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Une note du Cepii conclut "à l’absence d’impact de l’immigration sur la délinquance". Comme le rappelle Tristan Waleckx face au député RN Philippe Ballard lors de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, il y a une différence notable entre la corrélation et la causalité

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Lors d'une audition à l'Assemblée nationale, Philippe Ballard a interrogé Tristan Waleckx sur l'utilisation par Complément d'enquête d'une note du CEPII affirmant que les études scientifiques avaient unanimement conclu à l'absence de lien entre immigration et délinquance, notant que la note en question ne s'appuyait pour justifier cette affirmation que sur 4 études dont aucune ne concernait la France et que les statistiques du Ministère de l'Intérieur et du Ministère de la Justice montraient clairement une surreprésentation très nette des étrangers parmi les auteurs d'infractions. Dans sa réponse, M. Waleckx a défendu Complément d'enquête et l'utilisation de cette note du CEPII en suggérant que M. Ballard était confus et commettait des erreurs d'interprétation, mais c'est pourtant lui qui est confus et commet tout un tas d'erreurs. J'ai récemment publié sur le blog d'Hexagone - La France en chiffres un long rapport que je vous encourage à lire ( dans lequel je critique la note du CEPII et montre notamment que ses auteurs 1) déforment l'état de la littérature scientifique sur le sujet, 2) ne comprennent pas les limites des techniques économétriques utilisées par les études qu'ils citent et 3) ignorent ou écartent d'un revers de la main les données qui montrent de manière très claire que l'immigration a un effet causal sur la délinquance. M. Waleckx commence par expliquer que M. Ballard, qui citait des chiffres sur les auteurs d'infractions, confond corrélation et causalité, comme l'ont montré les études citées dans la note du CEPII, mais ce faisant il montre juste qu'il n'a pas du tout compris ce que faisaient les études en question. Ces études s'appuient en effet, non pas sur des données individuelles sur les auteurs d'infractions (comme celles que cite M. Ballard), mais sur des données agrégées sur d'une part la proportion d'immigrés dans des localités et d'autre part le taux de criminalité dans ces localités. Quand Arnaud Philippe et Jérôme Valette, les auteurs de la note du CEPII, expliquent qu'il est crucial que des études de ce type utilisent des techniques économétriques qui permettent d'établir un lien causal et pas seulement une corrélation, ils parlent de la corrélation entre la proportion d'immigrés dans les localités et le taux de criminalité. Effectivement, même si une telle corrélation existe, elle pourrait résulter, non pas d’un impact causal de l’immigration sur la délinquance, mais du fait que les mêmes facteurs entraînent à la fois une hausse de la proportion d’immigrés et une hausse de la délinquance ou même du fait que l’augmentation de la délinquance cause une hausse de la proportion d’immigrés. Mais cela n'a rien à voir avec les données individuelles sur la nationalité des auteurs d'infractions citées par M. Ballard dans sa question. M. Waleckx, comme la plupart des gens qui répètent cette expression comme une formule magique, ne comprend donc pas ce que les auteurs de la note veulent dire quand ils disent que "corrélation n'est pas causalité". Après avoir répété l'affirmation des auteurs de la note du CEPII, selon laquelle toutes les études scientifiques concluent unanimement à l'absence d'effet causal de l'immigration sur la délinquance, il affirme qu'il n'est pas vrai que cette note cite seulement 4 études dont aucune ne porte sur la France à l'appui de cette affirmation et dit qu'en réalité elle en cite 20 dont certaines portent bien sur la France. Encore une fois, par cette réponse, il montre juste qu'il ne comprend absolument pas le sujet. En effet, il est parfaitement exact que les auteurs de la note du CEPII ne citent que 4 études à l'appui de cette affirmation et qu'aucune ne porte sur la France, les autres papiers cités dans la note dont parle M. Waleckx dans sa réponse n'estiment pas l'impact causal de l'immigration sur la délinquance et le fait que la note du CEPII les cite aussi est donc tout à fait hors de propos ici. Mais je ne suis pas sûr que M. Waleckx comprenne cela car il n'a manifestement lu aucune de ces études et ne comprend à l'évidence pas bien ce qu'elles font et ce qu'elles ne font pas. Il est vrai que, dans un billet de blog publié en décembre dernier pour