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Jean-Pierre Bacri, Agnès Jaoui. "- J'ai jamais su te parler. C'est vrai que j'ai pas fait de progrès, du tout. C'est moi. - T'es resté assez longtemps avec quelqu'un... T'es parti pourquoi ? - Il manquait une petite pointe d'amour." L'écriture de scénario. "Plutôt que de tuer des gens dans la rue..." Jean-Pierre Bacri : « C'est souvent merdique et insuffisant parce que les gens écrivent mal et trop vite. Avec Agnès Jaoui, il nous faut un an et demi à raison de quatre heures de travail par jour pour avoir une version montrable. Nous revenons tout le temps sur ce que nous avons écrit. » « Il n'y a rien qui vient, on fait venir. On travaille d'abord sur le thème. On reste assez longtemps à déterminer de quoi on va parler. En général, ça part d'une exaspération quelconque ou d'un jugement sur la société. Ensuite, il faut évidemment trouver les personnages qui vont étayer la démonstration, et les stéréotypes de comportement face à une situation donnée. » « Souvent en tant qu'acteur, on jubile sur les 15 ou 20 premières pages d'un scénario. Et puis il vous tombe des mains au bout de la 25e page. L'idée est chatoyante, on a envie de la croquer, et quand on avance, il n'y a plus rien. On sent que l'auteur s'est dit "je vais rajouter 1h20 à mon idée". Et c'est ça, se tuer. » « En ce qui me concerne, je trouve que ce qui ressort de l'impro est assez pauvre, pathétique. Il arrive qu'il y ait de la grâce, mais c'est rare... ça peut paraître un peu rigide, mais on ne laisse pas de place à l'improvisation... On écrit tellement, on repasse tellement sur les dialogues pour qu'ils soient justes, qu'il n'y a pas d'intérêt à les changer. » Agnès Jaoui : « Cela part de nos énervements communs et des droits de réponse qu'on a la sensation de ne pas pouvoir obtenir. Parce que la télé, les médias et la famille, c'est-à-dire toutes les normes, nous imposent un discours. Comment faire pour y répondre ? Par l'écriture on peut s'en défouler, et éventuellement défouler d'autres gens. Petite, je me suis sentie seule bien souvent, et différente, et malheureuse. Heureusement que je suis tombée sur certains livres, certains romans, certaines chansons, qui n'étaient pas ce flot de normes rassurantes. L'être est plus divers et plus riche que ça. Je trouve exaspérant qu'on me dise tout le temps ce que je dois penser, et c'est de ces exaspérations-là que partent nos envies d'écrire. » Jean-Pierre Bacri : « Il y a une exaspération qui doit bien passer quelque part... plutôt que de tuer des gens dans la rue... » « Le caractère choral (de nos scénarios) est présent depuis que l'on écrit pour le théâtre. Des convictions politiques font qu'on est complètement atterrés par les films où il y a deux rôles principaux et une cinquantaine de figurants qui donnent la soupe aux deux jeunes premiers. On a vécu beaucoup au théâtre, on aime ce partage, arriver sur un plateau et être plusieurs à défendre le même objet avec autant de raisons d'être heureux, avec autant de plaisir. On a cette habitude d'écrire pour cinq ou six personnes. » « Il me semble que j'ai joué des rôles différents, mais la plupart des gens me font croire que j'ai toujours joué le même rôle. Ma limite d'acteur, c'est probablement que je fais uniquement ce que je sais faire. ça doit être mes limites... Vous pourrez toujours dire à Monet de dessiner plus précisément, mais il ne sait pas le faire. » Un spectateur : "Moi je suis comme vous, j'ai une image dans la vie et je n'arrive pas à m'en décoller." Jean-Pierre Bacri : « Mais pourquoi vous décoller, monsieur, vous êtes comme vous êtes, c'est pas grave ! Si les gens en ont marre de vous, il faut fréquenter d'autres personnes, c'est tout ! Vous ne pouvez pas changer, parce qu'on vous demande de changer ! Si on vous dit que vous râlez tout le temps, qu'est-ce que ça peut nous foutre ? Vous voulez être un doux, un gentil, essayez ! »
films7179,980 views • 1 month ago

