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1/ Merci camarade Hadrien Clouet de ton interpellation amicale avant-hier ! Ouvrons le débat sur l’euthanasie et le #suicideinsisté. Tu y vois une conquête de la liberté. J’y vois la résignation sociale et la queue de comète du capitalisme. Ma réponse en 40 gazouillis. 🧵👇
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2/ Légaliser l’euthanasie “peut créer des drames familiaux [... mais] on n’a pas le droit, au titre de notre chagrin personnel, de [...] nier sa liberté ” à qui voudrait mourir.

3/ Camarade, tu joues la liberté de l’individu contre la sollicitude de ses proches, comme si cette liberté n’était pas tissée de cette sollicitude, ou de son absence.

4/ L'individualisme total et radical que tu défends est “chose aussi absurde que le serait le développement du langage sans la présence d’individus vivant et parlant ensemble” (Marx, Introduction à la critique de l’économie politique). 📚

5/ Ce bon vieux Karl avait déjà affaire à ces gens qui se disaient révolutionnaires et n’étaient que les oripeaux de la “bourgeoisie libérale”. Il leur opposait un “humanisme réel”, fondé sur les liens interpersonnels (La Sainte Famille).

6/ Individu vs. proches ? Impossible : “c’est seulement dans la communauté qu’existent pour chaque individu les moyens de cultiver ses dispositions dans tous les sens ; c’est donc uniquement dans la communauté que la liberté personnelle devient possible” (L’Idéologie Allemande)💡

7/ Les membres de la société ne sont pas des atomes. “L'individu égoïste de la société bourgeoise [...] se prend pour un atome, c'est-à-dire un être sans la moindre relation, se suffisant à lui-même, sans besoins.” (La Sainte Famille)

8/ Comment peut-on être de gauche et vouer un tel culte à l’autonomie ? Derrière le désir de mourir conscient, combien de conditions économiques inconscientes ? Tu veux la « liberté personnelle » ? Voilà ce qu’en dit Karl :

9/ En l’occurrence, ces conditions d’existence, ce sont le prix d’un EHPAD, les soins peu accessibles, le manque de budget pour la prise en charge globale de la douleur, les files d’attentes, les enfants qui ont besoin de l’héritage parce que les fins de mois sont dures.

10/ Avec la mort programmée, on ajoute une étape au deuil : la phase préparatoire à la rupture volontaire du lien entre les êtres. Tout décès est une déchirure du tissu social : je crois le deuil moins brutal comme résignation a posteriori, que comme planification.

11/ Cette conviction a été nourrie d’expériences personnelles, glanées sur le chemin en🇧🇪et en🇨🇭. Je ne donne pas ces quelques exemples pour culpabiliser, mais surtout pour parler au nom des êtres dont j’ai croisé le destin.

12/ Tine Nys, Belge de 38 ans. Diagnostiquée autiste après un long parcours traumatique. Euthanasiée en 2010. Ses parents et ses sœurs étaient présents. Leur malaise se transforme en révolte. Dix ans plus tard, ils font un procès aux médecins. 😔

13/ Charles, Genevois de 83 ans, obtient le ✅ pour le suicide assisté au nom des “polypathologies” (DMLA, incontinence...). Le 7 octobre, à ses frères et sœurs : “Je vais mourir mardi 18”. Immense déchirement pour son frère Claude, qui randonnait encore avec lui un mois avant.

14/ M., retraitée suisse. Sa petite-fille mineure est atteinte de la maladie de Charcot. Le psy est prêt à lui signer la prescription qui lui donnerait accès au suicide. Réaction de son aïeule : “Tu ne peux pas partir avant ta grand-mère !” 😭

15/ “On n’a pas le droit d’enchaîner ses proches à nos choix”, dis-tu. C’est vrai, camarade. Mais on n’a pas le droit non plus de leur infliger des souffrances.

16/ Selon l’université de Zurich en 2012 : 20 % des proches des personnes ayant eu recours au suicide assisté en Suisse allemande souffrent de troubles post-traumatiques, 16 % de dépression.

