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๐‘ด๐’‚๐’•๐’‰๐’Š๐’†๐’– ๐‘ฝ๐’‚๐’๐’ƒ๐’–๐’†๐’๐’‚ ๐’‚๐’Œ๐’‚ ๐‘ท๐’†๐’•๐’Š๐’• ๐‘ฝ๐’†ฬ๐’๐’ ๐Ÿšฒโšฝ๏ธ ๐Ÿ”™ Retour sur les 5๏ธโƒฃ plus beaux buts de notre ancien ๐—บ๐—ถ๐—น๐—ถ๐—ฒ๐˜‚ ๐—ผ๐—ณ๐—ณ๐—ฒ๐—ป๐˜€๐—ถ๐—ณ olympien ! ๐Ÿ”ฅ #OM125 ๐ŸŒŸ | ๐ˆ๐œ๐จฬ‚๐ง๐ž๐ฌ๐Ÿ๐Ÿ๐Ÿ“ by Caisse dโ€™Epargne CEPAC

92,473 views โ€ข 1 year ago โ€ขvia X (Twitter)

11 Comments

#UnArbitrageNormalPourOM's profile picture
#UnArbitrageNormalPourOM1 year ago

@CE_CEPAC il est fou dโ€™avoir gรขchรฉ sa legacy a lโ€™OM pour quelques mois ร  Lyon

Kickr Games's profile picture
Kickr Games1 year ago

๐Ÿšจ New games alert! ๐Ÿšจ The latest titles from Boldplay are just around the corner! ๐ŸŽฐ Dive in, grab your daily bits, and get ready to play. Big fun and rewards await! ๐Ÿ’ฅ ๐Ÿ‘‰ Donโ€™t miss outโ€”start playing today! #BoldPlay #Kickr #NewGames #DailyBonus

Bernie Noel's profile picture
Bernie Noel1 year ago

@CE_CEPAC Dix fois meilleur que Payet et thauvin Et si tโ€™es pas dโ€™accord cโ€™est que tโ€™es aveugle

Fuera's profile picture
Fuera1 year ago

@CE_CEPAC La plus grande lรฉgende de lโ€™OM avec Niang depuis 2009-2009 et de tres loin Bien plus que le gros lard a 0 titre

MathisOM ๐Ÿ‡ซ๐Ÿ‡ท/๐Ÿ‡จ๐Ÿ‡ด's profile picture
MathisOM ๐Ÿ‡ซ๐Ÿ‡ท/๐Ÿ‡จ๐Ÿ‡ด1 year ago

@CE_CEPAC Comment vous aimez trop rรฉรฉcrire lโ€™histoire, Payet est largement supรฉrieur ร  ce petit nabot

Mohamed Haineux's profile picture
Mohamed Haineux1 year ago

@CE_CEPAC

Gรฉpa Rรฉzon's profile picture
Gรฉpa Rรฉzon1 year ago

@CE_CEPAC Malgrรฉ son passage ร  l'OL, j'ai jamais pu le dรฉtester. Il n'a jamais eu un mot de travers sur l'OM et ses supporters malgrรฉ ce qu'il a pris dans la tronche ร  ce moment, et a toujours eu les cojones d'assumer son amour pour l'OM mรชme quand il รฉtait ร  Lyon.

KayserSรถze's profile picture
KayserSรถze1 year ago

@CE_CEPAC Cโ€™etait vraiment pas nรฉcessaire

Pastaga13's profile picture
Pastaga131 year ago

@CE_CEPAC Valbuena > Payet

๐Ÿ‡ซ๐Ÿ‡ทCataraxโšชโ“‚'s profile picture
๐Ÿ‡ซ๐Ÿ‡ทCataraxโšชโ“‚1 year ago

@CE_CEPAC Mathieu pq avoir tout gรขchรฉ en signant ร  Lyonโ€ฆ Ma premiรจre idoleโ€ฆ

Dimitry Hmr's profile picture
Dimitry Hmr1 year ago

@CE_CEPAC Je me rappelle de bcp de buts mais celui de Dortmund sera celui qui mโ€™aura le + marquer ๐Ÿ˜๐Ÿ™๐Ÿฝ

