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« 𝗖̧𝗔 𝗬 𝗘𝗦𝗧 𝗢𝗡 𝗠𝗘𝗧 𝗨𝗡 𝗣𝗢𝗜𝗡𝗧 𝗙𝗜𝗡𝗔𝗟, 𝗕𝗢𝗡𝗡𝗘 𝗦𝗢𝗜𝗥𝗘́𝗘, 𝗔𝗨 𝗥𝗘𝗩𝗢𝗜𝗥. » 🌕🤣 Le pari de Rayan Cherki 🇫🇷 avec son père : le jour où il gagne Ballon d’Or, ils arrêtent de parler foot. 🗣️❌⚽️ 🎥 L'Équipe

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📢🚨 Ce boulanger, installé à deux pas de la tour Eiffel, tient un discours un peu confus. Mais derrière les mots maladroits, l’intention est limpide. Il dit simplement une chose que beaucoup préfèrent ne pas entendre. Autour de lui, il voit des gens se plaindre de journées de 8 ou 9 heures. De la fatigue. Du stress. Des conditions difficiles. Pendant ce temps-là, lui se lève à l’aube, travaille souvent 13 heures par jour, porte des sacs de farine, entretient son fournil, gère les charges, les normes, l’électricité, les salaires… et au final il ne gagne même pas ce que gagnent certains de ceux qui se plaignent. C’est ça, le malaise. Dans ce pays, celui qui produit, qui ouvre sa boutique tous les matins, qui nourrit littéralement le quartier, finit par regarder autour de lui avec un sentiment étrange : celui d’être le dindon de la farce. Parce que pendant que certains comptent leurs heures, lui compte surtout ses factures. Et ce boulanger n’est pas un cas isolé. C’est le quotidien de milliers d’artisans. Des gens qui ne passent pas leur temps sur les plateaux télé à parler de “qualité de vie au travail”, mais qui tiennent encore debout un tissu économique qui craque de partout. La question devient alors simple. Dans un pays où travailler plus ne garantit même plus de gagner plus, combien de temps les gens qui se lèvent à 4 heures du matin vont-ils encore accepter la situation ?

ChienSurpris

269,554 просмотров • 5 месяцев назад

Keanu Reeves n'a jamais demandé à être une légende. Et c'est peut-être pour ça qu'il en est devenu une. Pas à cause de Matrix. Pas à cause de John Wick. Pas à cause des centaines de millions de dollars accumulés en quatre décennies de carrière. À cause de ce qu'il fait quand les caméras sont éteintes. **L'enfance ne lui a rien offert.** Père absent dès ses 3 ans, parti, puis réapparu brièvement, puis disparu pour de bon derrière les barreaux d'une prison hawaïenne. Une succession de beaux-pères. Des déménagements constants. Une dyslexie qui faisait de chaque classe un combat silencieux. Keanu a grandi en apprenant très tôt que la stabilité, ça ne se reçoit pas, ça se construit, seul, brique par brique. Son premier rêve ? Le hockey. Il était gardien. Doué, même. Une blessure au genou a fermé cette porte définitivement. Il a frappé à d'autres. Puis la vie lui a tendu quelque chose de rare : l'amour vrai. Jennifer Syme. Une femme qu'il aimait profondément. Ensemble, ils attendaient une fille. Ils avaient choisi son prénom. Ils avaient imaginé sa vie. Ava est née morte, à huit mois de grossesse. Ce genre de douleur-là ne se traverse pas. Elle s'habite. Elle remodèle tout les matins, les silences, la façon de regarder les autres. Le couple n'a pas résisté au poids du vide. Ils se sont séparés. Puis, dix-huit mois plus tard, Jennifer a été tuée dans un accident de voiture. Keanu a porté son cercueil de ses propres mains. Longtemps après, il a dit ceci : Qui peut dire ce qu'est l'amour ? Mais je sais ce qu'est la perte." À ce stade, beaucoup se seraient construits une armure. Lui a fait le contraire. Quand sa sœur Kim a reçu un diagnostic de leucémie, il n'a pas sorti un chèque depuis Los Angeles en espérant que ça suffirait. Il s'est arrêté. Il est resté. Des années à ses côtés, discrets, constants, pendant que sa carrière pouvait bien attendre. Il a financé la recherche contre le cancer sans jamais chercher à y attacher son nom. Sur le tournage de " Matrix Reloaded", il découvre qu'un membre de l'équipe technique est au bord de perdre sa maison. Avant la fin de la journée, la dette est réglée. Personne n'en saura rien avant des années. Les cascadeurs qui risquaient leur corps pour chaque scène d'action ont reçu, à la fin du tournage, une Harley-Davidson chacun accompagnée d'un mot personnel, écrit de sa main, pour chacun d'eux. Il y a une photo qui dit tout. Keanu Reeves, assis à même le trottoir d'une rue new-yorkaise, dos contre un mur. À côté de lui, un homme sans abri. Ils partagent un repas. Ils parlent. Ils sont là, tous les deux, simplement présents l'un pour l'autre. Aucun attaché de presse. Aucune story. Aucune stratégie d'image. Juste un homme qui a décidé, ce jour-là comme tous les autres, de ne pas regarder ailleurs. Il prend le métro. Il marche dans la rue sans escorte. Il entre dans les cafés, commande un café, dit bonjour. Avec une fortune estimée à plusieurs centaines de millions de dollars, il aurait toutes les raisons de vivre à distance du monde. Dans une bulle. Derrière des grilles. Il choisit le trottoir. Ce qui est frappant chez Keanu Reeves, ce n'est pas la générosité en elle-même. C'est sa constance. Ce n'est pas un élan. C'est une façon d'être, construite, probablement, dans les années où personne ne lui offrait grand-chose, et où il a appris que la seule chose sur laquelle on a vraiment prise, c'est la manière dont on traite les gens qui croisent notre chemin. Il a tout perdu plusieurs fois. Il aurait pu tout garder pour lui ensuite. Il a choisi autrement. Et ça, aucun rôle ne pouvait le jouer à sa place. Vidéo : Esprit invincible