Jean-Pierre Bacri, Agnès Jaoui, et les bobos : "Je préfère dix fois un bourgeois bohème à un bourgeois réac" - "Il y a un public que ça énerve, vous savez bien. Ceux qui disent, voilà, vous êtes pour les étrangers, pour les pauvres, pour les intermittents... Un côté star des bobos..." Jean-Pierre Bacri : "Alors ça, franchement... Oui, alors qu'il faudrait plutôt être pour les grands présidents de banques internationales, pour les riches... Bobo, bourgeois-bohème... C'est des cases, des étiquettes... Je vous confirme, je préfère dix fois un bourgeois bohème à un bourgeois réac, comme sont les bourgeois en général. Parce que bourgeois, c'est un état d'esprit. On peut être réac avec très peu d'argent, comme avec beaucoup. Donc déjà le fait qu'il soit bohème, moi ça me fait des vacances."
films7133,212 views • 1 month ago

George STEINER : "Dostoïevski, en somme, pour simplifier, dit au monde entier : 'Si vous voulez le royaume de la justice sur terre, le royaume de la raison, vous aboutissez par la ruine, par l'inhumain, par le monde concentrationnaire', qu'il a prévu dans Les Possédés et dans Les Frères Karamazov. Et Tolstoï dit : 'Non, c'est ici qu'il faut bâtir le royaume de l'homme et de Dieu, et si vous vous esquivez en pensant au ciel, au transcendant, alors vous aboutirez par l'injustice.' Et les deux solutions sont antagonistes et très ennemies, elles ne s'admettent pas également toutes deux. Et je crois, d'instinct, de raison, de sensibilité, nous choisissons."
films7186,692 views • 2 months ago

Fellini : "Le seul critère esthétique valable selon moi pour juger une oeuvre d'art : savoir si elle est vitale." Federico Fellini : "Je crois que pour un artiste ou un créateur, une conscience excessive du processus de réalisation de ses oeuvres n'est pas bénéfique. Une connaissance excessive du processus me semble néfaste, être un obstacle, et elle risque d'interrompre cette énergie fondamentale, vitale et indispensable qu'on appelle la spontanéité. La spontanéité, le secret de la vie. Le seul critère esthétique valable selon moi pour juger une oeuvre d'art n'est pas tellement de dire si c'est beau ou laid, suivant certains paramètres ou canons des différentes esthétiques établies au fil des siècles, en fonction des points de vue et des différentes cultures, mais de savoir si elle est vitale. Il me semble que c'est la définition qui me correspond le mieux et qui me permet d'entrer en contact avec l'expression artistique d'un artiste, d'un créateur, quel qu'il soit..." Roberto Benigni : "Freud explique tout, et Fellini n'aimait pas ceux qui se contentent d'expliquer. "C'est comme ci, ou comme ça..." Il aimait beaucoup Jung car il était tel un fermier, un paysan, un magicien. C'était quelqu'un qui vous emmenait... Jung vous prend par la main, jusqu'au bord de l'abîme, du cauchemar, de l'inconnu et dit : "Regarde"." (Fellini, Je suis un grand menteur, Damian Pettigrew)
films737,858 views • 12 days ago

