
Anne Rosencher
@ARosencher • 42,346 subscribers
Journaliste et directrice déléguée de la rédaction de L’Express. Podcast Les Grands Entretiens. Billetiste du vendredi sur France Inter. Flamenca pratiquante
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Ce mardi, à Herat, une ville à l'Ouest de l'Afghanistan, les talibans ont fait tirer à balles réelles sur une petite foule de femmes et d'hommes descendus dans la rue, au cri de : « éducation, travail, liberté. » Le bilan n'est pas connu, ni celui des morts ni celui des blessés. On sait seulement que parmi ces derniers, beaucoup ont préféré fuir plutôt que d’être pris. La raison de ce rassemblement dans le quartier de Jebrail (80 000 habitants) était que, quelques jours avant, entre le 5 et le 7 juin, plusieurs dizaines de femmes y avaient été arrêtées. Emmenées par la police des mœurs, rattachée au ministère de la répression du vice et de la promotion de la vertu. Elles avaient été arrêtées, ces femmes, pour non-respect du code vestimentaire : plutôt que la burqa intégrale prescrite par cette lecture fanatique de l’islam, certaines portaient le voile accompagné d'un masque FFP2 qui pourtant cache une bonne moitié du visage. Mais même la moitié, ce n'est pas assez. Il faut traquer jusqu'au moindre cil, jusqu'au moindre éclat d'iris, jusqu'au moindre bout de front ou d'affront. L’Afghanistan est un pays où les femmes n'ont plus le droit de rien : ni d’étudier, ni de travailler, ni de faire entendre le son de leur voix, ni d'être vues chez elles, depuis l'extérieur. C'est un enténèbrement. Des femmes. Mais aussi des filles. Un récent décret ayant autorisé de facto le mariage de ces dernières avant la puberté. Ce que démontre la répression de mardi dernier, cependant, c'est qu'il existe, désormais, des poches de résistance. Le quartier de Jebrail, ai-je appris, est historiquement peu favorable aux islamistes. Et clandestinement, une contre-vie s'y organise, faite d'écoles cachées, de soins dispensés, ou de musiques discrètes lors de célébrations secrètes. Depuis que les talibans ont repris le pouvoir en 2021, les femmes ont été emmurées, et le pays s’effondre. Je l'ai déjà dit ici : une nation qui maltraite ses femmes court au désastre. Ce n'est pas un slogan. C'est un fait. Aucune nation qui maltraite ses femmes ne s'en sort politiquement, ni économiquement. Le régime taliban ne prive pas simplement le pays de la moitié de l’humanité, de la moitié de sa richesse, mais il y produit le chaos de la misère affective et sexuelle, l'agressivité d'une frustration systémique, et l’étouffement de toute joie. Le régime est un mort à crédit, dont on démantèlera un jour les pick-up de l’effroi. Quand ? Le niveau effroyable de la répression qui sévit laisse peu d'espoir pour le court terme. En attendant, parlons autant que nous pouvons de ces poches de résistance. Car on sait que le courage est contagieux, et donc qu'il doit être dit, partout, pour qu’il soit répété, su, et que l’information revienne au pays, par des canaux de fortune. Parlons autant que possible de ces flammes de la liberté. Et de ce qu’il en coûte à ceux qui ont le courage de les allumer.
Anne Rosencher98,969 просмотров • 2 дней назад

Richard Malka : "Ca m'inspire du dégoût que (les humoristes de Radio Nova) se réclament de Charlie, qu'en fait ils abhorrent, pour ce type d'humour-là. Qu'ils se démerdent avec leur "humour" qui, selon moi, est une imposture. Ce qui m'interpelle plus, c'est la responsabilité de Matthieu Pigasse, qui finance sciemment un discours toxique pour la société. Il en a le droit, bien sûr. Mais cela m'interpelle." L'avocat, célèbre défenseur de la liberté d'expression et de l'universalisme républicain est mon invité à L'Express . Nous avons parlé de laïcité, de LFI, d'antisémitisme, de Samuel Paty, de la loi Yadan, des lois mémorielles, des droits de la défense et de bien d'autres choses encore... L'entretien dans l'intégralité de ses 45 minutes est à retrouver ici :
Anne Rosencher332,808 просмотров • 25 дней назад