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๐Ÿ‡ซ๐Ÿ‡ท 19 dรฉcembre 1964, il y a 60 ans, inoubliable discours d'Andrรฉ Malraux lors de la cรฉrรฉmonie de transfert des cendres de Jean Moulin au Panthรฉon : ยซ Monsieur le Prรฉsident de la Rรฉpublique, Voilร  donc plus de vingt ans que Jean Moulin partit, par un temps de dรฉcembre sans doute semblable ร  celui-ci, pour รชtre parachutรฉ sur la terre de Provence, et devenir le chef d'un peuple de la nuit. Sans la cรฉrรฉmonie d'aujourd'hui, combien d'enfants de France sauraient son nom ? Il ne le retrouva lui-mรชme que pour รชtre tuรฉ ; et depuis, sont nรฉs seize millions d'enfants... Puissent les commรฉmorations des deux guerres s'achever par la rรฉsurrection du peuple d'ombres que cet homme anima, qu'il symbolise, et qu'il fait entrer ici comme une humble garde solennelle autour de son corps de mort. Aprรจs vingt ans, la Rรฉsistance est devenue un monde de limbes oรน la lรฉgende se mรชle ร  l'organisation. Le sentiment profond, organique, millรฉnaire, qui a pris depuis son accent de lรฉgende, voici comment je l'ai rencontrรฉ. Dans un village de Corrรจze, les Allemands avaient tuรฉ des combattants du maquis, et donnรฉ ordre au maire de les faire enterrer en secret, ร  l'aube. Il est d'usage, dans cette rรฉgion, que chaque femme assiste aux obsรจques de tout mort de son village en se tenant sur la tombe de sa propre famille. Nul ne connaissait ces morts, qui รฉtaient des Alsaciens. Quand ils atteignirent le cimetiรจre, portรฉs par nos paysans sous la garde menaรงante des mitraillettes allemandes, la nuit qui se retirait comme la mer laissa paraรฎtre les femmes noires de Corrรจze, immobiles du haut en bas de la montagne, et attendant en silence, chacune sur la tombe des siens, l'ensevelissement des morts franรงais. Comment organiser cette fraternitรฉ pour en faire un combat ? On sait ce que Jean Moulin pensait de la Rรฉsistance, au moment oรน il partit pour Londres : ยซ II serait fou et criminel de ne pas utiliser, en cas d'action alliรฉe sur le continent, ces troupes prรชtes aux sacrifices les plus grands, รฉparses et anarchiques aujourd'hui, mais pouvant constituer demain une armรฉe cohรฉrente de parachutistes dรฉjร  en place, connaissant les lieux, ayant choisi leur adversaire et dรฉterminรฉ leur objectif. ยป C'รฉtait bien l'opinion du Gรฉnรฉral de Gaulle. Nรฉanmoins, lorsque le 1er janvier 1942, Jean Moulin fut parachutรฉ en France, la Rรฉsistance n'รฉtait encore qu'un dรฉsordre de courage : une presse clandestine, une source d'informations, une conspiration pour rassembler ces troupes qui n'existaient pas encore. Or, ces informations รฉtaient destinรฉes ร  tel ou tel alliรฉ, ces troupes se lรจveraient lorsque les Alliรฉs dรฉbarqueraient. Certes, les rรฉsistants รฉtaient des combattants fidรจles aux Alliรฉs. Mais ils voulaient cesser d'รชtre des Franรงais rรฉsistants, et devenir la Rรฉsistance franรงaise. C'est pourquoi Jean Moulin est allรฉ ร  Londres. Pas seulement parce que s'y trouvaient des combattants franรงais (qui eussent pu n'รชtre qu'une lรฉgion), pas seulement parce qu'une partie de l'empire avait ralliรฉ la France libre. S'il venait demander au Gรฉnรฉral de Gaulle de l'argent et des armes, il venait aussi lui demander ยซ une approbation morale, des liaisons frรฉquentes, rapides et sรปres avec lui ยป. Le Gรฉnรฉral assumait alors le Non du premier jour; le maintien du combat, quel qu'en fรปt le lieu, quelle qu'en fรปt la forme ; enfin, le destin de la France. La force des appels de juin 40 tenait moins aux ยซ forces immenses qui n'avaient pas encore donnรฉ ยป, qu'ร  : ยซ II faut que la France soit prรฉsente ร  la victoire. Alors, elle retrouvera sa libertรฉ et sa grandeur. ยป La France, et non telle lรฉgion de combattants franรงais. C'รฉtait par la France libre que les rรฉsistants de Bir Hakeim se conjuguaient, formaient une France combattante restรฉe au combat. Chaque groupe de rรฉsistants pouvait se lรฉgitimer par l'alliรฉ qui l'armait et le soutenait, voire par son seul courage ; le Gรฉnรฉral de Gaulle seul pouvait appeler les mouvements de Rรฉsistance ร  l'union entre eux et avec tous les autres combats, car c'รฉtait ร  travers lui seul que la France livrait un seul combat. C'est pourquoi - mรชme lorsque le prรฉsident Roosevelt croira assister ร  une rivalitรฉ de gรฉnรฉraux ou de partis - l'armรฉe d'Afrique, depuis la Provence jusqu'aux Vosges, combattra au nom du gaullisme - comme feront les troupes du parti communiste. C'est pourquoi Jean Moulin avait emportรฉ, dans le double fond d'une boรฎte d'allumettes, la micro photo du trรจs simple ordre suivant : ยซ M. Moulin a pour mission de rรฉaliser, dans la zone non directement occupรฉe de la mรฉtropole, l'unitรฉ d'action de tous les รฉlรฉments qui rรฉsistent ร  l'ennemi et ร  ses collaborateurs. ยป Inรฉpuisablement, il montre aux chefs des groupements le danger qu'entraรฎne le dรฉchirement de la Rรฉsistance entre des tuteurs diffรฉrents. Chaque รฉvรฉnement capital - entrรฉe en guerre de la Russie, puis des ร‰tats-Unis, dรฉbarquement en Afrique du Nord - renforce sa position. ร€ partir du dรฉbarquement, il apparaรฎt que la France va redevenir un thรฉรขtre d'opรฉrations. Mais la presse clandestine, les renseignements (mรชme enrichis par l'action du noyautage des administrations publiques) sont ร  l'รฉchelle de l'Occupation, non de la guerre. Si la Rรฉsistance sait qu'elle ne dรฉlivrera pas la France sans les Alliรฉs, elle n'ignore plus l'aide militaire que son unitรฉ pourrait leur apporter. Elle a peu ร  peu appris que s'il est relativement facile de faire sauter un pont, il n'est pas moins facile de le rรฉparer; alors que s'il est facile ร  la