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Natacha Polony

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Directrice de la revue l’Audace ! Essayiste, Présidente de l'Institut Français du Goût

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Drôle de 14 juillet. D'abord, le souvenir douloureux de Nice, il y a dix ans. La joie populaire sur la promenade des Anglais, tous les Français mélangés, en famille ou en amoureux, fauchés par la folie meurtrière armée par le djihadisme. Pauvre France, qui a reçu tant de coups de cette idéologie abominable, France admirable, qui as résisté à la guerre civile qu'elle a essayé d'allumer, tu ne dois jamais oublier. Mais au-delà de cette pesanteur, des petites choses gâchent un peu la fête. Le Gouvernement a trié les personnes pouvant assister au défilé via l'obtention d'un QR code. Cette disposition, annulée en référé par le tribunal administratif, a été rétablie par le Conseil d'Etat. Quel symbole terrible : l'Etat choisit son peuple... Pour ce qui est de l'invitation d'alliés au défilé, elle est un outil diplomatique puissant, et accessoirement, il est toujours intéressant de découvrir les traditions militaires étrangères. Mais cette année, le message envoyé est curieux. L'idée est de montrer l'union des "volontaires" en cas de conflit avec la Russie. Très bien. Mais attention à ce que la multiplication des drapeaux et les brandebourgs multicolores n’envoie plutôt une image de faiblesse : celle d'un Saint-Empire qui juxtapose de jolies armées pour la parade, mais peu convaincant stratégiquement. Quelle cohérence pourrait-il y avoir, lorsque certains alliés continuent à acheter américain et d'autres adoptent une attitude de provocation dangereuse, particulièrement venant de petits pays ? (D'ailleurs, que se sont dit le président Zelinsky et le premier ministre Tusk, si seulement ils se sont salués ?) La France ne doit s'engager dans de tels ensembles que si les objectifs, les modalités et les limites sont clairement définis. Faute de quoi, cela la prive d'indépendance pour défendre ses intérêts. Se prémunir contre l’agressivité russe passe par une alliance claire, de plus en plus indépendante des Etats-Unis, industriellement et militairement, et par des coopérations renforcées avec ceux des Européens qui partagent cet objectif. Une force déterminée pour mieux imposer une architecture de paix selon les intérêts européens et qui ne dépende pas du bon vouloir des Etats-Unis. Mais l'image de tous les drapeaux entourant le tricolore est jolie, et le Président ne résiste pas à ce genre de choses... Heureusement, le reste du défilé, français (et marginalement belge), était admirable. L'effort indéniable en faveur de l'armement grâce à la hausse du budget de la défense s'est manifesté par une masse impressionnante et des innovations qui contrastent magnifiquement avec la majesté éternelle de la garde à cheval. La célébration du quatrième centenaire de la création de la Marine par Richelieu, mêlant bagad et musique militaire, a été très émouvant. Heureusement, la France reste la France, et les forces armées sont toujours à la fois son épée, son bouclier, mais aussi un témoignage vivant, un exemple des valeurs qui devraient l'animer : fidélité, compétence, responsabilité. Et puis, ce soir, l'espoir d'une belle victoire sportive grâce à une équipe en or... Joyeux 14 juillet à tous !

Drôle de 14 juillet. D'abord, le souvenir douloureux de Nice, il y a dix ans. La joie populaire sur la promenade des Anglais, tous les Français mélangés, en famille ou en amoureux, fauchés par la folie meurtrière armée par le djihadisme. Pauvre France, qui a reçu tant de coups de cette idéologie abominable, France admirable, qui as résisté à la guerre civile qu'elle a essayé d'allumer, tu ne dois jamais oublier. Mais au-delà de cette pesanteur, des petites choses gâchent un peu la fête. Le Gouvernement a trié les personnes pouvant assister au défilé via l'obtention d'un QR code. Cette disposition, annulée en référé par le tribunal administratif, a été rétablie par le Conseil d'Etat. Quel symbole terrible : l'Etat choisit son peuple... Pour ce qui est de l'invitation d'alliés au défilé, elle est un outil diplomatique puissant, et accessoirement, il est toujours intéressant de découvrir les traditions militaires étrangères. Mais cette année, le message envoyé est curieux. L'idée est de montrer l'union des "volontaires" en cas de conflit avec la Russie. Très bien. Mais attention à ce que la multiplication des drapeaux et les brandebourgs multicolores n’envoie plutôt une image de faiblesse : celle d'un Saint-Empire qui juxtapose de jolies armées pour la parade, mais peu convaincant stratégiquement. Quelle cohérence pourrait-il y avoir, lorsque certains alliés continuent à acheter américain et d'autres adoptent une attitude de provocation dangereuse, particulièrement venant de petits pays ? (D'ailleurs, que se sont dit le président Zelinsky et le premier ministre Tusk, si seulement ils se sont salués ?) La France ne doit s'engager dans de tels ensembles que si les objectifs, les modalités et les limites sont clairement définis. Faute de quoi, cela la prive d'indépendance pour défendre ses intérêts. Se prémunir contre l’agressivité russe passe par une alliance claire, de plus en plus indépendante des Etats-Unis, industriellement et militairement, et par des coopérations renforcées avec ceux des Européens qui partagent cet objectif. Une force déterminée pour mieux imposer une architecture de paix selon les intérêts européens et qui ne dépende pas du bon vouloir des Etats-Unis. Mais l'image de tous les drapeaux entourant le tricolore est jolie, et le Président ne résiste pas à ce genre de choses... Heureusement, le reste du défilé, français (et marginalement belge), était admirable. L'effort indéniable en faveur de l'armement grâce à la hausse du budget de la défense s'est manifesté par une masse impressionnante et des innovations qui contrastent magnifiquement avec la majesté éternelle de la garde à cheval. La célébration du quatrième centenaire de la création de la Marine par Richelieu, mêlant bagad et musique militaire, a été très émouvant. Heureusement, la France reste la France, et les forces armées sont toujours à la fois son épée, son bouclier, mais aussi un témoignage vivant, un exemple des valeurs qui devraient l'animer : fidélité, compétence, responsabilité. Et puis, ce soir, l'espoir d'une belle victoire sportive grâce à une équipe en or... Joyeux 14 juillet à tous !

