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Il faut reconnaître le panache. Bruno #Gaccio (Bruno Gaccio) porte la bonne parole de La France Insoumise là où il ne faut pas. À la mairie du 7ᵉ arrondissement de Paris, au cœur du temple bourgeois, là où la gauche populaire n’entre jamais, même par erreur. Le 7e arrdt, pour mémoire, c’est une réserve à faune protégée, une sociologie électorale sous cloche. L’alternative politique y tient du mobilier classé. C’est un buffet massif de droite conservatrice qu’on n’a pas déplacé depuis des décennies. Rachida #Dati (Rachida Dati ن) y règne depuis 2008. Dix-huit ans de mandat en roue libre. Son nom imprègne les murs. Sortante officieuse, candidate investie par Les Républicains pour la mairie de Paris, sarkozyste endurcie, réseau dense, louboutins plantés dans le granit institutionnel. Financements discrets, dîners triangulaires, promesses municipales échangées sous la table. La démocratie locale gérée comme un syndic. Le système d’abord, même quand il implose. La gauche y survit à l’état de trace. La France insoumise y fait des scores de témoignage, comme on dépose une gerbe. Les électeurs ? héritiers de bourgeoisies patrimoniales en costume gris perle. Retraités fidèles lecteurs du Figaro. Hauts fonctionnaires issus du noyau dur de l’État, déposés chaque matin par ascenseur direct depuis les adresses mitoyennes du pouvoir: Palais Bourbon, Matignon, Quai d’Orsay. Élus en fin de carrière venus disparaître sans quitter la scène. S’y ajoutent les CSP++ néolibéraux occupant les hôtels particuliers des rues de Varenne, Grenelle, Saint-Dominique, portails lourds, jardins invisibles. Une faune d’attachés parlementaires, de lobbyistes, de journalistes politiques, de polémistes d’extrême droite. Diplomates usés et éditeurs influents en transit à l’Hôtel Lutetia. Desperate housewives en circuit fermé au Bon Marché. Quelques bonnes portugaises reléguées sous les toits haussmanniens. Et puis les lycées, instituts, fondations, conçus moins pour instruire que pour trier. Sans oublier la forêt de clubs, cercles, dîners privés et conseils d’administration soigneusement camouflés. Comme dans le 8e et le 16e, rien ne circule vraiment dans le 7ᵉ, sinon les cartes de visite, les invitations à dîner et les rumeurs venimeuses. Ici, on ne débat pas: on se reconnaît. On se salue entre initiés. On s’asperge symboliquement d’eau bénite idéologique à Saint-Louis-des-Invalides, entre deux messes républicaines pour l’ordre, l’armée et la propriété. Les habitants du nord-est parisien s’y aventurent parfois, après accréditation symbolique pour traverser le fleuve. En débarquant rue du Bac, ils découvrent un pays sans kebabs ni poussettes doubles, mais saturé de berlines avec chauffeur. Alors Bruno Gaccio candidat dans ce biotope ? c’est un cheveu dans la soupe. Un cafard sous la lumière. Un grain de sable dans l’engrenage. Tout sauf une candidature ordinaire. Né pauvre à Saint-Étienne, sans grandes écoles, sans capital, sans carnet d’adresses, sans réseau. Les Guignols de l’info pour seule carrière. Pas le profil. Pas la bonne texture sociale. Compagnon de route de Jean-Luc Mélenchon, figure d’une gauche anti-système, anti-élite, anti-médias dominants, insoluble dans les cénacles de l’ordre établi, sa biographie est ici une anomalie statistique. Le protocole bien huilé des municipales du 7ᵉ n’a jamais été conçu pour ce type d’intrus. Gaccio dérange donc lorsqu’il tracte rue de Varenne. Non parce qu’il pourrait gagner. Mais parce qu’il parle. Parce qu’il porte des idées, des convictions, une mémoire sociale, une impertinence. Et ça dérange bien au-delà du quartier. Sa candidature tête de liste de Sophia #Chikirou (Sophia Chikirou) est un drapeau planté au milieu d’un écosystème capitaliste repu et d’un appareil politico-médiatique gangrené. Distribuer des tracts LFI ici, c’est faire du théâtre politique à ciel ouvert. Injecter de l’ironie dans un monde anesthésié. Il s’expose aux regards condescendants, aux sarcasmes haineux sur X, aux boules puantes médiatiques. Mais il impose, le temps d’une campagne, un moment de vérité. Ce n’est pas rien, et à voir l’agitation des chiens de garde, le message est passé.

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