Rรฉsistance de faire sauter deux cents ponts, il est difficile aux Allemands de les rรฉparer ร  la fois. En un mot, elle sait qu'une aide efficace aux armรฉes de dรฉbarquement est insรฉparable d'un plan d'ensemble. Il faut que sur toutes les routes, sur toutes les voies ferrรฉes de France, les combattants clandestins dรฉsorganisent mรฉthodiquement la concentration des divisions cuirassรฉes allemandes. Et un tel plan d'ensemble ne peut รชtre conรงu, et exรฉcutรฉ, que par l'unitรฉ de la Rรฉsistance. C'est ร  quoi Jean Moulin s'emploie jour aprรจs jour, peine aprรจs peine, un mouvement de Rรฉsistance aprรจs l'autre : ยซ Et maintenant, essayons de calmer les colรจres d'en face... ยป II y a, inรฉvitablement, des problรจmes de personnes ; et bien davantage, la misรจre de la France combattante, l'exaspรฉrante certitude pour chaque maquis ou chaque groupe franc, d'รชtre spoliรฉ au bรฉnรฉfice d'un autre maquis ou d'un autre groupe, qu'indignent, au mรชme moment, les mรชmes illusions... Qui donc sait encore ce qu'il fallut d'acharnement pour parler le mรชme langage ร  des instituteurs radicaux ou rรฉactionnaires, des officiers rรฉactionnaires ou libรฉraux, des trotskistes ou communistes retour de Moscou, tous promis ร  la mรชme dรฉlivrance ou ร  la mรชme prison; ce qu'il fallut de rigueur ร  un ami de la Rรฉpublique espagnole, ร  un ancien ยซ prรฉfet de gauche ยป, chassรฉ par Vichy, pour exiger d'accueillir dans le combat commun tels rescapรฉs de la Cagoule ! Jean Moulin n'a nul besoin d'une gloire usurpรฉe : ce n'est pas lui qui a crรฉรฉ Combat, Libรฉration, Franc-Tireur, c'est Frenay, d'Astier, Jean-Pierre Lรฉvy. Ce n'est pas lui qui a crรฉรฉ les nombreux mouvements de la zone Nord dont l'histoire recueillera tous les noms. Ce n'est pas lui qui a fait les rรฉgiments mais c'est lui qui a fait l'armรฉe. II a รฉtรฉ le Carnot de la Rรฉsistance. Attribuer peu d'importance aux opinions dites politiques, lorsque la nation est en pรฉril de mort - la nation, non pas un nationalisme alors รฉcrasรฉ sous les chars hitlรฉriens, mais la donnรฉe invincible et mystรฉrieuse qui allait emplir le siรจcle : penser qu'elle dominerait bientรดt les doctrines totalitaires dont retentissait l'Europe; voir dans l'unitรฉ de la Rรฉsistance le moyen capital du combat pour l'unitรฉ de la nation, c'รฉtait peut-รชtre affirmer ce qu'on a, depuis, appelรฉ le gaullisme. C'รฉtait certainement proclamer la survie de la France. En fรฉvrier, ce laรฏc passionnรฉ avait รฉtabli sa liaison par radio avec Londres, dans le grenier d'un presbytรจre. En avril, le Service d'information et de propagande, puis le Comitรฉ gรฉnรฉral d'รฉtudes รฉtaient formรฉs ; en septembre, le noyautage des administrations publiques. Enfin, le Gรฉnรฉral de Gaulle dรฉcidait la crรฉation d'un ยซ Comitรฉ de coordination ยป que prรฉsiderait Jean Moulin, assistรฉ du chef de l'Armรฉe secrรจte unifiรฉe. La prรฉhistoire avait pris fin. Coordonnateur de la Rรฉsistance en zone Sud, Jean Moulin en devenait le chef. En janvier 1943, le Comitรฉ directeur des Mouvements unis de la Rรฉsistance (ce que, jusqu'ร  la Libรฉration, nous appellerions les Murs), รฉtait crรฉรฉ sous sa prรฉsidence. En fรฉvrier, il repartait pour Londres avec le gรฉnรฉral Delestraint, chef de l'Armรฉe secrรจte, et Jacques Dalsace. De ce sรฉjour, le tรฉmoignage le plus รฉmouvant a รฉtรฉ donnรฉ par le colonel Passy. ยซ Je revois Moulin, blรชme, saisi par l'รฉmotion qui nous รฉtreignait tous, se tenant ร  quelques pas devant le Gรฉnรฉral et celui-ci disant, presque ร  voix basse : "Mettez-vous au garde-ร -vous", puis : "Nous vous reconnaissons comme notre compagnon, pour la libรฉration de la France, dans l'honneur et par la victoire." Et pendant que de Gaulle lui donnait l'accolade, une larme, lourde de reconnaissance, de fiertรฉ, et de farouche volontรฉ, coulait doucement le long de la joue pรขle de notre camarade Moulin. Comme il avait la tรชte levรฉe, nous pouvions voir encore, au travers de sa gorge, les traces du coup de rasoir qu'il s'รฉtait donnรฉ, en 1940, pour รฉviter de cรฉder sous les tortures de l'ennemi. ยป Les tortures de l'ennemi... En mars, chargรฉ de constituer et de prรฉsider le Conseil national de la Rรฉsistance, Jean Moulin monte dans l'avion qui va le parachuter au nord de Roanne. Ce Conseil national de la Rรฉsistance, qui groupe les mouvements, les partis et les syndicats de toute la France, c'est l'unitรฉ prรฉcairement conquise, mais aussi la certitude qu'au jour du dรฉbarquement, l'armรฉe, en haillons, de la Rรฉsistance attendra les divisions blindรฉes de la Libรฉration. Jean Moulin en retrouve les membres, qu'il rassemblera si difficilement. Il retrouve aussi une Rรฉsistance tragiquement transformรฉe. Jusque-lร , elle avait combattu comme une armรฉe, en face de la victoire, de la mort ou de la captivitรฉ. Elle commence ร  dรฉcouvrir l'univers concentrationnaire, la certitude de la torture. C'est alors qu'elle commence ร  combattre en face de l'enfer. Ayant reรงu un rapport sur les camps de concentration, il dit ร  son agent de liaison, Suzette Olivier : ยซ J'espรจre qu'ils nous fusillerons avant. ยป Ils ne devaient pas avoir besoin de le fusiller. La Rรฉsistance grandit, les rรฉfractaires du travail obligatoire vont bientรดt emplir nos maquis ; la Gestapo grandit aussi, la Milice est partout. C'est le temps oรน, dans la campagne, nous interrogeons les aboiements des chiens au fond de la nuit ; le temps oรน les parachutes multicolores, chargรฉs d'armes et de cigarettes, tombent du ciel dans la lueur des feux des clairiรจres ou des causses ; le temps des caves, et de ces cris dรฉsespรฉrรฉs que poussent les torturรฉs avec des voix d'enfants... La grande lutte