L'Abandon, Gilles Lellouche et le silence de nos renoncements Deux polémiques ont concerné des films projetés à Cannes cette année. Je ne m'étends pas sur la première tant elle devient un classique : certains commentateurs ont accusé le film L’Abandon – qui retrace les derniers jours de Samuel Paty – d’être « problématique » voire « islamophobe ». Parce qu’il n'élude pas la responsabilité centrale de l'islamisme dans la décapitation du professeur, le film jetterait l'opprobre sur tous les musulmans. On connaît la chanson. La deuxième polémique s'est, elle, abattue sur l’acteur Gilles Lellouche, après qu'il a balayé avec agacement une interpellation du média d'extrême gauche Paroles d'Honneur au sujet du film Moulin, dans lequel l’acteur tient le rôle du grand résistant. « Pensez-vous – s’est-il entendu demander – qu'il est aujourd'hui primordial, pour ne pas trahir la mémoire de Jean Moulin, de combattre le RN ? Et pensez-vous que La France insoumise est aujourd'hui le meilleur rempart à l'extrême droite, son programme étant inspiré du Conseil national de la Résistance ? » Un raisonnement, plus qu’une question, au terme duquel : Jean Moulin, c’est LFI, et LFI c’est Jean Moulin. Il fait oser. La France libre est un héritage impossible. Trop grand, trop lourd pour qu’un quelconque parti en temps de paix puisse s’en prévaloir. Nous, puceaux de l’Histoire, générations épargnées, qui ne savons pas ce que nous aurions eu dans le ventre à leur place. Pour avoir répondu avec agacement à cette injonction, Gilles Lellouche a dû essuyer une polémique virulente – au point de se sentir contraint, quelques jours plus tard, de se justifier –, une polémique portée par les réseaux, relayée par certains médias, l'accusant de lâcheté. En miroir, des sites ou des chaînes comme CNews en ont fait beaucoup, contents de donner l’impression que seul leur camp défendait l’acteur. Une fausse impression en vérité, mais une impression rendue possible par le relatif silence du mainstream - précisons que j’emploie ce mot sans connotation négative : le mainstream, j’en fais partie. Ce silence-là est une somme de renoncements individuels. Par peur que sa position ne génère un malentendu, par peur d'être assimilé soi-même à l'extrême droite, ou tout simplement par lassitude des polémiques, on peut en venir à laisser passer, laisser dire, ne pas déconstruire, par exemple, la mauvaise foi qui entoure ces mauvais buzz. Et ce silence sécrète du désastre. L'histoire récente des Etats-Unis nous l’enseigne : quand elles semblent validées par le mainstream, les outrances d’une minorité radicale déguisée en progressisme tendent les ressorts d'une réaction qui n'a rien d'un rééquilibrage. Arrivé au pouvoir en prétendant mettre fin à l’unanimisme dans l’université ou les médias, le trumpisme montre depuis qu'il n'est en rien une défense de la liberté des opinions mais une pulsion autoritaire qui saque et dégage toute voix discordante. De cela n’avons-nous rien appris ? Les polémiques autour de L’Abandon ou de Gilles Lellouche sont faites, selon moi, de cette matière dont on pave de mauvais chemins.
Anne Rosencher111,614 просмотров • 16 дней назад

"Il y a quelques années, le Louvre a voulu acheter une œuvre 157 millions d'euros. Une seule œuvre ! C'est Roselyne Bachelot (ministre de la culture entre 2020 et 2022 NDLR) qui me l'a raconté, et cela m'a stupéfiée. Elle a eu un mal fou à empêcher cet achat. 157 millions, vous vous rendez compte ? Quand on sait que le Louvre prévoit de consacrer 30 millions à sa mise en sécurité… sur plusieurs années ! Voilà les injonctions contradictoires dans toute leur réalité : il faut être présent sur le marché de l'art, même quand ce marché s'envole et devient complètement délirant. Même quand, dans le même temps, on n'a pas les moyens d'entretenir ce qu'on possède déjà." Le patrimoine français est-il en péril ? Maryvonne de Saint-Pulgent, haut fonctionnaire, directrice générale du patrimoine de 1993 à 1997 est ma nouvelle invitée. L'intégralité de cet échange passionnant, sincère, et décoiffant est à retrouver ici :
Anne Rosencher241,525 просмотров • 3 месяцев назад

De Thierry la Fronde, je ne me souviens de rien. D'aucun personnage, aucun épisode. Seulement du générique. Un départ tonitruant à la trompette, un air de Moyen Âge fantasmé, qui me ramène instantanément à l’heure du goûter, l’été, à Royan, chez ma grand-mère, à boulotter des tartines après la journée au club Mickey – je précise par coquetterie, que Thierry La Fronde, à l’époque, c’était déjà une rediffusion. Si j’évoque ce matin ce souvenir-là, c’est parce que j’ai lu récemment que nous, spectateurs, zappions de plus en plus les génériques des séries. C’est Netflix qui, en 2017, a conçu en premier le bouton « passer l’intro », constatant que certains utilisateurs le faisaient déjà d’eux-mêmes, en avance rapide. Cinq ans plus tard, en 2022 (dernière statistique connue), ses abonnés cliquaient dessus 136 millions de fois par jour selon The Economist. 136 millions de fois par jour ! Et la pratique ne cesse de se répandre : au Royaume-Uni, la plateforme de la BBC fait état d’une explosion de l’utilisation de ce bouton ces six derniers mois. Alors il y aurait bien à dire d’un point de vue artistique. Imagine-t-on Mad Men sans l’homme qui tombe ? Sex and the city sans le xylophone qui tintinnabule en intro ? Sans, ces séries seraient en quelque sorte incomplètes, inabouties. Mais c’est d’une autre dimension que je voulais parler ce matin : l’expérience du temps. De beaucoup de séries que j’ai aimées, je ne me souviens (presque plus) que du générique. C’est le moment où cristallisent les sensations, les rendez-vous avec les personnages, l’impression générale qu’on gardera du tout... Zapper l’intro, c’est certes passer directement aux choses sérieuses, celles qui divertissent, mais c’est aussi se passer de celles qui sédimentent. Au début du XXe siècle, le philosophe Walter Benjamin avait, pour caractériser la modernité, creusé la distinction entre deux termes qui, en allemand, désignent tous deux la notion d’« expérience ». Le premier traduit le vécu immédiat, intense, qui surgit et s'épuise ; le second désigne l'expérience qui s'accumule, qui dépose, et se transmet. Or la modernité, selon Benjamin, c'est précisément le triomphe du premier sur le second. « Ainsi se trouve fixé le prix de l'expérience moderne, écrit-il : la destruction de l'aura par la sensation du choc. » Rien de nouveau sous le soleil, depuis, me direz-vous. Notre époque apporte ses bascules, grandes et petites. Elle apporte aussi ses rééquilibrages. Il ne faut pas voir partout matière à se lamenter. Mais à réfléchir, oui ! Peut-être la prochaine fois, hésitera-t-on au moment d’appuyer sur la touche « passer l’intro » et de zapper la sédimentation.
Anne Rosencher23,716 просмотров • 9 дней назад

