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En juin, j’ai été condamné à 6 mois de prison avec sursis. La France a alors découvert un juge rouge : Youssef Badr. On a décidé d’enquêter. Depuis, il a transféré tous nos mails du contradictoire au canard enchaîné Enquêter sur un juge est un exercice délicat. Enquêter sur un juge médiatique l’est davantage encore. Mais il existe une règle à laquelle nous ne voulons pas déroger : ceux qui choisissent d’occuper l’espace public doivent pouvoir faire l’objet du même travail journalistique que les autres. Le juge Youssef Badr a choisi de devenir un personnage public. Il a publié un livre, accordé des interviews à Quotidien, Radio Nova ou Al Jazeera, participé à des conférences et largement exposé son parcours dans les médias. Dès lors, pourquoi la presse pourrait-elle lui consacrer des portraits flatteurs, mais devrait-elle s’interdire d’enquêter sur lui lorsque les conclusions risquent d’être moins confortables ? Nous refusons cette conception du journalisme. Pendant trois mois, notre rédaction a enquêté. Plus de 22 sources ont témoigné. Des faits, des documents et des témoignages ont été recueillis, vérifiés et confrontés. Le résultat : plus de trente pages d’enquête, soulevant notamment une question fondamentale, celle de l’impartialité du magistrat. Depuis le 8 juillet, nous avons sollicité Youssef Badr à dix reprises pour lui permettre de répondre à nos interrogations. Sans succès. Ces sollicitations ont en revanche été transmises au Canard enchaîné. Avec Libération, des articles ont été publiés sur notre travail avant même sa parution, dans ce que nous considérons comme une tentative de pression et de délégitimation. Curieuse conception de la justice que celle d’un magistrat qui refuse de répondre à une rédaction, mais préfère transférer ses courriels au Canard enchaîné. Certains y verront une énième illustration de la porosité entre magistrats et médias de gauche. Qu’ils nous critiquent est leur droit. Que cette polémique nous conduise à ranger trois mois d’enquête dans un tiroir serait une bien curieuse conception de la liberté de la presse. Nous publierons donc. Soyons clairs : les insultes et les menaces visant Youssef Badr sont inadmissibles et nous les condamnons sans réserve. Mais cette condamnation ne saurait créer une forme d’immunité journalistique. Une enquête n’est pas une attaque. Elle peut déranger, révéler des contradictions, susciter des contestations. Notre responsabilité est de publier ce que nous sommes capables d’étayer, pas de renoncer parce que le sujet est sensible. Je dois enfin préciser un élément personnel. J’ai moi-même été condamné en première instance par Youssef Badr à six mois de prison avec sursis pour une enquête sur les avocats en droit des étrangers. J’ai fait appel. Cette situation pouvait légitimement soulever un doute sur ma propre distance à l’égard du sujet. J’ai donc choisi de ne pas participer à cette enquête : ni recherches, ni entretiens, ni investigations. C’est aussi cela, prendre au sérieux la question de l’impartialité. Ces trente pages sont le travail de nos journalistes. J’en suis fier et je défendrai ce travail, malgré ce que cela peut me coûter. Vingt-deux sources. Trois mois d’enquête. Dix sollicitations adressées au principal intéressé. J’assume, comme directeur de rédaction, qu’ils aient eu la liberté d’aller jusqu’au bout. Et surtout, qu’ils aient eu la liberté de publier. Magazine disponible dès demain dans plus de 5 000 kiosques à travers la France. Je compte sur vous.

Erik Tegnér

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