des tรฉnรจbres a commencรฉ. Le 27 mai 1943, a lieu ร  Paris, rue du Four, la premiรจre rรฉunion du Conseil national de la Rรฉsistance. Jean Moulin rappelle les buts de la France libre : ยซ Faire la guerre ; rendre la parole au peuple franรงais ; rรฉtablir les libertรฉs rรฉpublicaines dans un ร‰tat d'oรน la justice sociale ne sera pas exclue et qui aura le sens de la grandeur ; travailler avec les Alliรฉs ร  l'รฉtablissement d'une collaboration internationale rรฉelle sur le plan รฉconomique et social, dans un monde oรน la France aura regagnรฉ son prestige. ยป Puis il donne lecture d'un message du Gรฉnรฉral de Gaulle, qui fixe pour premier but au premier Conseil de la Rรฉsistance, le maintien de l'unitรฉ de cette Rรฉsistance qu'il reprรฉsente. Au pรฉril quotidien de la vie de chacun de ses membres. Le 9 juin, le gรฉnรฉral Delestraint, chef de l'Armรฉe secrรจte enfin unifiรฉe, est pris ร  Paris. Aucun successeur ne s'impose. Ce qui est frรฉquent dans la clandestinitรฉ : Jean Moulin aura dit maintes fois avant l'arrivรฉe de Serreules : ยซ Si j'รฉtais pris, je n'aurais pas mรชme eu le temps de mettre un adjoint au courant... ยป II veut donc dรฉsigner ce successeur avec l'accord des mouvements, notamment de ceux de la zone Sud. Il rencontrera leurs dรฉlรฉguรฉs le 21, ร  Caluire. Ils l'y attendent, en effet. La Gestapo aussi. La trahison joue son rรดle - et le destin, qui veut qu'aux trois quarts d'heure de retard de Jean Moulin, presque toujours ponctuel, corresponde un long retard de la police allemande. Assez vite, celle-ci apprend qu'elle tient le chef de la Rรฉsistance. En vain. Le jour oรน, au fort Montluc ร  Lyon, aprรจs l'avoir fait torturer, l'agent de la Gestapo lui tend de quoi รฉcrire puisqu'il ne peut plus parler, Jean Moulin dessine la caricature de son bourreau. Pour la terrible suite, รฉcoutons seulement les mots si simples de sa soeur : ยซ Son rรดle est jouรฉ, et son calvaire commence. Bafouรฉ, sauvagement frappรฉ, la tรชte en sang, les organes รฉclatรฉs, il atteint les limites de la souffrance humaine sans jamais trahir un seul secret, lui qui les savait tous. ยป Comprenons bien que pendant les quelques jours oรน il pourrait encore parler ou รฉcrire, le destin de la Rรฉsistance est suspendu au courage de cet homme. Comme le dit Mlle Moulin, il savait tout. Georges Bidault prendra sa succession. Mais voici la victoire de ce silence atrocement payรฉ : le destin bascule. Chef de la Rรฉsistance martyrisรฉ dans des caves hideuses, regarde de tes yeux disparus toutes ces femmes noires qui veillent nos compagnons : elles portent le deuil de la France, et le tien. Regarde glisser sous les chรชnes nains du Quercy, avec un drapeau fait de mousselines nouรฉes, les maquis que la Gestapo ne trouvera jamais parce qu'elle ne croit qu'aux grands arbres. Regarde le prisonnier qui entre dans une villa luxueuse et se demande pourquoi on lui donne une salle de bains - il n'a pas encore entendu parler de la baignoire. Pauvre roi suppliciรฉ des ombres, regarde ton peuple d'ombres se lever dans la nuit de juin constellรฉe de tortures. Voici le fracas des chars allemands qui remontent vers la Normandie ร  travers les longues plaintes des bestiaux rรฉveillรฉs : grรขce ร  toi, les chars n'arriveront pas ร  temps. Et quand la trouรฉe des Alliรฉs commence, regarde, prรฉfet, surgir dans toutes les villes de France les commissaires de la Rรฉpublique - sauf lorsqu'on les a tuรฉs. Tu as enviรฉ, comme nous, les clochards รฉpiques de Leclerc : regarde, combattant, tes clochards sortir ร  quatre pattes de leurs maquis de chรชnes, et arrรชter avec leurs mains paysannes formรฉes aux bazookas l'une des premiรจres divisions cuirassรฉes de l'empire hitlรฉrien, la division Das Reich. Comme Leclerc entra aux Invalides, avec son cortรจge d'exaltation dans le soleil d'Afrique et les combats d'Alsace, entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortรจge. Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlรฉ, comme toi ; et mรชme, ce qui est peut-รชtre plus atroce, en ayant parlรฉ ; avec tous les rayรฉs et tous les tondus des camps de concentration, avec le dernier corps trรฉbuchant des affreuses files de Nuit et Brouillard, enfin tombรฉ sous les crosses ; avec les huit mille Franรงaises qui ne sont pas revenues des bagnes, avec la derniรจre femme morte ร  Ravensbrรผck pour avoir donnรฉ asile ร  l'un des nรดtres. Entre, avec le peuple nรฉ de l'ombre et disparu avec elle - nos frรจres dans l'ordre de la Nuit... Commรฉmorant l'anniversaire de la Libรฉration de Paris, je disais : ยซ ร‰coute ce soir, jeunesse de mon pays, ces cloches d'anniversaire qui sonneront comme celles d'il y a quatorze ans. Puisses-tu, cette fois, les entendre : elles vont sonner pour toi. ยป L'hommage d'aujourd'hui n'appelle que le chant qui va s'รฉlever maintenant, ce Chant des partisans que j'ai entendu murmurer comme un chant de complicitรฉ, puis psalmodier dans le brouillard des Vosges et les bois d'Alsace, mรชlรฉ au cri perdu des moutons des tabors, quand les bazookas de Corrรจze avanรงaient ร  la rencontre des chars de Rundstedt lancรฉs de nouveau contre Strasbourg. ร‰coute aujourd'hui, jeunesse de France, ce qui fut pour nous le Chant du Malheur. C'est la marche funรจbre des cendres que voici. ร€ cรดtรฉ de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misรฉrables, de celles de Jaurรจs veillรฉes par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortรจge d'ombres dรฉfigurรฉes. Aujourd'hui, jeunesse, puisses-tu penser ร  cet homme comme tu aurais approchรฉ tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lรจvres qui n'avaient pas parlรฉ ; ce jour-lร , elle รฉtait le visage de la France... ยป