"Les historiens risquent de rigoler quand ils étudieront la vente des turbines Arabelle, propriété d'Alstom, à General Electrics (en 2014 NDLR). Dans un pays où 90% de l'électricité provient soit nucléaire soit de l'hydraulique, il faut avoir un peu "fumé la moquette", tout de même, pour réaliser une telle vente... Toujours est-il que trois ans après, on a racheté Arabelle, pour trois fois le prix ! Entre-temps, aux Etats-Unis, les brevets ne sont pas restés dans un tiroir, bien sûr. Je suis pas complotiste, je ne pense pas que cela a été une volonté de nuire. Je crois plutôt que c'est une incapacité à comprendre ce qu'est une industrie. Quand vous avez des gens qui sont câblés pour vendre et acheter, ça ne leur vient pas à l'idée que construire une compétence ça met 20 ans, la détruire ça met un an." L'intégralité du grand entretien avec Yves Bréchet, ancien haut-commissaire à l'énergie atomique, est à retrouver ici :
Anne Rosencher324,559 просмотров • 4 месяцев назад

"Elle m'a donné le cœur et l'inspiration" : le général de Gaulle et sa fille, Anne Je suis allée ce mercredi à Colombey-les-Deux-Églises, en Haute-Marne, visiter la Boisserie, célèbre demeure du général de Gaulle, qu’il a achetée en 1934 et où il a vécu jusqu’à sa mort. C’est une gentilhommière de pierres blanches mangées par la vigne vierge. Et du haut de sa tour hexagonale, un pan de l’Histoire de France vous contemple. C’est pourquoi la volonté récente des petits-fils du Général, ses héritiers actuels, de vendre la demeure émeut aujourd’hui jusqu’au plus haut sommet de l’État. Mais n’est pas ce qui m’a marqué, moi, dans la visite de ce lieu de mémoire. Ce qui m’a émue, parce que cette histoire m’émeut depuis toujours, ce sont les traces, omniprésentes, de l’amour que portait le Général de Gaulle à Anne, sa fille trisomique. A une époque où la plupart des familles aisées éloignaient leurs enfants atteints de ce syndrome, Yvonne et Charles de Gaulle, eux, ont acheté la Boisserie pour qu’Anne puisse y vivre à leurs côtés, et au calme. Tous les historiens rapportent que le Général – grand homme s’il en est, « héros de la prédestination », comme le décrivait le résistant Daniel Cordier – se faisait tendre, joueur, et chanteur de comptines auprès de sa fille. Anne de Gaulle est morte à la Boisserie en 1948, à l’âge de 20 ans. Emportée par une broncho-pneumonie. Je suis allée au cimetière de Colombey, où sa tombe jouxte celle de ses parents, en un ensemble de marbre isolé du reste du cimetière. Le jour de l’enterrement d’Anne, en 1948, de Gaulle, droit devant la tombe de son enfant, a eu cette phrase bouleversante :« Maintenant, elle est comme les autres. » Charles de Gaulle était la pudeur même quant à sa vie privée. De Anne, cependant, il a dit au journaliste Jean Lacouture: « Elle m’a donné le cœur et l’inspiration. » Autre confidence, à un abbé, cette fois. Il a dit : « Elle est ma joie. Elle m’aide à dépasser tous les échecs et tous les honneurs ». Y avait-il là, en plus de l’amour magnifique d’un père pour sa fille, une sorte de boussole intime, un aiguillon de vie ? A l’instar du « memento mori » (n’oublie pas que tu vas mourir ») que les Romains lançaient à leurs guerriers vainqueurs, Anne, était-elle, pour le héros du monde libre, un rappel tendre et intime de la fragilité des êtres ? Peut-être est-ce cela qui lui a donné « le cœur et l’inspiration » ? On se figure souvent le général de Gaulle en géant de granit, à la volonté de fer ; on dit peu qu’il avait en lui une mélancolie, une tentation de baisser les bras. Et qu’à chaque fois, il s’y arrachait. Que de Gaulle ait pu puiser dans les yeux en amande de sa fille, Anne, le ressort d’une force inextinguible ne cessera jamais de m’impressionner. Ni de m’émouvoir.
Anne Rosencher82,180 просмотров • 1 месяц назад