Robert Bresson à Jean-Luc Godard : "Je pense que l'écart se situe surtout ici : le cinéma copie la vie, ou la photographie, tandis que moi, je recrée la vie à partir d'éléments aussi nature, aussi bruts que possible. Ou, si vous voulez : c'est le système de la poésie. Prendre des éléments aussi écartés que possible dans le monde, et les rapprocher dans un certain ordre qui n'est pas l'ordre habituel mais votre ordre à vous. Mais ces éléments doivent être bruts. Le cinéma, au contraire, recopie la vie avec des acteurs, et photographie cette copie de la vie. Donc, nous ne sommes absolument pas sur le même terrain." ... "Mais ce n'est pas du tout pour aller contre ce que vous faites et contre ce que vous sentez, vous, Jean-Luc Godard. C'est seulement que vous m'avez questionné... Mais vous savez que j'aime beaucoup ce que vous faites, et que ça me rafraîchit beaucoup d'aller voir vos films. Mais là, vous êtes, vous aussi, dans un domaine qui n'est pas le domaine habituel. Qui n'est pas le domaine du cinéma. Qui est encore autre chose. Sans doute vous servez-vous un peu du cinéma pour faire ce que vous faites, mais ce que vous faites est bien à vous. Et rien de ce que j'ai dit n'était fait pour mettre en avant ce que je pense ni pour..." Jean-Luc Godard à Robert Bresson : "Ah mais je crois, j'ai l'impression, par rapport à vous, de ne pas faire du cinéma. Je ne veux pas dire du tout que j'ai le sentiment de faire des choses pas intéressantes, mais, par rapport à vous, j'ai le sentiment de ne pas faire de cinéma. Quoi que ce ne soit pas le mot qui convient. Disons : du cinématographe." (Cahiers du Cinéma n°178, 1966) Marika Green : Jeanne Martin LaSalle : Michel PICKPOCKET, Robert Bresson (1959)
films7132,176 views • 1 month ago

Jean Renoir : "le cinématographe, c'est le gros plan." Qu'est-ce qui différencie le cinéma des autres arts dramatiques ? Jean Renoir : "A mon avis, il y a une chose qui différencie le cinématographe de toutes les autres formes de spectacle, de toutes les formes de spectacle pratiquées jusqu'à maintenant, et c'est le gros plan. Le gros plan, c'est une chose extraordinaire, c'est une chose absolument mystérieuse, c'est une chose qui ne s'explique pas. En tout cas c'est quelque chose qu'on n'avait jamais vu jusqu'alors. Peut-être y-a-t-il une chose de vaguement analogue dans l'opéra, c'est le solo, lorsqu'une fille, lorsqu'un contralto lance son grand air, brusquement tout le décor disparaît, tous les autres acteurs, les costumes, tout ça disparaît, et toute une salle est suspendue au mouvement de lèvres d'une fille, et on suit les modulations de la gorge. Le gros plan, c'est ça, en beaucoup plus fort. Le gros plan, c'est le meilleur pont je crois qui existe, qui ait jamais existé, dans toute l'histoire du spectacle. C'est brusquement un lien mystérieux et très fort entre ce personnage qui est sur l'écran, et les gens dans la salle. Ces gens dans la salle, brusquement s'oublient eux-mêmes, ils pénètrent dans cet acteur, dans cette actrice qui est sur un écran, ils s'identifient à lui, ou à elle. Et je crois que c'est cela, le grand mystère du cinéma, je crois c'est ça qui a fait le cinématographe, je crois que c'est pour ça que des milliers de gens aiment le cinéma. C'est de temps en temps pour s'oublier eux-mêmes dans l'émotion due à la contemplation d'un gros plan. C'est au moment du gros plan qu'on arrive à établir ce pont. C'est un phénomène hypnotique." Vidéo complète :
films799,012 views • 1 month ago

David Lynch : "Une fois, je suis allé voir un psychiatre. Je faisais quelque chose qui était devenu un poids dans ma vie, et je me suis dit : Ma foi, je devrais aller voir un psychiatre. Une fois dans la pièce, je lui ai demandé : "Pensez-vous que la thérapie soit susceptible, d'une manière ou d'une autre, d'endommager ma créativité ?" - "Eh bien, David, a-t-il répondu, je vais être honnête : ce n'est pas impossible." Alors je lui ai serré la main, et j'ai fichu le camp." (David Lynch : Mon histoire vraie : Méditation, conscience et créativité)
films766,706 views • 28 days ago