๐Ÿ‡ซ๐Ÿ‡ท Gaullisme โ˜จ

101,283 views โ€ข 1 year ago

๐Ÿ‡ซ๐Ÿ‡ท 19 dรฉcembre 1964, intรฉgralitรฉ du discours d'Andrรฉ Malraux lors de la cรฉrรฉmonie de transfert des cendres de Jean Moulin au Panthรฉon : ยซ Monsieur le Prรฉsident de la Rรฉpublique, Voilร  donc plus de vingt ans que Jean Moulin partit, par un temps de dรฉcembre sans doute semblable ร  celui-ci, pour รชtre parachutรฉ sur la terre de Provence, et devenir le chef d'un peuple de la nuit. Sans la cรฉrรฉmonie d'aujourd'hui, combien d'enfants de France sauraient son nom ? Il ne le retrouva lui-mรชme que pour รชtre tuรฉ ; et depuis, sont nรฉs seize millions d'enfants... Puissent les commรฉmorations des deux guerres s'achever par la rรฉsurrection du peuple d'ombres que cet homme anima, qu'il symbolise, et qu'il fait entrer ici comme une humble garde solennelle autour de son corps de mort. Aprรจs vingt ans, la Rรฉsistance est devenue un monde de limbes oรน la lรฉgende se mรชle ร  l'organisation. Le sentiment profond, organique, millรฉnaire, qui a pris depuis son accent de lรฉgende, voici comment je l'ai rencontrรฉ. Dans un village de Corrรจze, les Allemands avaient tuรฉ des combattants du maquis, et donnรฉ ordre au maire de les faire enterrer en secret, ร  l'aube. Il est d'usage, dans cette rรฉgion, que chaque femme assiste aux obsรจques de tout mort de son village en se tenant sur la tombe de sa propre famille. Nul ne connaissait ces morts, qui รฉtaient des Alsaciens. Quand ils atteignirent le cimetiรจre, portรฉs par nos paysans sous la garde menaรงante des mitraillettes allemandes, la nuit qui se retirait comme la mer laissa paraรฎtre les femmes noires de Corrรจze, immobiles du haut en bas de la montagne, et attendant en silence, chacune sur la tombe des siens, l'ensevelissement des morts franรงais. Comment organiser cette fraternitรฉ pour en faire un combat ? On sait ce que Jean Moulin pensait de la Rรฉsistance, au moment oรน il partit pour Londres : ยซ II serait fou et criminel de ne pas utiliser, en cas d'action alliรฉe sur le continent, ces troupes prรชtes aux sacrifices les plus grands, รฉparses et anarchiques aujourd'hui, mais pouvant constituer demain une armรฉe cohรฉrente de parachutistes dรฉjร  en place, connaissant les lieux, ayant choisi leur adversaire et dรฉterminรฉ leur objectif. ยป C'รฉtait bien l'opinion du Gรฉnรฉral de Gaulle. Nรฉanmoins, lorsque le 1er janvier 1942, Jean Moulin fut parachutรฉ en France, la Rรฉsistance n'รฉtait encore qu'un dรฉsordre de courage : une presse clandestine, une source d'informations, une conspiration pour rassembler ces troupes qui n'existaient pas encore. Or, ces informations รฉtaient destinรฉes ร  tel ou tel alliรฉ, ces troupes se lรจveraient lorsque les Alliรฉs dรฉbarqueraient. Certes, les rรฉsistants รฉtaient des combattants fidรจles aux Alliรฉs. Mais ils voulaient cesser d'รชtre des Franรงais rรฉsistants, et devenir la Rรฉsistance franรงaise. C'est pourquoi Jean Moulin est allรฉ ร  Londres. Pas seulement parce que s'y trouvaient des combattants franรงais (qui eussent pu n'รชtre qu'une lรฉgion), pas seulement parce qu'une partie de l'empire avait ralliรฉ la France libre. S'il venait demander au Gรฉnรฉral de Gaulle de l'argent et des armes, il venait aussi lui demander ยซ une approbation morale, des liaisons frรฉquentes, rapides et sรปres avec lui ยป. Le Gรฉnรฉral assumait alors le Non du premier jour; le maintien du combat, quel qu'en fรปt le lieu, quelle qu'en fรปt la forme ; enfin, le destin de la France. La force des appels de juin 40 tenait moins aux ยซ forces immenses qui n'avaient pas encore donnรฉ ยป, qu'ร  : ยซ II faut que la France soit prรฉsente ร  la victoire. Alors, elle retrouvera sa libertรฉ et sa grandeur. ยป La France, et non telle lรฉgion de combattants franรงais. C'รฉtait par la France libre que les rรฉsistants de Bir Hakeim se conjuguaient, formaient une France combattante restรฉe au combat. Chaque groupe de rรฉsistants pouvait se lรฉgitimer par l'alliรฉ qui l'armait et le soutenait, voire par son seul courage ; le Gรฉnรฉral de Gaulle seul pouvait appeler les mouvements de Rรฉsistance ร  l'union entre eux et avec tous les autres combats, car c'รฉtait ร  travers lui seul que la France livrait un seul combat. C'est pourquoi - mรชme lorsque le prรฉsident Roosevelt croira assister ร  une rivalitรฉ de gรฉnรฉraux ou de partis - l'armรฉe d'Afrique, depuis la Provence jusqu'aux Vosges, combattra au nom du gaullisme - comme feront les troupes du parti communiste. C'est pourquoi Jean Moulin avait emportรฉ, dans le double fond d'une boรฎte d'allumettes, la micro photo du trรจs simple ordre suivant : ยซ M. Moulin a pour mission de rรฉaliser, dans la zone non directement occupรฉe de la mรฉtropole, l'unitรฉ d'action de tous les รฉlรฉments qui rรฉsistent ร  l'ennemi et ร  ses collaborateurs. ยป Inรฉpuisablement, il montre aux chefs des groupements le danger qu'entraรฎne le dรฉchirement de la Rรฉsistance entre des tuteurs diffรฉrents. Chaque รฉvรฉnement capital - entrรฉe en guerre de la Russie, puis des ร‰tats-Unis, dรฉbarquement en Afrique du Nord - renforce sa position. ร€ partir du dรฉbarquement, il apparaรฎt que la France va redevenir un thรฉรขtre d'opรฉrations. Mais la presse clandestine, les renseignements (mรชme enrichis par l'action du noyautage des administrations publiques) sont ร  l'รฉchelle de l'Occupation, non de la guerre. Si la Rรฉsistance sait qu'elle ne dรฉlivrera pas la France sans les Alliรฉs, elle n'ignore plus l'aide militaire que son unitรฉ pourrait leur apporter. Elle a peu ร  peu appris que s'il est relativement facile de faire sauter un pont, il n'est pas moins facile de le rรฉparer; alors que s'il est facile ร  la Rรฉsistance de faire sauter deux cents ponts, il est difficile aux Allemands de les rรฉparer ร  la fois. En un mot, elle sait qu'une aide efficace aux armรฉes de dรฉbarquement est insรฉparable d'un plan d'ensemble. Il faut que sur toutes les routes, sur toutes les voies ferrรฉes de France, les combattants clandestins dรฉsorganisent mรฉthodiquement la concentration des divisions cuirassรฉes allemandes. Et un tel plan d'ensemble ne peut รชtre conรงu, et exรฉcutรฉ, que par l'unitรฉ de la Rรฉsistance. C'est ร  quoi Jean Moulin s'emploie jour aprรจs jour, peine aprรจs peine, un mouvement de Rรฉsistance aprรจs l'autre : ยซ Et maintenant, essayons de calmer les colรจres d'en face... ยป II y a, inรฉvitablement, des problรจmes de personnes ; et bien davantage, la misรจre de la France combattante, l'exaspรฉrante certitude pour chaque maquis ou chaque groupe franc, d'รชtre spoliรฉ au bรฉnรฉfice d'un autre maquis ou d'un autre groupe, qu'indignent, au mรชme moment, les mรชmes illusions... Qui donc sait encore ce qu'il fallut d'acharnement pour parler le mรชme langage ร  des instituteurs radicaux ou rรฉactionnaires, des officiers rรฉactionnaires ou libรฉraux, des trotskistes ou communistes retour de Moscou, tous promis ร  la mรชme dรฉlivrance ou ร  la mรชme prison; ce qu'il fallut de rigueur ร  un ami de la Rรฉpublique espagnole, ร  un ancien ยซ prรฉfet de gauche ยป, chassรฉ par Vichy, pour exiger d'accueillir dans le combat commun tels rescapรฉs de la Cagoule ! Jean Moulin n'a nul besoin d'une gloire usurpรฉe : ce n'est pas lui qui a crรฉรฉ Combat, Libรฉration, Franc-Tireur, c'est Frenay, d'Astier, Jean-Pierre Lรฉvy. Ce n'est pas lui qui a crรฉรฉ les nombreux mouvements de la zone Nord dont l'histoire recueillera tous les noms. Ce n'est pas lui qui a fait les rรฉgiments mais c'est lui qui a fait l'armรฉe. II a รฉtรฉ le Carnot de la Rรฉsistance. Attribuer peu d'importance aux opinions dites politiques, lorsque la nation est en pรฉril de mort - la nation, non pas un nationalisme alors รฉcrasรฉ sous les chars hitlรฉriens, mais la donnรฉe invincible et mystรฉrieuse qui allait emplir le siรจcle : penser qu'elle dominerait bientรดt les doctrines totalitaires dont retentissait l'Europe; voir dans l'unitรฉ de la Rรฉsistance le moyen capital du combat pour l'unitรฉ de la nation, c'รฉtait peut-รชtre affirmer ce qu'on a, depuis, appelรฉ le gaullisme. C'รฉtait certainement proclamer la survie de la France. En fรฉvrier, ce laรฏc passionnรฉ avait รฉtabli sa liaison par radio avec Londres, dans le grenier d'un presbytรจre. En avril, le Service d'information et de propagande, puis le Comitรฉ gรฉnรฉral d'รฉtudes รฉtaient formรฉs ; en septembre, le noyautage des administrations publiques. Enfin, le Gรฉnรฉral de Gaulle dรฉcidait la crรฉation d'un ยซ Comitรฉ de coordination ยป que prรฉsiderait Jean Moulin, assistรฉ du chef de l'Armรฉe secrรจte unifiรฉe. La prรฉhistoire avait pris fin. Coordonnateur de la Rรฉsistance en zone Sud, Jean Moulin en devenait le chef. En janvier 