"Sur la soixantaine de conseillers ministériels que j’ai pu voir au cours de mon mandat, une petite dizaine seulement faisait vraiment son travail. Les plus désastreux étaient ceux qui arrivaient avec un tampon « je sors de la plus grande école dans le plus grand corps et je suis le meilleur ». Certains se servaient de l'État plus qu’ils ne le servaient. Ils se construisaient un carnet d'adresses et une carrière. C'est très grave : vous avez, en gros, à la tête du politique des gens qui sont scientifiquement incultes, et des grands corps techniques de l'État qui, en grande partie, ne font plus leur travail. A partir de là, il ne faut pas vous étonner qu'on prenne des décisions absurdes. La première chose qu'on demande à une élite - technique ou pas - est d'avoir le sens du bien commun. Il y a cette maxime de Colbert, qu’il faudrait écrire en lettre d’or à tout conseiller technique auquel on confie un mandat : « Je sers le roi souvent, et l'État, toujours ». Le grand entretien avec Yves Bréchet, ancien haut-commissaire à l'énergie atomique, est à retrouver ici :
Anne Rosencher270,907 просмотров • 5 месяцев назад

"Je vais dire ce que je pense des vitraux contemporains installés à Notre-Dame à la place des vitraux de Viollet-le-Duc : c'est une dépense somptuaire. A 4 millions d'euros. Les mécènes de la cathédrale ont refusé de la financer (ils avaient donné pour la restauration, pas pour une création) et cette somme a donc pesé sur le budget du ministère de la Culture. On me dira que 4 millions, ce n'est pas grand-chose au regard du 1,2 milliard annoncé pour le grand projet du Louvre. Mais 4 millions, c'est la moitié d'une tranche de restauration d'une cathédrale. Et c'est précisément ce qui manque à Chambord pour engager la restauration de l'aile François Ier, qui s'affaisse sur un sol qui n'est plus stable. Chambord a demandé 6 millions au ministère pour lancer la première phase. On leur en a accordé 1,5 million. La différence : 4,5 millions. Exactement le coût des vitraux de Notre-Dame. Ce n'est pas que du symbole : c'est une question de gestion rigoureuse de crédits rares. L'Assemblée nationale a calculé que les grands édifices appartenant à l'État nécessiteront, dans les quatre à cinq ans à venir, 3 milliards d'euros d'investissements. J'ai refait le calcul de mon côté : je trouve plutôt 5 milliards. Et il ne s'agit là que de quelques grands édifices, parisiens pour l'essentiel. Voilà la réalité. Il y a un mur. Et on ne peut plus se permettre de gaspiller" L'intégralité de l'entretien avec Maryvonne de Saint-Pulgent est à regarder ici :
Anne Rosencher150,248 просмотров • 2 месяцев назад

Samuel Paty, onze jours de solitude. J’ai vu le documentaire de Public Sénat, qui revient dans le détail sur les derniers jours de Samuel Paty. Onze jours se sont écoulés entre son cours sur la liberté d’expression, diffamé par une élève absente, et le meurtre du professeur par décapitation dans une petite rue d’un quartier pavillonnaire. Onze jours de solitude. Où la proviseure du collège prend ses distances avec le professeur. Où le référent laïcité de l’académie, le sermonne. Où deux de ses collègues se désolidarisent dans des mails envoyés à l’ensemble de la communauté éducative. Où Samuel Paty doit se justifier dans une réunion où il apparaît comme le mis en accusation. A part quelques gestes de solidarité, il est seul. Et parallèlement à cela… Pendant ces mêmes onze jours, la collégienne menteuse reçoit le soutien aveugle de son père, qui lui-même reçoit le soutien d’un imam islamiste, qui l’accompagne au collège pour lui prêter main-forte. Et ces deux-là reçoivent des centaines de messages de solidarité sur les réseaux sociaux. La mosquée de Pantin, endossant la cabale, diffuse leurs vidéos... Oui, ce qui m’a saisie, en voyant ce documentaire, c’est cette asymétrie entre la solitude de Samuel Paty et le soutien galvanisé dont jouissaient ses détracteurs. Une asymétrie qui témoigne d’à quel point, parfois, la République désarme face à ceux qui la haïssent. Un détail encore : dans les tout derniers jours, Samuel Paty, terrifié, veut se rendre au collège en voiture, mais depuis des mois, son bip pour le parking de l’établissement ne fonctionne pas. Là encore, il ne parvient pas à obtenir qu’on le change. Alors, de guerre lasse et sachant qu’il va devoir faire le trajet à pied, il met un marteau dans son sac. Cette arme de fortune, cette arme dérisoire, dit tout du soutien et de la protection qui lui ont manqué. Et puis il y a ce mail qu’il écrit le dimanche 11 au soir, que j’ai découvert, celui-là, en lisant la presse. Samuel Paty l’envoie pour répondre à ceux de ses collègues qui se désolidarisent. Il tient ferme sur les principes, réitère qu’il n’est en aucun cas sorti des clous ni au regard de la loi ni au regard de la laïcité. Mais au détour d’un paragraphe, il écrit : « J’aurais dû dépasser ces arguties juridiques, et éviter de faire une erreur humaine. » Cette incise-là me fend le cœur. Je la comprends. Elle montre que Samuel Paty, contrairement à ses détracteurs, doute. Il vit un enfer, et du fond de son enfer, il se demande ce qu’il a pu faire mal. Cette incise-là est terrible, oui. Depuis l’autre rive de la vie, désormais, on voudrait lui dire qu’il n’a fait qu’accomplir sa mission. Face à l’agit-prop islamiste qui a armé un terroriste, l’erreur – la faute, même – est venue de la République. Qui n’a pas fait corps. Par excès de pacifisme, par lâcheté, par crainte des vagues et des remous, elle a oublié qu’elle devait se défendre. Et que se défendre, c’était défendre Samuel Paty.
Anne Rosencher349,436 просмотров • 8 месяцев назад

