà, parce que le comédien joue dans des films qui cartonnent surtout hors de la capitale. Comment je le sais ? Eh bien, parce qu’il existe un indicateur que je scrute régulièrement, et qui mesure le rapport entre les entrées « France entière » et celles enregistrées à Paris. Et grâce à la société ComScore qui a bien voulu remonter dans l’historique de ses données pour les besoins de cette chronique, je peux vous dire que sur les 16 films qu’a tournés Didier Bourdon depuis 2021, treize ont un coefficient Paris-Province trois fois supérieur à ce qu’il est en moyenne. Didier Bourdon est donc l’un des acteurs préférés de la France hors métropoles, celle dont beaucoup parlent en disant « les territoires » et en prenant des airs désolés. Sachez qu’en plus de ce succès au cinéma, le comédien a par ailleurs incarné le personnage principal du « Daron », une série diffusée en prime time ces deux dernières années sur TF1. Et qu’il apparaît même dans un clip du chanteur marseillais Soprano Au fil des années, le comédien a façonné un personnage. J’en ai trouvé un bon résumé sur un le Gorafi (le site satirique). Récemment, pour se moquer de la frénésie de tournage de l’acteur, le Gorafi lui consacrait un faux article, titré ainsi : « Par erreur, Didier Bourdon joue deux fois dans le même film ». C’est vachard, mais c’est le principe. A l’intérieur du faux article, on pouvait trouver néanmoins cette description de son personnage récurrent : « Un Français, dans la force de l’âge, qui se retrouve confronté à un monde qu’il ne connaît pas. » C’est très juste. De Fernand Raynaud à Michel Galabru en passant par les immenses Bourvil, De Funès, ou Carmet, la culture populaire a toujours eu besoin de son Monsieur Michu dépassé par les événements, pour exorciser les angoisses du moment. Aujourd’hui, Christian Clavier en incarne le versant bourgeois ; Didier Bourdon, le versant classe-moyenne et populaire. A travers lui, c’est une façon pour beaucoup de Français de rire d’eux-mêmes, sans pour autant se sentir méprisés par un regard en surplomb. Didier Bourdon, c’est la joie de l’autodérision.

Anne Rosencher

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