🅶🅾🆁🅺

19,873 просмотров • 5 месяцев назад

🇫🇷 3 juillet 1940, la flotte française est détruite par les Britanniques à Mers El-Kebir. Le Général de Gaulle réagit, le 8 juillet, par cette allocution qui a ému Churchill aux larmes : « Dans la liquidation momentanée de la force française qui fait suite à la capitulation, un épisode particulièrement cruel a eu lieu le 3 juillet. Je veux parler, on le comprend, de l'affreuse canonnade d'Oran. J'en parlerai nettement, sans détour, car dans un drame où chaque peuple joue sa vie, il faut que les hommes de coeur aient le courage de voir les choses en face et de les dire avec franchise. Je dirai d'abord ceci. Il n'est pas un Français qui n'ait appris avec douleur et avec colère que des navires de la flotte française avaient été coulés par nos alliés. Cette douleur, cette colère viennent du plus profond de nous-même. Il n'y a aucune raison de composer avec elle. Et quant à moi, je les exprime ouvertement. Aussi, m'adressant aux Anglais, je les invite à nous épargner et à s'épargner à eux-mêmes toute représentation de cette odieuse tragédie comme un succès naval direct. Ce serait injuste et déplacé. Les navires d'Oran étaient, en réalité, hors d'état de se battre. Ils se trouvaient au mouillage sans aucune possibilité de manoeuvre ou de dispersion, avec des chefs et des équipages rongés, depuis quinze jours, par les pires épreuves morales. Ils ont laissé aux navires anglais les premières salves qui, chacun le sait, sont décisives sur mer à de telles distances. Leur destruction n'est pas le résultat d'un combat glorieux. Voilà ce qu'un soldat français déclare aux alliés anglais avec d'autant plus de netteté qu'il éprouve, à leur égard, plus d'estime en matière navale. Ensuite, m'adressant aux Français, je leur demande de considérer le fond des choses du seul point de vue qui doivent, finalement, compter, c'est-à-dire du point de vue de la victoire et de la délivrance. En vertu d'un engagement déshonorant, le gouvernement qui fut à Bordeaux avait consenti à livrer nos navires à la discrétion de l'ennemi. Il n'y a pas le moindre doute que, par principe et par nécessité, l'ennemi les aurait employés soit contre l'Angleterre, soit contre notre propre empire. Et bien, je dis sans ambages qu'il vaut mieux qu'ils aient été détruits. J'aime mieux savoir même le Dunkerque, notre beau, notre cher, notre puissant Dunkerque échoué devant Mers El-kébir que de le voir, un jour, monté par des Allemands, bombarder les ports anglais ou bien Alger, Casablanca, Dakar. En amenant cette canonnade fratricide, puis en cherchant à détourner sur les alliés trahis l'irritation des français, le gouvernement qui fut à Bordeaux est dans son rôle, dans son rôle de servitude. En exploitant l'événement pour exciter, l'un contre l'autre, le peuple anglais et le peuple français, l'ennemi est dans son rôle, dans son rôle de conquérant. En tenant le drame pour ce qu'il est, je veux dire pour déplorable et détestable, mais en empêchant qu'il ait, pour conséquence, l'opposition morale des Anglais et des Français, tous les hommes clairvoyants des deux peuples sont dans leur rôle, dans leur rôle de patriotes. Les Anglais qui réfléchissent ne peuvent ignorer qu'il n'y aurait, pour eux, aucune victoire possible si jamais l'âme de la France passait à l'ennemi. Les Français dignes de ce nom ne peuvent méconnaître que la défaite anglaise scellerait, pour toujours, leur asservissement. Quoi qu'il arrive, même si l'un des deux est, pour un temps, tombé sous le joug de l'ennemi, nos deux vieux peuples, nos deux grands peuples demeurent liés l'un à l'autre. Ils succomberont tous les deux ou bien ils gagneront ensemble. Quant à ceux des Français qui demeurent encore libres d'agir suivant l'honneur et l'intérêt de la France, je déclare en leur nom qu'ils ont, une fois pour toute, pris leur dure résolution. Ils ont pris, une fois pour toutes, la résolution de combattre. »