Alors qu'elle témoignait à l'occasion de la sortie de son livre, Gisèle Pélicot s'est confiée à plusieurs reprises sur une chose qui m'a marquée : pendant son procès, alors qu'elle apparaissait pour la première fois en public, certains lui ont reproché son élégance. Qu'elle soit toujours impeccablement habillée et coiffée les faisait tiquer. Comme si une femme qui a vécu ce qu'elle a vécu ne pouvait se permettre de prendre soin de son apparence. En tout cas pas aussi tôt. Comme si cette élégance était preuve d'une futilité. Comme si ce ressort-là était indécent dans l'épreuve. Cela m'a rappelé certains témoignages que j'ai reçus après une chronique que j'avais faite ici même, il y a quelques années, sur une question ayant trait au maquillage. Une femme à qui l'on avait reproché ses ongles peints, en plein deuil. Une autre à qui le personnel médical avait dit « eh bien, on a trouvé le temps de se pomponner, madame ? » quarante-huit heures après une opération angoissante. Toujours cette idée derrière - qu'elle vienne d'hommes ou de femmes d'ailleurs - qu'on aurait autre chose à faire que ces futilités-là dans les épreuves de la vie. Ce ne sont en rien des futilités. On parle de ressorts qui peuvent être d'une force inouïe. D'un rapport à soi salvateur parfois, dans la mise à distance du destin. Je me souviens d'avoir été bouleversée par une interview de Simone Veil dans Paris Match, en 1994. Elle y parlait de ses cheveux. Et disait combien il avait été important d'avoir appartenu à un convoi pour Auschwitz dont on n'avait pas rasé la tête des filles. « En gardant des cheveux, témoignait-elle, nous gardions une forme de dignité. Et l'humiliation d'avoir la tête rasée nous a, par chance, été épargnée. » La volonté d'atteindre à la féminité a toujours été une façon de vouloir briser les femmes… De nombreux témoignages dans l'histoire décrivent à quel point la préservation pour soi d'une élégance, à quel point ces rituels de la féminité peuvent revêtir une importance capitale. Les archéologues rapportent l'histoire d'une femme, Babatha, un siècle après Jésus - Christ, sous le règne de l'empereur romain Hadrien. S'enfuyant de son village en proie à la violence, elle emporte avec elle dans la grotte où elle va survivre, son droit (c'est-à-dire les contrats établissant ses biens) et des accessoires de maquillage rassemblés dans un petit sac de cuir. Ceux qui n'y voient qu'injonction et futilité n'ont rien compris. Il existe une coquetterie qui est un rapport de soi à soi. Certaines, je le sais, qui ont connu des épreuves terribles, pourraient dire en paraphrasant Gary, qu'elles doivent à la féminité leurs rares instants de victoire sur l'adversité. C'est une façon de se présenter au monde. Une proclamation. Bref. C'est une force.
Anne Rosencher139,400 просмотров • 3 месяцев назад

"On ne peut pas reprocher aux Allemands de défendre leur industrie : le nucléaire était un avantage concurrentiel pour l’industrie française, donc l’Allemagne a tenu à ce que notre nucléaire ne se développe pas, voire décroisse. Face à cela, le drame a été la lâcheté et la démission des dirigeants français." La quatrième édition des Grands Entretiens est en ligne et c'est (encore) un très bon millésime ! J'y interroge Yves Bréchet, physicien, ex-haut-commissaire à l'énergie atomique entre 2012 et 2018. Sans aucune langue de bois, il parle de la stratégie énergétique de la France, des leçons qu'il tire de ses interactions avec l'exécutif, ou de ses préconisations pour l'avenir... Le lien vers les 45 minutes d'entretien est ici :
Anne Rosencher201,971 просмотров • 5 месяцев назад