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Nous venons de franchir le deuxième palier. Cap sur les 10 000 préventes de L’Audace ! Soutenez L’Audace pour défendre la presse indépendante, affirmer que la démocratie est vivante et donner les moyens de comprendre et d’agir.

Nous venons de franchir le deuxième palier. Cap sur les 10 000 préventes de L’Audace ! Soutenez L’Audace pour défendre la presse indépendante, affirmer que la démocratie est vivante et donner les moyens de comprendre et d’agir.

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Trois candidats plus ou moins proches de l’héritage macronisme ou de son positionnement originel proclament avoir été victimes d’ingérences russes. Viginum, l’instance chargée d’assurer une veille, a alerté sur de fausses informations avant même qu’elles ne soient parvenues à la connaissance d’un nombre significatif de Français. Tant mieux. Pour autant, faut-il parler d’un risque contre la démocratie ? Les vraies ingérences russes sont beaucoup plus perverses et beaucoup plus dangereuses. Elles appuient sur nos faiblesses et nos fractures. Elles ciblent nos fragilités : les outre-mers, l’immigration… on l’a vu au Sahel, en Nouvelle-Calédonie, à Mayotte par le biais des Comores voisines… on l’a vu en 2021 avec le chantage migratoire de la Biélorussie. S’agiter sur des fakenews sans grande portée passe à côté du problème mais permet de laisser croire que la colère des citoyens, leurs protestations par le vote ou les manifestations, seraient le fruit de manipulations extérieures et non une conséquence des politiques menées. La réponse aux véritables ingérences, c’est avant tout le retour de la République dans tous nos territoires, une instruction de tous les citoyens qui leur donne le recul nécessaire,,et un retour de la politique extérieure de la France comme puissance indépendante. Les ingérences extérieures fragilisent les pays fracturés, pas les puissances soudées, qui savent quelles sont leurs valeurs.

Natacha Polony

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Au fond, le véritable sujet n'est ni Gérard Larcher, ni François Hollande, ni Emmanuel Macron. Ils ne sont que les symptômes d'un système politique qui tourne en circuit fermé, où les appareils cherchent d'abord à préserver leur pouvoir avant de répondre aux défis du pays. La France n'a pourtant jamais eu autant besoin d'un débat présidentiel de haut niveau. Car le monde qui s'ouvre n'a plus rien de commun avec celui de 2017. Les rapports de puissance se redessinent, les équilibres économiques basculent, la souveraineté industrielle, énergétique, alimentaire ou militaire redevient une condition de l'indépendance nationale. Face à ces bouleversements, les Français n'ont pas besoin d'une nouvelle distribution des rôles entre les mêmes acteurs. Ils ont besoin d'une vision et d'un renouveau. L'élection présidentielle devrait être le moment où une nation choisit le cap qu'elle entend suivre pour la décennie à venir. Elle ne peut devenir une simple opération de verrouillage organisée par quelques professionnels de la politique persuadés que le peuple finira, une fois encore, par se contenter de l'offre qu'ils auront eux-mêmes fabriquée. La démocratie ne consiste pas à arbitrer entre des candidatures préfabriquées, mais à permettre la confrontation de projets capables de répondre aux réalités nouvelles du siècle. C'est à cette hauteur qu'il faudra ramener le débat. Sans quoi la France risque de rejouer, en 2027, la même pièce avec les mêmes personnages, tandis que le monde, lui, aura définitivement changé de décor.