🇫🇷 Gaullisme ☨

53,817 просмотров • 1 месяц назад

SÉQUENCE LUNAIRE. Jean-Luc Mélenchon ne " REFUSE " pas de se désolidariser de qui que ce soit, comme voudrait le faire croire cette " journaliste " Jean-Luc Mélenchon " N'A TOUT SIMPLEMENT PAS " à se désolidariser de qui que ce soit. Pourquoi ? Parce que : - Raphaël Arnault n'est ni médium, ni voyant, ni diseur de bonne aventure. - Raphaël Arnault était à l'Assemblée nationale lors des faits. - Aucun SMS n'indique que Raphaël Arnault ait une quelconque implication dans cette affaire. - La justice n'a pas mis en examen Raphaël Arnault. Alors, je serais curieux de savoir pour quelle raison Raphaël Arnault devrait être sanctionné pour les actes d'un autre, autre qui, ici, est certes un ami et son employé mais - Lorsqu'on arrête quelqu'un pour meurtre, doit-on aussi arrêter ses amis ? - Lorsqu'on arrête quelqu'un pour meurtre, doit-on aussi arrêter son employeur ? - Si demain le mari d'Alice Darfeuille venait dans les locaux de BFMTV pour lui remettre une écharpe et que cette dernière décidait de le tuer avec un couteau pris dans la cantine des studios BFM, faudrait-il aussi mettre en cause BFMTV ? Rodolphe Saadé ? Dois-je rappeler qu'en France, la loi autorise à embaucher des repris de justice sans pour autant être tenu pour responsable s'ils venaient à commettre de nouveau un crime ou un délit ? De quoi exactement sommes-nous en train de parler, là ? Du fait que Raphaël Arnault ait créé la Jeune Garde ? Et donc ? Si demain vous créez un club d'échecs et qu'alors que vous n'en faites plus OFFICIELLEMENT partie, un des membres décide d'en trucider un autre, faudrait-il vous enfermer aussi ? Cette polémique, c'est du grand n'importe quoi et, si les gens étaient encore capables de réfléchir tout le monde dirait de foutre la paix à Raphaël Arnault. Mais non, les oppositions n'étant pas foutuq d'attaquer la France insoumise sur le volet économique de son programme, alors ils cherchent autre chose. Le volet sécurité ? Ah ben non, là aussi, les études commandées par les gendarmes eux-mêmes vont dans leur sens. Bon, eh bien, puisqu'on ne peut pas s'en débarrasser, on va faire des polémiques de merde du genre : il a mis son pied sur un ballon de (foot = pied) en anglais, sur lequel il y avait la tête d'Olivier Dussopt " PERSONNE N'A CRAQUÉ ". Ballon VENDU, donc légal, donc consensuel, donc fait à cette effigie : mettre son pied dessus. Le problème de la France, ce n'est ni le RN, ni la Macronie. Ce sont les médias. Malcolm X : -1. " Si vous n'y prenez pas garde, les journaux vous feront détester les opprimés et aimer ceux qui les oppriment. " -2. " Les médias sont l'entité la plus puissante sur Terre. Ils ont le pouvoir de rendre les innocents coupables et les coupables innocents. " Mathilde Panot Manuel Bompard Antoine Léaument 🇫🇷 Députée Obono Clémence Guetté