Loi Yadan : une mauvaise réponse à une question douloureuse L’Assemblée nationale examinera la semaine prochaine la proposition de loi Yadan sur les formes renouvelées de l'antisémitisme qui créerait notamment un délit de négation d'un État, et étendrait la notion d’apologie du terrorisme. Alors d'entrée je vais me fâcher avec les uns. Et puis dans un second temps, je fâcherai peut-être les autres. Mais d'abord, donc : je voudrais dire que l’antisionisme dans sa version la plus virulente et obsessionnelle est devenu un facteur évident d’antisémitisme, et qu’il sert en plus de bouclier sémantique à certains, qui veulent inciter à la haine en jouant à chat perché avec la loi. Quand on est un Français juif dans la conversation publique, on se fait désormais fréquemment traiter de "sioniste". Comme ça. Pour rien. Que l'on n'ait jamais évoqué la politique de l’État d'Israël n'y change rien. La consonance d’un nom suffit : « Sioniste. » Variante : « Génocidaire ». Cela surgit. Sous un tweet qui n'a rien à voir. Après une déclaration sur tout autre chose. Et alors, « sioniste », là, ça veut dire : dominant. Ça veut dire : agenda caché. Ça veut dire : ennemi. Les premières fois, ça fait l’effet de ce que décrit Albert Cohen quand, à 10 ans, il s'approche de l'étal d'un marchand, et que ce dernier le traite de sale juif. « Quelques minutes auparavant, écrit Cohen, je m'étais avancé vers la table du camelot avec un sourire d'enfant et je partais maintenant avec un sourire de bossu. On m'avait jeté au visage, à mon visage confiant et neuf, un paquet d'immondices. » Tous ceux qui un jour ont reçu une insulte raciste savent que c’est exactement cela que ça fait. « Sioniste ». « Génocidaire ». Ainsi se tendent aujourd’hui les ressorts publics de la passion antisémite. Malgré tout, je suis contre la proposition de loi Yadan. Non parce que comme disent certains, elle interdirait "toute critique virulente de la politique d’Israël" ; ce n’est pas vrai. J’ai lu la proposition de loi. Elle porte avant tout sur des procédés pour le moins « problématiques » comme on dit aujourd’hui, comme l’appel à la destruction d’un État, ou la glorification d’un acte de terrorisme comme un acte de résistance légitime. Faut-il pour autant les interdire ? De tout cœur, je crois que non. Et je crois, qu’en plus, ce serait totalement contre-productif. On ne peut légiférer à l’infini sur les mots, encore moins qu’on ne peut préjuger de leurs faces cachées et de leurs associations d’idées (ce que le texte fait). La liberté d’expression est la liberté la plus fondamentale ; celle dont découlent toutes les autres. Et il faut se méfier des pulsions visant à la restreindre, même quand elles partent d’un sentiment de légitime défense. Bien entendu, cela ne veut pas dire qu’il faut assister à tout, et tout entendre sans rien faire. Il faut se battre pied à pied. Exposer. Déconstruire. Lever le voile sur les intentions de ceux qui instrumentalisent la défense des Palestiniens, là-bas, pour déchaîner, ici, la haine antisémite. Mais dans ce combat, j’en suis persuadée, l’interdiction des mots est une arme défaillante. Qui se retournerait contre ceux qu’elle entend protéger.
Anne Rosencher91,179 просмотров • 2 месяцев назад

Je ne l'avais pas postée la semaine dernière, épuisée par avance par le flot d'insultes que ça déclencherait. Mais puisque certains récidivent... Quoi qu'on pense de cette guerre. Quoi qu'on en pense. Même si on est à 100% contre. Il y a une différence entre être contre la guerre et se réjouir que le régime des Mollahs, qui a massacré sa population, tienne. Ca paraît peut-être compliqué. En vérité, c'est simple. Ca tient aux mots choisis. Et à la musique générale. Norouz Pirouz aux Iraniennes et aux Iraniens.
Anne Rosencher110,833 просмотров • 2 месяцев назад

En réalité, le fond compte assez peu dans nos « fast polémiques ». Qu'une mairie tente de préserver le Boul’mich d’un énième fast-food, cela n’émeut personne. Que l’édile de Saint-Ouen en fasse autant pour ses administrés ne passe pas. L’idéal en double standard. Mais, qu’importent, après tout, ces indignations à géométrie variable puisque à la fin et dans tous les cas, c’est le fast-food qui gagne. A Saint-Ouen, Master Poulet a été conforté. Et si ça n’est pas encore fait pour Five Guys boulevard Saint-Michel, le journal en ligne L’informé nous apprend que c’est en bonne voie... Ainsi va la conversation publique. Nos polémiques se suivent, sans effet sur le réel. Elles disent seulement nos fractures, nos hypocrisies, et la triste relégation de la politique au théâtre.
Anne Rosencher41,293 просмотров • 1 месяц назад