1943, le Comitรฉ directeur des Mouvements unis de la Rรฉsistance (ce que, jusqu'ร  la Libรฉration, nous appellerions les Murs), รฉtait crรฉรฉ sous sa prรฉsidence. En fรฉvrier, il repartait pour Londres avec le gรฉnรฉral Delestraint, chef de l'Armรฉe secrรจte, et Jacques Dalsace. De ce sรฉjour, le tรฉmoignage le plus รฉmouvant a รฉtรฉ donnรฉ par le colonel Passy. ยซ Je revois Moulin, blรชme, saisi par l'รฉmotion qui nous รฉtreignait tous, se tenant ร  quelques pas devant le Gรฉnรฉral et celui-ci disant, presque ร  voix basse : "Mettez-vous au garde-ร -vous", puis : "Nous vous reconnaissons comme notre compagnon, pour la libรฉration de la France, dans l'honneur et par la victoire." Et pendant que de Gaulle lui donnait l'accolade, une larme, lourde de reconnaissance, de fiertรฉ, et de farouche volontรฉ, coulait doucement le long de la joue pรขle de notre camarade Moulin. Comme il avait la tรชte levรฉe, nous pouvions voir encore, au travers de sa gorge, les traces du coup de rasoir qu'il s'รฉtait donnรฉ, en 1940, pour รฉviter de cรฉder sous les tortures de l'ennemi. ยป Les tortures de l'ennemi... En mars, chargรฉ de constituer et de prรฉsider le Conseil national de la Rรฉsistance, Jean Moulin monte dans l'avion qui va le parachuter au nord de Roanne. Ce Conseil national de la Rรฉsistance, qui groupe les mouvements, les partis et les syndicats de toute la France, c'est l'unitรฉ prรฉcairement conquise, mais aussi la certitude qu'au jour du dรฉbarquement, l'armรฉe, en haillons, de la Rรฉsistance attendra les divisions blindรฉes de la Libรฉration. Jean Moulin en retrouve les membres, qu'il rassemblera si difficilement. Il retrouve aussi une Rรฉsistance tragiquement transformรฉe. Jusque-lร , elle avait combattu comme une armรฉe, en face de la victoire, de la mort ou de la captivitรฉ. Elle commence ร  dรฉcouvrir l'univers concentrationnaire, la certitude de la torture. C'est alors qu'elle commence ร  combattre en face de l'enfer. Ayant reรงu un rapport sur les camps de concentration, il dit ร  son agent de liaison, Suzette Olivier : ยซ J'espรจre qu'ils nous fusillerons avant. ยป Ils ne devaient pas avoir besoin de le fusiller. La Rรฉsistance grandit, les rรฉfractaires du travail obligatoire vont bientรดt emplir nos maquis ; la Gestapo grandit aussi, la Milice est partout. C'est le temps oรน, dans la campagne, nous interrogeons les aboiements des chiens au fond de la nuit ; le temps oรน les parachutes multicolores, chargรฉs d'armes et de cigarettes, tombent du ciel dans la lueur des feux des clairiรจres ou des causses ; le temps des caves, et de ces cris dรฉsespรฉrรฉs que poussent les torturรฉs avec des voix d'enfants... La grande lutte des tรฉnรจbres a commencรฉ. Le 27 mai 1943, a lieu ร  Paris, rue du Four, la premiรจre rรฉunion du Conseil national de la Rรฉsistance. Jean Moulin rappelle les buts de la France libre : ยซ Faire la guerre ; rendre la parole au peuple franรงais ; rรฉtablir les libertรฉs rรฉpublicaines dans un ร‰tat d'oรน la justice sociale ne sera pas exclue et qui aura le sens de la grandeur ; travailler avec les Alliรฉs ร  l'รฉtablissement d'une collaboration internationale rรฉelle sur le plan รฉconomique et social, dans un monde oรน la France aura regagnรฉ son prestige. ยป Puis il donne lecture d'un message du Gรฉnรฉral de Gaulle, qui fixe pour premier but au premier Conseil de la Rรฉsistance, le maintien de l'unitรฉ de cette Rรฉsistance qu'il reprรฉsente. Au pรฉril quotidien de la vie de chacun de ses membres. Le 9 juin, le gรฉnรฉral Delestraint, chef de l'Armรฉe secrรจte enfin unifiรฉe, est pris ร  Paris. Aucun successeur ne s'impose. Ce qui est frรฉquent dans la clandestinitรฉ : Jean Moulin aura dit maintes fois avant l'arrivรฉe de Serreules : ยซ Si j'รฉtais pris, je n'aurais pas mรชme eu le temps de mettre un adjoint au courant... ยป II veut donc dรฉsigner ce successeur avec l'accord des mouvements, notamment de ceux de la zone Sud. Il rencontrera leurs dรฉlรฉguรฉs le 21, ร  Caluire. Ils l'y attendent, en effet. La Gestapo aussi. La trahison joue son rรดle - et le destin, qui veut qu'aux trois quarts d'heure de retard de Jean Moulin, presque toujours ponctuel, corresponde un long retard de la police allemande. Assez vite, celle-ci apprend qu'elle tient le chef de la Rรฉsistance. En vain. Le jour oรน, au fort Montluc ร  Lyon, aprรจs l'avoir