Natacha Polony

23,044 views • 1 month ago

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La France doit se préparer à une réalité désormais incontestable, celle d'étés plus chauds, de canicules plus fréquentes et plus longues. Face à cette évolution, le rôle de l’État n’est pas de s’enfermer dans des débats idéologiques mais d’organiser l’adaptation du pays. Cela suppose de faire de la protection contre la chaleur un véritable enjeu de service public, au même titre que le chauffage en hiver. Écoles, crèches, hôpitaux, EHPAD, administrations et logements sociaux doivent devenir les priorités d’un vaste plan national associant climatisation raisonnée, pompes à chaleur réversibles, isolation performante, ventilation intelligente et transformation des espaces urbains afin de mieux résister aux épisodes de forte chaleur. Mais cette adaptation climatique peut également devenir une formidable opportunité économique et industrielle. Les centaines de milliards d’euros qui seront investis dans les prochaines décennies pour le refroidissement des bâtiments, les infrastructures énergétiques et le numérique doivent servir à reconstruire une filière industrielle française plutôt qu’à enrichir les producteurs étrangers. Pour y parvenir, la France doit s’appuyer sur son principal atout stratégique qu'est l'électricité abondante et décarbonée grâce au nucléaire. L’objectif est de faire de l’adaptation climatique un moteur de réindustrialisation, de souveraineté énergétique et de prospérité, en transformant une contrainte inévitable en projet national au service de la protection des Français et de la puissance du pays.

Natacha Polony

19,155 views • 1 month ago

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La panthéonisation de Marc Bloch est une excellente nouvelle. Elle rend hommage à l’une des plus grandes figures du patriotisme français, un homme qui sut conjuguer l’exigence intellectuelle, le courage militaire et l’engagement civique. Historien de premier plan, cofondateur de l’école des Annales avec Lucien Febvre, résistant face à l’occupant nazi, Marc Bloch incarne une certaine idée de la France, à la fois savante, libre et profondément attachée à son destin collectif. Son œuvre comme son parcours témoignent d’un refus des lectures partisanes ou fragmentées de l’histoire. Pour lui, la nation ne pouvait se construire qu’en assumant l’ensemble de son héritage, dans sa continuité et sa diversité. Le patriotisme ne consistait pas à sélectionner les épisodes du passé qui confortent nos convictions, mais à aimer la France dans sa totalité, ses grandeurs comme ses contradictions, ses paysages, sa culture et son peuple. Cette vision conserve aujourd’hui une remarquable actualité. Dans son analyse des faiblesses françaises face à la débâcle de 1940, Marc Bloch pointait déjà les dangers de l’entre-soi des élites, du conformisme intellectuel et de la rupture entre les dirigeants et la nation. Son autorité sur ces sujets tient autant à la qualité de sa réflexion qu’à son engagement personnel. Ancien combattant de la Première Guerre mondiale, puis résistant jusqu’au sacrifice ultime, il a toujours mis ses actes en accord avec ses convictions. En honorant Marc Bloch, la Nation ne célèbre pas seulement un immense historien. Elle rend hommage à un homme qui a consacré sa vie à comprendre la France, à la servir et à la défendre. Son exemple demeure une source d’inspiration précieuse pour tous ceux qui cherchent à penser l’avenir sans renier l’héritage dont ils sont les dépositaires.

Natacha Polony

14,290 views • 1 month ago

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Il y a des drames qui bouleversent une famille. Et puis il y a ceux qui interrogent une nation tout entière. La disparition puis la mort tragique de la petite Lyhanna, onze ans, appartiennent à cette seconde catégorie. Car derrière l'émotion légitime, derrière l'horreur et la compassion que nous ressentons tous, revient une interrogation lancinante : combien d'enfants auraient pu être protégés si les alertes avaient été entendues, si les plaintes avaient été traitées à temps, si nos institutions avaient fait de leur sécurité une priorité absolue ? Lorsqu'un enfant est victime, ce n'est pas seulement un individu qui est frappé, c'est le pacte de confiance qui unit les citoyens à la société qui se fissure. Et lorsque les signaux étaient connus, lorsque les alertes existaient, lorsque les défaillances étaient identifiées, alors le devoir n'est plus seulement de s'émouvoir,il est de comprendre, de nommer les responsabilités et d'agir. Qu'est-ce qui compte le plus dans une société ? Si la protection des enfants est réellement notre priorité, alors elle doit devenir la priorité de nos institutions, de notre justice, de notre police et de notre action politique. Les discours de circonstance, les hommages et les promesses ne suffisent plus. Une civilisation se juge moins à ce qu'elle proclame qu'à ce qu'elle protège effectivement. Chaque enfant agressé malgré des alertes ignorées, chaque plainte abandonnée faute de moyens, chaque victime laissée seule constitue un échec collectif. Le nom de Lyhanna ne doit pas devenir une affaire de plus dans la longue liste des tragédies oubliées. Il doit être le rappel que la sécurité des enfants n'est pas un sujet parmi d'autres, mais qu'elle est un des premiers devoirs d'une nation digne de ce nom, parce qu'une société qui n'est plus capable de protéger ses enfants finit toujours par perdre ce qu'elle prétend défendre.

Natacha Polony

12,155 views • 2 months ago

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