Didier Bourdon, l'Inconnu qui conquiert la France (mais dont Paris ne parle pas) C’est le cas typique de l’acteur dont on ne parle pas beaucoup, mais qui imprègne la société l’air de rien. Depuis 2021, Didier Bourdon a figuré au générique de 16 films, dont deux ont fait autour d’un million d’entrées ; deux au-dessus de 2 millions d’entrées et un, même, au-dessus de 4 millions ! Un succès non négligeable, donc, mais qui passe, en grande partie, sous les radars de la conversation parisienne. Peut-être, déjà, parce que le comédien joue dans des films qui cartonnent surtout hors de la capitale. Comment je le sais ? Eh bien, parce qu’il existe un indicateur que je scrute régulièrement, et qui mesure le rapport entre les entrées « France entière » et celles enregistrées à Paris. Et grâce à la société ComScore qui a bien voulu remonter dans l’historique de ses données pour les besoins de cette chronique, je peux vous dire que sur les 16 films qu’a tournés Didier Bourdon depuis 2021, treize ont un coefficient Paris-Province trois fois supérieur à ce qu’il est en moyenne. Didier Bourdon est donc l’un des acteurs préférés de la France hors métropoles, celle dont beaucoup parlent en disant « les territoires » et en prenant des airs désolés. Sachez qu’en plus de ce succès au cinéma, le comédien a par ailleurs incarné le personnage principal du « Daron », une série diffusée en prime time ces deux dernières années sur TF1. Et qu’il apparaît même dans un clip du chanteur marseillais Soprano Au fil des années, le comédien a façonné un personnage. J’en ai trouvé un bon résumé sur un le Gorafi (le site satirique). Récemment, pour se moquer de la frénésie de tournage de l’acteur, le Gorafi lui consacrait un faux article, titré ainsi : « Par erreur, Didier Bourdon joue deux fois dans le même film ». C’est vachard, mais c’est le principe. A l’intérieur du faux article, on pouvait trouver néanmoins cette description de son personnage récurrent : « Un Français, dans la force de l’âge, qui se retrouve confronté à un monde qu’il ne connaît pas. » C’est très juste. De Fernand Raynaud à Michel Galabru en passant par les immenses Bourvil, De Funès, ou Carmet, la culture populaire a toujours eu besoin de son Monsieur Michu dépassé par les événements, pour exorciser les angoisses du moment. Aujourd’hui, Christian Clavier en incarne le versant bourgeois ; Didier Bourdon, le versant classe-moyenne et populaire. A travers lui, c’est une façon pour beaucoup de Français de rire d’eux-mêmes, sans pour autant se sentir méprisés par un regard en surplomb. Didier Bourdon, c’est la joie de l’autodérision.
Anne Rosencher120,257 просмотров • 3 месяцев назад

"La mondialisation est terminée." "Nous sommes 450 millions d'Européens, et cela a un sens. Mais jusqu'à maintenant, ce grand marché n'a été régulé que par une ouverture inconsidérée et par la concurrence au sens du prix le plus bas pour le consommateur. C'est une version de la concurrence qui a massacré l'offre : on a cassé le capitalisme européen, alors qu'on aurait dû le soutenir pour en faire un compétiteur mondial. Il faut changer cela. D'autant plus que la mondialisation est terminée. Nous sommes entrés dans un âge des empires." Nicolas Baverez est mon nouvel invité des Grands Entretien, à L'Express. Déclin français, bilan d'Emmanuel Macron, perspectives de sursaut, avenir de l'Europe... L'entièreté de ces 50 minutes est à retrouver ici ➡️
Anne Rosencher16,221 просмотров • 12 дней назад

La (triste) parabole du boulon et du Grand Palais : "En 1993, j'ai dû fermer la grande nef du Grand Palais en catastrophe - un boulon était tombé en pleine exposition, faute d'entretien et de surveillance. Aussitôt, j'ai assisté, interdite, à l'opération d'esbrouffe d'un établissement public qui, ayant jusque-là géré le Louvre, cherchait des raisons de perdurer au-delà de sa mission. L'Etablissement public du Grand Louvre, pour le nommer, a convaincu tout le monde qu'il devait devenir « opérateur du patrimoine » et prendre en charge la gestion du Grand Palais. J'ai eu beau multiplier les objections, et notamment faire valoir qu'il eût été plus efficace de faire appel à des entreprises spécialisées, personne ne m'a écoutée. L'« idée géniale » de cet établissement public était de créer des espaces en sous-sol, alors même que ces derniers étaient déjà en train de s'effondrer sous le poids du bâtiment. Le projet a été lancé contre toutes les études rationnelles et a duré des décennies. Les présidents se sont succédé, on a inventé des recettes de perlimpinpin pour le financer, et aucun ministre n'a été capable d'y mettre fin. Vingt-sept ans plus tard, on l'a finalement arrêté... car le projet mettait en péril l'accessibilité du Grand Palais pour les Jeux olympiques. Franchement, combien tout cela a-t-il coûté ? Et pendant ce temps, bien sûr, on n'a pas vraiment restauré l'existant." Le patrimoine français est-il en péril ? Maryvonne de Saint-Pulgent, haut fonctionnaire, directrice générale du patrimoine de 1993 à 1997 est ma nouvelle invitée à L'Express. L'intégralité de cet échange passionnant - et décoiffant - est à retrouver en cliquant sur ce lien :
Anne Rosencher101,715 просмотров • 3 месяцев назад