Federico Fellini : "Je suis fasciné par la femme comme quelqu'un qui n'est pas parvenu à un détachement conscient et objectif, et qui par ailleurs ne veut pas y parvenir." "On m'a souvent accusé d'être antiféministe, mais moi je n'ai pas l'impression d'avoir fait des films antiféministes. Je dirai même que j'ai toujours raconté l'histoire du mâle italien, lâche, égoïste, puéril. Les femmes de mes films sont toujours vues à travers les yeux d'un protagoniste masculin qui est prisonnier de certains tabous, conditionné par une éducation catholique, éducation qui a déformé ses rapports avec lui-même et avec les autres. Il me semble que j'ai toujours souligné cet aspect et par conséquent l'exigence, pour l'homme italien, de croître, de mûrir, d'instaurer de nouveaux rapports en particulier avec la femme. Par ailleurs, moi aussi, je suis italien et si, d'un côté, il m'est permis de témoigner sur cette manière fascinée et erronée de voir la femme, de l'autre, je projette moi-même sur elles toutes mes obscurités, toutes mes inhibitions. Je suis fasciné par la femme comme quelqu'un qui n'est pas parvenu à un détachement conscient et objectif, et qui par ailleurs ne veut pas y parvenir. Je crois que l'homme qui réussit à dépasser les conditionnements qui l'emprisonnent et qui réussit à s'en nourrir pour tourner son attention vers d'autres horizons, je crois que cet homme-là est plus heureux que celui qui, libéré de tous tabous, trouve ensuite devant lui le vide. C'est le cas de nombreux jeunes d'aujourd'hui." (Entretien de Federico Fellini avec Aldo Tassone)
films714,346 views • 8 days ago

"Terrence Malick ne coupe jamais une scène. On s’arrête quand on a besoin d’une nouvelle cassette." Le tournage avec Terrence Malick, raconté par son actrice, Olga Kurylenko (A la merveille) : "Il voulait que je sois en contact avec la nature, que je touche les feuilles, que je boive l’eau des branches, que je danse, touche le sol, parle aux fleurs. Tout ça durant deux mois et demi. Et sans jamais employer, durant les prises, le mot coupez. Il ne coupe jamais une scène. On s’arrête quand on a besoin d’une nouvelle cassette. Il doit y avoir assez de rushs pour faire cinq ou six films différents, selon moi. D’autant qu’il décide de l’histoire qu’il va raconter en salle de montage. C’est du coup un peu un casse-tête, pour moi, quand je découvre le film, entre ce qui est à l’écran et ce qui n’y est plus. Je l’ai vu deux fois et je veux encore le revoir. C’est un film qu’il faut revoir tant les messages y sont intenses. En le revoyant, j’ai trouvé des choses que je n’avais pas vues à la première vision. Il est si humble et timide qu’il ne parlera jamais de lui. C’est un homme d’une timidité extrême. Mais pas avec les acteurs ! Pour son art, il en est capable. Mais parler de lui, ce n’est pas de l’art, pour lui. Ce n’est pas un homme qui se vend. Terrence n’était jamais présent durant l’enregistrement des voix off. Je l’ai d’ailleurs fait depuis les quatre coins du monde. Terrence m’envoyait des tonnes de textes. Je l’ai fait durant un an. Et j’ai probablement lu et enregistré minimum 400 pages. Vous savez, à un certain moment, vous le faites par amour. Et comme vous aimez tant Terry, voilà… C’est un grand artiste. C’est un être magnifique. En quête de vérité. Très protecteur aussi. Tout l’inverse de l’image qu’il peut donner à l’extérieur, de par son choix de refuser les contacts et apparitions publiques." Vidéo : Terrence Malick, la trilogie dite "expérimentale" : "To the Wonder", "Knight of Cups", "Song to Song". Avec Olga Kurylenko, Ben Affleck, Rachel McAdams, Javier Bardem, Natalie Portman, Christian Bale, Imogen Poots, Brian Dennehy, Isabel Lucas, Rooney Mara, Michael Fassbender, Ryan Gosling, Cate Blanchett, Lykke Li, Patti Smith, Val Kilmer, Holly Hunter, Bérénice Marlohe...
films754,314 views • 1 month ago