répondre aux critiques, M. Valette cite une autre étude pour répondre à cette critique qui, contrairement à celles qu'il avait citées avec son collègue dans sa note de 2023, utilise bien des données françaises. Mais outre le fait que Complément d'enquête n'a pas cité ce billet de blog, qui n'avait pas encore été publié au moment de la diffusion de l'émission, mais la note de 2023, l'étude en question utilise en tout et pour tout 15 observations françaises sur plus de 1000 et on peut donc affirmer sans risque de se tromper que la réalité française n'a pour ainsi dire eu aucune influence sur les conclusions de l'étude. Il est par ailleurs tout à fait inexact, un fait que MM. Philippe et Valette ne pouvaient pas ignorer à moins d'être totalement incompétents et que M. Waleckx aurait facilement pu vérifier s'il ne l'était pas, que les études scientifiques concluent unanimement à l'absence d'impact causal de l'immigration sur la délinquance. Comme je l'explique dans mon rapport, il existe en effet plusieurs études (qui portent sur des contextes beaucoup plus proches de la France que les études citées dans la note du CEPII) qui trouvent un effet causal de l'immigration sur la délinquance, alors qu'elles utilisent aussi des techniques économétriques qui permettent d'établir un lien de causalité et pas seulement une corrélation. M. Ballard a donc parfaitement raison quand il accuse Complément d'enquête d'avoir diffusé une "fake news". Comme je l'explique dans le rapport cité plus haut, la surreprésentation des étrangers et des immigrés, notamment ceux issus du Maghreb, d'Afrique noire et du Moyen-Orient, parmi les auteurs d'infractions au niveau qu'on observe non seulement en France mais partout ailleurs en Europe implique évidemment que l'immigration a un effet causal sur la délinquance, parce que pour que ce ne soit pas vrai il faudrait supposer l'existence de mécanismes totalement invraisemblables. C'est une évidence et sauter comme un cabri sur sa chaise en criant "corrélation n'est pas causalité" n'y changera rien. Mais si les données individuelles sur les auteurs d'infraction impliquent que l'immigration, du moins les immigrés en provenance de certaines régions du monde, augmente la délinquance en France et en Europe, alors comment se fait-il que les études économétriques du type dont parle la note du CEPII ne trouvent souvent pas d'effet de l'immigration sur la délinquance ? L'explication est que, pour des raisons techniques que j'explique dans ma réponse à la note du CEPII, la plupart de ces études ont une puissance statistique très faible. Autrement dit, même si l'immigration a un effet très important sur la délinquance dans la réalité, on peut montrer à l'aide de simulations que la probabilité qu'une étude de ce type trouve un effet statistiquement significatif de l'immigration sur la délinquance est très faible et même souvent proche de zéro. Quand les auteurs de la note du CEPII et Complément d'enquête citent ce type d'études, après s'être livrés à un tri sélectif dans la littérature, pour affirmer que l'immigration n'avait aucun effet causal sur la délinquance, ils mettent donc en avant des éléments qui n'ont aucune valeur probative tout en ignorant ceux, notamment les données individuelles sur les auteurs d'infractions, qui en ont une. C'est un peu comme si on avait fait un prélèvement d'ADN sur une des victimes de Guy Georges, mais qu'au lieu de le comparer directement avec l'ADN de celui-ci, on avait d'abord mélangé le prélèvement avec 99 autres et tiré au sort celui qu'on allait comparer avec l'ADN de Guy Georges. Dans ce cas, la probabilité qu'on identifie Guy Georges comme l'auteur du crime ne serait que de 1% alors qu'il est coupable, mais M. Waleckx nous expliquerait sans doute que le pauvre garçon est innocent même si on avait retrouvé des habits pleins du sang de sa victime chez lui au motif que cette procédure absurde n'aurait pas permis de l'identifier. Il y aurait encore beaucoup à dire sur le sujet, mais ce tweet est déjà beaucoup trop long, donc si ça vous intéresse je vous invite encore une fois à lire le rapport mis en lien plus haut. J'encourage notamment s et les autres membres de la commission d'enquête qui a auditionné des représentants de Complément d'enquête à le lire et à demander des explications complémentaires à ces derniers et à France Télévisions, car il est parfaitement scandaleux que le service public diffuse ainsi de la propagande, il faut bien appeler les choses par leur nom, à une heure de grande écoute.

Philippe Lemoine

35,400 views • 4 months ago