🐢🇫🇷φ FALLAIT VOTER CHONCHON φ #JLM2027🐢

59,306 просмотров • 6 месяцев назад

🇫🇷 19 décembre 1964, il y a 60 ans, inoubliable discours d'André Malraux lors de la cérémonie de transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon : « Monsieur le Président de la République, Voilà donc plus de vingt ans que Jean Moulin partit, par un temps de décembre sans doute semblable à celui-ci, pour être parachuté sur la terre de Provence, et devenir le chef d'un peuple de la nuit. Sans la cérémonie d'aujourd'hui, combien d'enfants de France sauraient son nom ? Il ne le retrouva lui-même que pour être tué ; et depuis, sont nés seize millions d'enfants... Puissent les commémorations des deux guerres s'achever par la résurrection du peuple d'ombres que cet homme anima, qu'il symbolise, et qu'il fait entrer ici comme une humble garde solennelle autour de son corps de mort. Après vingt ans, la Résistance est devenue un monde de limbes où la légende se mêle à l'organisation. Le sentiment profond, organique, millénaire, qui a pris depuis son accent de légende, voici comment je l'ai rencontré. Dans un village de Corrèze, les Allemands avaient tué des combattants du maquis, et donné ordre au maire de les faire enterrer en secret, à l'aube. Il est d'usage, dans cette région, que chaque femme assiste aux obsèques de tout mort de son village en se tenant sur la tombe de sa propre famille. Nul ne connaissait ces morts, qui étaient des Alsaciens. Quand ils atteignirent le cimetière, portés par nos paysans sous la garde menaçante des mitraillettes allemandes, la nuit qui se retirait comme la mer laissa paraître les femmes noires de Corrèze, immobiles du haut en bas de la montagne, et attendant en silence, chacune sur la tombe des siens, l'ensevelissement des morts français. Comment organiser cette fraternité pour en faire un combat ? On sait ce que Jean Moulin pensait de la Résistance, au moment où il partit pour Londres : « II serait fou et criminel de ne pas utiliser, en cas d'action alliée sur le continent, ces troupes prêtes aux sacrifices les plus grands, éparses et anarchiques aujourd'hui, mais pouvant constituer demain une armée cohérente de parachutistes déjà en place, connaissant les lieux, ayant choisi leur adversaire et déterminé leur objectif. » C'était bien l'opinion du Général de Gaulle. Néanmoins, lorsque le 1er janvier 1942, Jean Moulin fut parachuté en France, la Résistance n'était encore qu'un désordre de courage : une presse clandestine, une source d'informations, une conspiration pour rassembler ces troupes qui n'existaient pas encore. Or, ces informations étaient destinées à tel ou tel allié, ces troupes se lèveraient lorsque les Alliés débarqueraient. Certes, les résistants étaient des combattants fidèles aux Alliés. Mais ils voulaient cesser d'être des Français résistants, et devenir la Résistance française. C'est pourquoi Jean Moulin est allé à Londres. Pas seulement parce que s'y trouvaient des combattants français (qui eussent pu n'être qu'une légion), pas seulement parce qu'une partie de l'empire avait rallié la France libre. S'il venait demander au Général de Gaulle de l'argent et des armes, il venait aussi lui demander « une approbation morale, des liaisons fréquentes, rapides et sûres avec lui ». Le Général assumait alors le Non du premier jour; le maintien du combat, quel qu'en fût le lieu, quelle qu'en fût la forme ; enfin, le destin de la France. La force des appels de juin 40 tenait moins aux « forces immenses qui n'avaient pas encore donné », qu'à : « II faut que la France soit présente à la victoire. Alors, elle retrouvera sa liberté et sa grandeur. » La France, et non telle légion de combattants français. C'était par la France libre que les résistants de Bir Hakeim se conjuguaient, formaient une France combattante restée au combat. Chaque groupe de résistants pouvait se légitimer par l'allié qui l'armait et