Robert Bresson : "Dostoïevski. Parce qu'il traite de sentiments et que je crois aux sentiments. Parce que tout chez lui, sans exception, est juste." Une femme douce. Avec Dominique Sanda. D'après Dostoïevski. Robert Bresson : "A dix-sept ans, je n'avais rien lu et je ne comprends pas comment je suis arrivé à passer mon bachot. Ce que je recevais de la vie, ce n'était pas des idées traduites en mots, c'était des sensations. Musique et peinture - formes, couleurs - étaient pour moi plus vraies que tous les livres connus. Un roman à cette époque me paraissait une farce. Plus tard, avec quel appétit, tellement j'en avais besoin, je me suis jeté sur Stendhal, sur Dickens, sur Dostoïevski en même temps que sur Mallarmé, Apollinaire, Max Jacob, Valéry. Montaigne et Proust - pensée, langue - m'ont prodigieusement frappé. Il est bon d'aller aux personnes et aux choses directement sans passer par les livres. Cependant, me servir d'une adaptation comme base me fait gagner beaucoup de temps. Pourquoi un film original serait-il écrit plus rapidement qu'un roman ? Enfin je peux m'entendre immédiatement avec un producteur sur un roman ou sur une nouvelle, alors que je risque d'avoir travaillé pour rien si mon travail sur papier ne plaît pas ou n'est pas compris. Il me semble, chaque fois que j'entreprends un film, que le producteur s'en fait une idée fausse bien arrêtée, pendant que moi je m'en fais une idée vague. L'argent aime tout savoir d'avance. Le producteur, comme le distributeur, est souvent un joueur qui n'aime pas le risque. Je ne me demande jamais si les choses que je fais plairont à la foule, ou l'écarteront. Je me demande si elles sont bien ou mal faites. Si elles "portent". C'est sur moi que j'en fais l'essai, et si l'essai est bon pour moi, il est bon pour tous. Il est amusant que ceux qui prétendent connaître le public - ou "leur" public - s'alignent toujours sur le spectateur le plus sot. Avant la guerre, un peintre n'avait aucune notion du public et ne cherchait pas à en avoir une. Il était silencieux et n'éprouvait pas la nécessité de s'expliquer." ("L'art n'est pas un luxe mais un besoin vital", Entretien de Robert Bresson avec Yvonne Baby, Le Monde, 11 novembre 1971 - Extraits.)
films743,343 views • 28 days ago

David Lynch : "Pour le genre de choses que je voulais faire, le cinéma européen m'intéressait davantage que le cinéma américain. On va parfois au cinéma juste pour sortir, et parfois il y a les films qui vous pénètrent et vous font frissonner l'âme. Et la plupart de ces films-là viennent sans aucun doute d'Europe." (Entretiens avec Chris Rodley) Mulholland Drive, Naomi Watts, Laura Harring, Angelo Badalamenti, Les Films Alain Sarde, Studiocanal, États-Unis, France, 2001
films754,310 views • 1 month ago

Abd al Malik Abd Al Malik: "Pour moi, il y a Kubrick d'un côté et Terrence Malick de l'autre. Terrence Malick va magnifier la lumière même dans les moments difficiles. Alors que Kubrick, même dans les moments détendus, va magnifier l'obscurité". (Jury Révélation, Festival de Deauville 2017)
films761,707 views • 1 month ago