Quand on prétend mêler Dieu à la loi des Hommes... Au Sénégal, la nouvelle loi contre l'homosexualité a déjà fait un condamné. Un jeune homme, de 24 ans, qui s’appelle Mbaye Diouf. Il est ouvrier. Conducteur d’engins lourds à Yeumbeul, dans la région de Dakar. Le 13 avril dernier, il a écopé de 6 ans de prison ferme pour « acte contre nature », c’est le chef d’accusation pour des relations homosexuelles. Je vous passe les détails sordides de son arrestation dix jours plus tôt, en pleins ébats, avec délation et captation vidéo par un voisin. Je vous passe les détails mais, de toute façon, arrêter des hommes ou des femmes pour une relation entre adultes consentants, c’est toujours en soi sordide. Six ans de prison ferme. Plus une amende. C’est donc le premier jugement après la nouvelle loi promulguée le 31 mars au Sénégal, portée par le premier ministre Ousmane Sonko lui-même, lequel a comparé l’homosexualité à une « gangrène », et présenté sa loi comme un acte de "souveraineté culturelle" – selon une lecture très en vogue qui prétend que l’homosexualité serait une invention de l’Occident décadent, qui l’exporterait aux Africains. Alors. En plus de prévoir des peines de prison de cinq à dix ans pour actes « contre nature », la nouvelle loi entend également sanctionner pénalement ce qu’elle nomme « la promotion des LGBT ». Une disposition qui vise clairement à intimider ceux qui voudraient critiquer la loi, et défendre les droits des homosexuels. Malgré tout, il y a toujours des voix qui s'élèvent. Des valeureux. Des indociles. Des pour qui dire la vérité passe avant la peur. Par exemple : la grande Fatou Diome, romancière et essayiste franco sénégalaise, laquelle, lors d’une conférence en Belgique le 4 avril dernier, a dénoncé, je cite, « la fumisterie de ceux qui en Afrique prétendent que l’homosexualité vient d’ailleurs » . « C'est, dit Fatou Diome, se couper de la société humaine. » Et la romancière de poursuivre qu’elle aimerait, « exactement comme la laïcité, où on laisse les gens tranquilles avec leur foi, leur manière de croire et de pratiquer », elle aimerait « qu’on accorde la même chose aux humains dans leur lit. » Ce rapprochement entre laïcité et droits des homosexuels n’est pas anodin. Car la nouvelle loi sénégalaise pénalisant durement les actes désignés comme « contre nature » a été déposée sous la pression directe d’organisations islamiques qui demandaient ce durcissement depuis longtemps. Ce qui se passe au Sénégal – pays souverain, là n’est pas la question – est en quelque sorte une piqûre de rappel universelle : quand on prétend mêler Dieu à la loi des hommes, à la loi de la cité, ce n’est jamais une bonne nouvelle. Ni pour les homosexuels. Ni pour les femmes. Et, à la fin, en vérité, ce n’est jamais une bonne nouvelle pour personne.
Anne Rosencher51,908 просмотров • 1 месяц назад

Je voulais vous parler d’une femme, que la France connaît désormais sous le prénom de Sonia. Ce n’est pas son vrai prénom et pour cause : Sonia vit sous légende, c’est-à-dire sous une nouvelle identité depuis que le 15 novembre 2015, elle a contacté la police pour prévenir qu’elle savait où se trouvait le cerveau des attentats, qu’avec d’autres, il projetait de nouveaux bains de sang ; qu’elle, Française musulmane, avait ces fanatiques en horreur, et qu’elle acceptait d’aider à ce qu’on les arrête. Son action, héroïque, a fait basculer sa vie, celle de ses deux enfants, et de son compagnon. Depuis lors, ils vivent sous une nouvelle identité, dans un lieu tenu secret, avec des difficultés à joindre les deux bouts. C’est ce qu’ont appris des millions de téléspectateurs en regardant la série documentaire que lui a consacrée France 2 à l’occasion des 10 ans du 13 novembre. Dans les jours qui ont suivi la diffusion, la société de production Capa a commencé à recevoir des messages de téléspectateurs demandant comment ils pouvaient concrètement aider Sonia. Les dirigeants de Capa étaient embêtés : difficile de lancer une cagnotte avec le statut d’entreprise privée. Ils se sont tournés vers Arthur Desnouveaux, rescapé du 13 novembre, fondateur de l’association de victimes Life for Paris, qui a lancé immédiatement la cagnotte. Il en espérait 15 000 euros pour Sonia, la cagnotte a récemment dépassé les 150 000 (MAJ : la cagnotte a depuis dépassé les 200 000 euros) Quand je l’ai appelé pour préparer cette chronique, Arthur Desnouveaux m’a précisé que les commentaires étant ouverts sur le site, Sonia peut y lire les milliers de messages de gratitude de citoyens lambda qui n’auront jamais l’occasion de la remercier. « Je voudrais être madame tout le monde, dit-elle dans le documentaire. Et je suis madame personne. » Face au succès de la cagnotte, l’État a dû improviser et ouvrir un « compte pivot » - c’est-à-dire un compte intermédiaire – sur lequel la somme sera transférée, puis retransférée à Sonia par le service approprié, puisque personne ne peut connaître sa nouvelle identité. « J’ai fait mon devoir de citoyenne », répète-t-elle dans le documentaire. Hemingway définissait le courage comme « la grâce sous la pression ». Il y a une grâce en effet dans la simplicité avec laquelle Sonia raconte son choix. Comme les Justes – vous savez, ceux qui ont caché des Juifs pendant la seconde guerre mondiale – et qu’on a souvent dû convaincre d’accepter d’être décorés. Ils répondaient : « oui, j’ai caché, mais cela m’a paru normal ». Qui a ça en lui ? Est-ce que ça se travaille ? Est-ce que ça s’éduque ? D’où vient que certains franchissent ce Rubicon intime qui sépare en chaque être le bien de l’indifférence. Le courage de la tétanie ? C’est un des mystères de l’humanité. En attendant, il me semble que la France s’honorerait à décorer Sonia de la Légion d’honneur. Il faudra là encore improviser quelque chose. Décorer une ombre. Mais son courage le mérite. Puisse-t-il tous nous inspirer.
Anne Rosencher127,436 просмотров • 5 месяцев назад