17/ Si nous sommes à ce point libres et détachés de nos proches, alors pourquoi prévenons-nous le suicide ? Le délit d’entrave voté en commission est vertigineux : il y aura des suicides acceptés par la loi, qu’on ne pourra empêcher, et d’autres qu’il faut prévenir… 🤔

18/ Ensuite, camarade, je me permets de réagir à l'extrait de cette émission de @blast_france : “Dans les pays qui ont mis en place un dispositif public, on ne voit pas de direction d’une partie de la population vers le droit à mourir qui deviendrait une obligation à mourir.”

19/ Camarade. Soit tu ne vois pas ce qui se passe en Belgique et au Canada, soit tu ne veux pas le voir. “Surtout-il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l'on voit”, disait Péguy.

20/ Les faits sont là. L’euthanasie en Belgique et au Canada et le suicide assisté en Suisse se banalisent, n’en déplaise à @OlivierFalorni, qui “croit profondément” à la baisse de la demande après la légalisation.

21/ Une fois légalisée, la mort programmée étend d’elle-même ses critères et participe à notre résignation collective envers les plus fragiles.

22/ Joke Mariman, Belge de 43 ans, euthanasiée en 2023 faute d’avoir pu recevoir une meilleure allocation de la part des pouvoirs publics. “Espérons que sa mort fera la différence et que les personnes handicapées auront plus de place dans le budget.” ☹️

23/ Shanna Wouters, 39 ans, souffrant du même syndrome d'Ehlers-Danlos : “Le système de santé est défaillant et je ne vois donc pas d’autre solution que de demander l’euthanasie.” #validisme

24/ Les euthanasies belges pour motifs psychiatriques ont quasiment doublé entre 2023 et 2022, passant de 26 à 48 cas. Bcp sont des femmes. Bcp ont été victimes d’abus, de traitements inadéquats. “Ce n’est pas bcp”, dit-on en Belgique. Il n’y en aurait qu’un que ce serait odieux.

25/ J’ai déjà évoqué le cas de Lester Landry, au Canada. Ex-routier devenu handicapé. Sa retraite est insuffisante pour subvenir à ses besoins. En 2022, il envoie un mail au service public d’euthanasie. 11 jours plus tard, un médecin vient le visiter.

26/ “J'ai dit : ‘J’hésite, ai-je dit, mais l'un des principaux facteurs est la pauvreté.’ (...) “Il [le médecin] a dit qu'il savait qu'il avait admis l'aide médicale à mourir à des personnes en raison de leur pauvreté, mais qu'ils ne le lui avaient pas dit.”

27/ Plus récemment : Normand Meunier, autre ex-routier que la pénibilité a rendu tétraplégique. Il a été tellement mal soigné à l’hôpital qu’il a demandé l’euthanasie. “Je ne veux pas être un fardeau.” 😞

28/ Dans les deux cas, ce sont deux ouvriers victimes d’accidents du travail, qui sont poussés vers l’euthanasie par le système hospitalier et social défectueux. Quelle ironie de leur offrir la sortie finale ! Je te sais sensible à ce sujet.

29/ Enfin, j’ai déjà parlé de l’enthousiasme troublant des mutuelles au sujet de l’euthanasie. En Belgique, Liages, liée à la Mutualité socialiste, propose 11 rencontres thématiques auprès des personnes âgées en 2024 : 6 sont consacrées à l’euthanasie, 2 aux soins palliatifs.

30/ Camarade, tu es ouvert au débat, je le sais. Alors, allons au fond. Jouons cartes sur table. Personne ne peut échapper à la question sociale qui se glisse, peut-être à ton corps défendant, dans ce #PJLFinDeVie.

31/ Ne vois-tu pas le lien entre cette offre de mort, appelée à s’élargir sans cesse, notre système de santé public en faillite et la pression sociale sur les plus précaires ? 💸💊