"Jeanne, est-ce que vous croyez, vous, que nous serons jugés ?" - Marika Green, Martin LaSalle, Robert Bresson Claude Mauriac : "En citant Pickpocket, Godard situe son oeuvre à sa vraie place. En quête de leurs voix les plus secrètes et les plus vraies, le Bresson de Pickpocket fait en apparence parler faux ses personnages. Ce ton est celui qu'aurait la conscience s'il était possible d'enregistrer la rumeur de ses cheminements. Jean-Luc Godard procède de la manière opposée pour arriver au même résultat : une des originalités de "A bout de souffle" tient dans la nature de ses dialogues. Il nous semble que, pour la première fois, nous entendions parler juste à l'écran. Mais ce naturel n'est qu'apparent. Il a été entièrement recréé. Deux bons comédiens : Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo. Mais tels les interprètes de Bresson, ils n'auraient pas d'existence (tout au moins pas celle-là) sans le cinéaste. Et tous les ressassements, les redites, les mots de passe, les cris étouffés, les appels muets de la conversation, telle qu'elle se passe, non dans l'esprit des scénaristes et selon leurs conventions, mais dans la vie. Les voix se recouvrent; elles poursuivent sans se répondre des monologues parallèles; parfois elles coïncident un instant, se complétant dans la brève communion d'une seconde : et c'est de nouveau cette double solitude camouflée par des mots anodins ou grossiers, des phrases qui sont là pour d'autres que l'on n'ose pas ou que l'on ne peut pas dire." (Claude Mauriac, Le Figaro littéraire, 19 mars 1960)
films756,734 views • 1 month ago

Jean-Luc Godard sur Robert Bresson (1966) : "Je pense que, si je voulais caractériser Bresson, enfin je lui ai dit une fois dans un interview, c'est que pour moi, il est à la fois, il est un inquisiteur, enfin un grand inquisiteur, c'est-à-dire quelqu'un qui, quel que soit le risque ou même la violence des choses, va jusqu'au fond des hommes. Et il se trouve que cet inquisiteur est, disons moins dangereux qu'un des inquisiteurs dans d'autres formes, en politique ou en religion, parce que cet inquisiteur se sert d'un moyen, qui est le cinéma, et le cinéma, par définition, puisqu'il filme la vie et les hommes, est humaniste par définition, donc Bresson a à la fois cette chance et ce privilège extraordinaire d'être à la fois un inquisiteur et un humaniste. Je crois que ça se ressent très bien dans Au hasard Balthazar, qui est vraiment un film à la fois terrible sur le monde, et sur le mal dans le monde, et en même temps on ressent tout ça avec une espèce de douceur évangélique, enfin qui pour moi est extraordinaire."
films753,576 views • 1 month ago

Federico Fellini : "Une chose est belle par son caractère et non parce qu'elle réalise un idéal esthétique général." "Je n'accepte pas de critiques sur ce que j'ai fait. C'est parfait ! Quand une chose est finie, la critique sur mon travail me laisse indifférent, étranger. C'est comme si vous disiez d'une femme : "Oui, elle est belle, mais il me semble qu'elle a les épaules trop larges !" C'est justement ça, sa caractéristique : qu'elle ait de larges épaules ! C'est ce qui la distingue. Une chose est belle par son caractère et non parce qu'elle réalise un idéal esthétique général. L'unique critère valable, à mon avis, pour juger, c'est de voir si la création est réellement vivante, si elle représente ce que soi-même l'on connaît. La confusion qui nous appartient. Mon identification avec mon travail est tellement complète et totale que toute opération critique qui se réfère à mes films me donne toujours la sensation d'une invasion, d'une indiscrétion embarrassante, pénible. Si je m'efforce de voir les choses avec plus de détachement, je peux dire qu'en général j'éprouve plus de sympathie pour le critique qui, sans exagérer, parle d'un film comme si c'était une créature vivante, une personne, en se laissant entraîner par une émotion personnelle, au lieu de la froideur d'un diagnostic présomptueux fait avec la distance aseptique d'un ingénieur, ou pis encore avec l'intimidation menaçante d'un policier." (Entretien avec Federico Fellini, Le cinéma italien parle, Aldo Tassone)
films713,920 views • 11 days ago