fait torturer, l'agent de la Gestapo lui tend de quoi รฉcrire puisqu'il ne peut plus parler, Jean Moulin dessine la caricature de son bourreau. Pour la terrible suite, รฉcoutons seulement les mots si simples de sa soeur : ยซ Son rรดle est jouรฉ, et son calvaire commence. Bafouรฉ, sauvagement frappรฉ, la tรชte en sang, les organes รฉclatรฉs, il atteint les limites de la souffrance humaine sans jamais trahir un seul secret, lui qui les savait tous. ยป Comprenons bien que pendant les quelques jours oรน il pourrait encore parler ou รฉcrire, le destin de la Rรฉsistance est suspendu au courage de cet homme. Comme le dit Mlle Moulin, il savait tout. Georges Bidault prendra sa succession. Mais voici la victoire de ce silence atrocement payรฉ : le destin bascule. Chef de la Rรฉsistance martyrisรฉ dans des caves hideuses, regarde de tes yeux disparus toutes ces femmes noires qui veillent nos compagnons : elles portent le deuil de la France, et le tien. Regarde glisser sous les chรชnes nains du Quercy, avec un drapeau fait de mousselines nouรฉes, les maquis que la Gestapo ne trouvera jamais parce qu'elle ne croit qu'aux grands arbres. Regarde le prisonnier qui entre dans une villa luxueuse et se demande pourquoi on lui donne une salle de bains - il n'a pas encore entendu parler de la baignoire. Pauvre roi suppliciรฉ des ombres, regarde ton peuple d'ombres se lever dans la nuit de juin constellรฉe de tortures. Voici le fracas des chars allemands qui remontent vers la Normandie ร  travers les longues plaintes des bestiaux rรฉveillรฉs : grรขce ร  toi, les chars n'arriveront pas ร  temps. Et quand la trouรฉe des Alliรฉs commence, regarde, prรฉfet, surgir dans toutes les villes de France les commissaires de la Rรฉpublique - sauf lorsqu'on les a tuรฉs. Tu as enviรฉ, comme nous, les clochards รฉpiques de Leclerc : regarde, combattant, tes clochards sortir ร  quatre pattes de leurs maquis de chรชnes, et arrรชter avec leurs mains paysannes formรฉes aux bazookas l'une des premiรจres divisions cuirassรฉes de l'empire hitlรฉrien, la division Das Reich. Comme Leclerc entra aux Invalides, avec son cortรจge d'exaltation dans le soleil d'Afrique et les combats d'Alsace, entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortรจge. Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlรฉ, comme toi ; et mรชme, ce qui est peut-รชtre plus atroce, en ayant parlรฉ ; avec tous les rayรฉs et tous les tondus des camps de concentration, avec le dernier corps trรฉbuchant des affreuses files de Nuit et Brouillard, enfin tombรฉ sous les crosses ; avec les huit mille Franรงaises qui ne sont pas revenues des bagnes, avec la derniรจre femme morte ร  Ravensbrรผck pour avoir donnรฉ asile ร  l'un des nรดtres. Entre, avec le peuple nรฉ de l'ombre et disparu avec elle - nos frรจres dans l'ordre de la Nuit... Commรฉmorant l'anniversaire de la Libรฉration de Paris, je disais : ยซ ร‰coute ce soir, jeunesse de mon pays, ces cloches d'anniversaire qui sonneront comme celles d'il y a quatorze ans. Puisses-tu, cette fois, les entendre : elles vont sonner pour toi. ยป L'hommage d'aujourd'hui n'appelle que le chant qui va s'รฉlever maintenant, ce Chant des partisans que j'ai entendu murmurer comme un chant de complicitรฉ, puis psalmodier dans le brouillard des Vosges et les bois d'Alsace, mรชlรฉ au cri perdu des moutons des tabors, quand les bazookas de Corrรจze avanรงaient ร  la rencontre des chars de Rundstedt lancรฉs de nouveau contre Strasbourg. ร‰coute aujourd'hui, jeunesse de France, ce qui fut pour nous le Chant du Malheur. C'est la marche funรจbre des cendres que voici. ร€ cรดtรฉ de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misรฉrables, de celles de Jaurรจs veillรฉes par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortรจge d'ombres dรฉfigurรฉes. Aujourd'hui, jeunesse, puisses-tu penser ร  cet homme comme tu aurais approchรฉ tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lรจvres qui n'avaient pas parlรฉ ; ce jour-lร , elle รฉtait le visage de la France... ยป Fondation Charles de Gaulle Acadรฉmie du Gaullisme Kรขplan ThinkerView THEATRUM BELLI Souveraine Tech OpexNews Jรฉrรดme Besnard ๐Ÿ‡จ๐Ÿ‡ต Eric Anceau Eric Branca @CyrilCrusillea2 Patrick Samuel David BELLAMY Jacques de Saint Victor @DUVAL_STALLA Christine Clerc

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