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Emmanuel Ruimy

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Notre espèce a filmé la surface de Mars à 225 millions de kilomètres. Dans un monde sensé, cet exploit devrait nous obséder. Au lieu de cela, nous nous agitons autour d’une énième taxe et d’une flottille d’influenceurs.

Notre espèce a filmé la surface de Mars à 225 millions de kilomètres. Dans un monde sensé, cet exploit devrait nous obséder. Au lieu de cela, nous nous agitons autour d’une énième taxe et d’une flottille d’influenceurs.

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Le futur existe : j’ai traversé San Francisco dans un taxi autonome sans chauffeur Waymo. Et il ne m’a même pas demandé ce que je fais dans la vie.

Le futur existe : j’ai traversé San Francisco dans un taxi autonome sans chauffeur Waymo. Et il ne m’a même pas demandé ce que je fais dans la vie.

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Avec ce sketch, Blanche Gardin résume la gauche postmoderne : l’universalisme des Lumières a cédé la place à l’universalisme victimaire, où seule la souffrance légitime l’existence. Pas un hasard si elle est devenue depuis "antisioniste", une identité-oppression par procuration. Là où la gauche classique prônait l’émancipation universelle, la gauche postmoderne ne reconnaît plus que des identités définies par la douleur. Ce n’est plus ce que tu penses qui compte, mais ce que tu endures. Exister politiquement, c’est être opprimé—ou, à défaut, s’annexer une cause souffrante. Cette logique s'inscrit dans la "tribalisation" décrite par Michel Maffesoli : à mesure que s’effondrent idéologies, religions et nations, les individus cherchent des appartenances plus restreintes, plus lisibles—et pour la gauche postmoderne, celles-ci doivent s’articuler autour de la domination. Si tu n’es pas dominé, tu es disqualifié. Blanche Gardin en avait sans doute assez d’être « rien ». Ce sketch date d’il y a déjà quelques années—depuis, elle a trouvé mieux qu’un regard acide sur la société : une cause, une posture, une appartenance. Dès lors, son récent antisionisme radical de Blanche Gardin n’a rien d’une dérive : c’est le point d’arrivée naturel de ce logiciel victimaire. Il offre une appartenance immédiate et un certificat de vertu : nul besoin d’être juif, noir ou trans—il suffit d’être contre Israël pour être adoubé dans la communauté de l’indignation. Ce choix n’a rien d’anodin : il est l’axe nodal du logiciel victimo-identitaire. Plus qu’un engagement, l’antisionisme est un verrou conceptuel, la condition de survie de cette vision du monde. En effet, les Juifs, minorité persécutée par excellence, sont aussi un peuple souverain. Une victime qui refuse de le rester, une anomalie conceptuelle. Dissonance cognitive insupportable pour une vision binaire du monde, où chacun doit être soit oppresseur, soit opprimé. L’erreur 404 de l’idéologie postmoderne. Pour résoudre cette contradiction, il faut donc inverser les rôles. Faire d’Israël l’oppresseur absolu, et des Palestiniens les nouvelles victimes archétypales. Il ne s’agit pas simplement de critiquer Israël, mais d’abolir la contradiction en transformant un peuple qui a survécu au pire en incarnation du mal. Voilà pourquoi le Juif-sioniste doit être accusé d’être un Nazi. C’est une opération mentale nécessaire pour préserver la pureté du schéma oppresseur/opprimé. Si les Juifs ne sont plus des victimes, alors ils doivent devenir des bourreaux. Et ce n’est pas un hasard si ce "combat de substitution" écrase tous les autres chez la gauche radicale. Darfour, Yémen, Ukraine, Ouïghours, pogroms des Rohingyas, massacres en RDC, famine en Afghanistan, épuration ethnique des Tigréens—des tragédies bien réelles, mais reléguées au statut de bruits de fond. Seul Israël cristallise la bataille existentielle du logiciel victimaire, le théâtre où se joue la pureté idéologique. Blanche Gardin n’a donc pas basculé par reflexion, mais par nécessité. Son antisionisme n’est ni un choix, ni une pensée, ni même une opinion : c’est une sortie de secours psychique, le produit mécanique d’une logique identitaire qui ne tolère pas les exceptions.

Emmanuel Ruimy

117,167 görüntüleme • 1 yıl önce

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