Robert Bresson en tournage : "Le grand peintre Degas disait quelque chose de joli, il disait : "les Muses ne se parlent jamais les unes aux autres. Elles dansent quelquefois entre elles." Eh bien la muse peinture peut danser avec la muse cinématographe, mais attention, moi qui suis peintre je ne cherche pas à faire des tableaux, je repousse le tableau, je repousse la carte postale, je ne veux pas de carte-postalisme. Je vais vous dire quelque chose : malheureusement, dans le travail du cinéma actuel, quand on place des objets ou des personnages, c'est en fonction de leur action dramatique, selon ce qu'ils ont à dire ou à faire ; pour moi la place, les plans sont l'expression même du cinéma, beaucoup plus importante que cette action dramatique. C'est cette forme cinématographique qui est importante et qui doit passer avant tout. Ces plans doivent avoir en eux-mêmes la valeur d'une idée." Robert Bresson : "On m'a souvent dit que j'ai l'air d'un fou quand je tourne, un fou qui n'est pas là dans ce tohu-bohu. Il est difficile de garder sa tête dans cette espèce de foire, c'est pourquoi il est important d'avoir beaucoup réfléchi avant de tourner, et sur papier. Je fais un découpage précis plan par plan. Mais quand je tourne, je n'ai rien, ni note, ni scénario, ni découpage... Il m'arrive de le regretter !... Mais c'est la seule façon de ne pas avoir l'âme de l'exécutant (de mes propres projets)." Art press n°17, mars/avril 1975 Paul Valéry : "Enfin, point d'esthétique ; point de "critique", ou le moins du monde. Degas, tendre pour peu de choses, ne s'adoucissait guère à l'égard de la critique et des "théories". Il disait, volontiers, - et sur le tard le rabâchait, - que les Muses jamais ne discutent entre elles. Elles travaillent tout le jour, bien séparées. Le soir venu et la tâche accomplie, s'étant retrouvées, elles dansent : elles ne parlent pas." (Paul Valéry, Degas Danse Dessin, Pièces sur l'art, Pléiade 1165)
films751,204 views • 1 month ago

Robert Bresson : "J'aurais aimé pouvoir traiter du sacrifice de ces garçons et de ces filles qui cherchent dans la non-action une sorte de salut ; qui s'interdisent une société fondée scandaleusement sur l'argent et le profit, sur la guerre et la peur. Mon coeur va constamment vers eux et je voudrais bien qu'ils soient le sujet de mon prochain film." (Le Monde, 1971) ... Ce sera, six ans plus tard, "le Diable probablement" : Robert Bresson : "Ce qui m'a poussé à faire ce film, c'est le gâchis qu'on a fait de tout. C'est cette civilisation de masse où bientôt l'individu n'existera plus. Cette immense entreprise de démolition où nous périrons par où nous avons cru vivre... C'est aussi la stupéfiante indifférence des gens, sauf de certains jeunes actuels, plus lucides." Avec Laetitia Carcano : Edwige
films732,821 views • 1 month ago

"Otto Preminger a été un cinéaste pour cinéastes. Il a voulu affirmer la supériorité de la mise en scène." "La rivière, telle que la filme Preminger, ne peut être que descendue : la mise en scène, en en rendant la remontée inimaginable, accrédite cette figuration du mouvement de la vie. L'intuition paradoxale de Preminger qui osa confier ce rôle à l'actrice apparemment la moins apte à jouer une aventurière des grands espaces [Marilyn Monroe], a laissé à certains de ses films une marque beaucoup plus durable que l'audace de ses sujets. On se souvient de Gene Tierney (dans Laura ou dans Le Mystérieux Docteur Korvo), de Jean Seberg (dans Saint-Joan ou Bonjour Tristesse), d'Eva Marie-Saint (dans Exodus), et des lumières qui éclairent certains espaces, beaucoup plus que de ce que Preminger a tiré d'un sujet pour alimenter ses mises en scène. Il a voulu affirmer la supériorité de la mise en scène : dans ses films, ce sont des solutions de mise en scène qui demeurent et non les problèmes posés. Preminger a été un cinéaste pour cinéastes. Godard, Rivette, Astruc ont pioché ce qu'il y avait à piocher dans son jeu..." (Jean-Claude Biette, Le journal des Cahiers du cinéma, mars 1986) Rivière sans retour Un film de Otto Preminger, 1954 Avec Robert Mitchum et Marilyn Monroe
films710,975 views • 15 days ago

Kristen Stewart: "I'm just fucking crazy." C à Vous, Festival de Cannes 2026
films727,671 views • 1 month ago

Eric Rohmer : "Les rêves sont construits par le cerveau, qui est une machine électronique. Toute fiction est rêve." "J’ai certes prêché pour un cinéma non littéraire, et j’ai fait des Contes Moraux qui sont effrontément littéraires, ne serait-ce que dans la mesure où le commentaire joue un rôle important. J’aime montrer au cinéma des choses qui semblent répugner à la transcription cinématographique, exprimer des sentiments qui ne sont pas filmables, parce que profondément enfouis dans la conscience. C’est un rapport de soi-même à soi-même que j'ai délibérément voulu montrer dans les Contes Moraux. C’est pourquoi ils sont à la première personne et pourquoi il y a un commentaire. Ils traitent du recul que quelqu’un peut prendre par rapport à ses goûts, ses désirs, ses sentiments, par rapport à soi-même. Le personnage parle de lui et se juge ; il est filmé en tant qu’il se juge". "Ce qui m’irrite, ce que je n’aime pas dans le cinéma moderne, c’est le fait de réduire les gens à leur comportement, et de penser que le cinéma n’est qu'un art du comportement. En fait, nous devons montrer ce qu’il y a au-delà du comportement, tout en sachant qu’on ne peut montrer que le comportement. J’aime que l’homme soit libre et responsable. Dans la plupart des films, il est prisonnier des circonstances, de la société, etc. Ou ne le voit pas dans l'exercice de sa liberté. Liberté qui est peut-être illusoire, mais qui existe même à ce titre-là. Voilà ce qui m'intéresse, voilà ce qui, évidemment, doit répugner au cinéma, art physique, matérialiste, non seulement empirique, mais encore empiriste, puisque l’homme ne s'y définit que par ce qu’il fait. Je pense que le génie du cinéma réside dans la possibilité d'aller au-delà de cette limite et de découvrir autre chose. Peut-être ces Contes Moraux, qui ne constituent en vérité qu’un seul film, me permettront-ils de parcourir ce chemin, d’aller au-delà des apparences". Cahiers du cinéma : "Ce qui recoupe alors ce que dit Pasolini des grands moments du cinéma moderne : dépasser la limitation naturaliste du cinéma pour rendre un certain caractère onirique de l'existence..." Eric Rohmer : "Le mot « onirique » m'intéresse tout particulièrement dans la mesure où mes Contes Moraux ont certainement un côté onirique. Ce sont tous des rêves. Les rêves sont construits par le cerveau, qui est une machine électronique. Toute fiction est rêve". "Ce qui m'intéresse, c’est montrer les êtres et que l’homme est un être moral. Mes personnages ne sont pas de purs êtres esthétiques. Ils ont une réalité morale qui m’intéresse au même titre que leur réalité physique". (Extraits d'un entretien avec Eric Rohmer, Cahiers du cinéma n°172, novembre 1965) Eric Rohmer : "Il y a un côté onirique dans toutes mes histoires. Toutes peuvent avoir été rêvées par le personnage, à un moment donné de l'action." (Entretien avec Pascal Bonitzer et Serge Daney, Cahiers du cinéma 323/324, mai 1981, Situation du cinéma français I) Ma nuit chez Maud (Six contes moraux, Eric Rohmer, 1969) : "Mais pour moi ce n'est pas un acte particulier qui compte. C'est la vie dans son ensemble. La vie est une, elle forme bloc. ... J'ai seulement fait un choix à l'avance, un choix global, d'une certaine façon de vivre." Jean-Louis Trintignant, Françoise Fabian
films714,827 views • 25 days ago