le soutenait, voire par son seul courage ; le Général de Gaulle seul pouvait appeler les mouvements de Résistance à l'union entre eux et avec tous les autres combats, car c'était à travers lui seul que la France livrait un seul combat. C'est pourquoi - même lorsque le président Roosevelt croira assister à une rivalité de généraux ou de partis - l'armée d'Afrique, depuis la Provence jusqu'aux Vosges, combattra au nom du gaullisme - comme feront les troupes du parti communiste. C'est pourquoi Jean Moulin avait emporté, dans le double fond d'une boîte d'allumettes, la micro photo du très simple ordre suivant : « M. Moulin a pour mission de réaliser, dans la zone non directement occupée de la métropole, l'unité d'action de tous les éléments qui résistent à l'ennemi et à ses collaborateurs. » Inépuisablement, il montre aux chefs des groupements le danger qu'entraîne le déchirement de la Résistance entre des tuteurs différents. Chaque événement capital - entrée en guerre de la Russie, puis des États-Unis, débarquement en Afrique du Nord - renforce sa position. À partir du débarquement, il apparaît que la France va redevenir un théâtre d'opérations. Mais la presse clandestine, les renseignements (même enrichis par l'action du noyautage des administrations publiques) sont à l'échelle de l'Occupation, non de la guerre. Si la Résistance sait qu'elle ne délivrera pas la France sans les Alliés, elle n'ignore plus l'aide militaire que son unité pourrait leur apporter. Elle a peu à peu appris que s'il est relativement facile de faire sauter un pont, il n'est pas moins facile de le réparer; alors que s'il est facile à la Résistance de faire sauter deux cents ponts, il est difficile aux Allemands de les réparer à la fois. En un mot, elle sait qu'une aide efficace aux armées de débarquement est inséparable d'un plan d'ensemble. Il faut que sur toutes les routes, sur toutes les voies ferrées de France, les combattants clandestins désorganisent méthodiquement la concentration des divisions cuirassées allemandes. Et un tel plan d'ensemble ne peut être conçu, et exécuté, que par l'unité de la Résistance. C'est à quoi Jean Moulin s'emploie jour après jour, peine après peine, un mouvement de Résistance après l'autre : « Et maintenant, essayons de calmer les colères d'en face... » II y a, inévitablement, des problèmes de personnes ; et bien davantage, la misère de la France combattante, l'exaspérante certitude pour chaque maquis ou chaque groupe franc, d'être spolié au bénéfice d'un autre maquis ou d'un autre groupe, qu'indignent, au même moment, les mêmes illusions... Qui donc sait encore ce qu'il fallut d'acharnement pour parler le même langage à des instituteurs radicaux ou réactionnaires, des officiers réactionnaires ou libéraux, des trotskistes ou communistes retour de Moscou, tous promis à la même délivrance ou à la même prison; ce qu'il fallut de rigueur à un ami de la République espagnole, à un ancien « préfet de gauche », chassé par Vichy, pour exiger d'accueillir dans le combat commun tels rescapés de la Cagoule ! Jean Moulin n'a nul besoin d'une gloire usurpée : ce n'est pas lui qui a créé Combat, Libération, Franc-Tireur, c'est Frenay, d'Astier, Jean-Pierre Lévy. Ce n'est pas lui qui a créé les nombreux mouvements de la zone Nord dont l'histoire recueillera tous les noms. Ce n'est pas lui qui a fait les régiments mais c'est lui qui a fait l'armée. II a été le Carnot de la Résistance. Attribuer peu d'importance aux opinions dites politiques, lorsque la nation est en péril de mort - la nation, non pas un nationalisme alors écrasé sous les chars hitlériens, mais la donnée invincible et mystérieuse qui allait emplir le siècle : penser qu'elle dominerait bientôt les doctrines totalitaires dont retentissait l'Europe; voir dans l'unité de la Résistance le moyen capital du combat pour l'unité de la nation, c'était peut-être affirmer ce qu'on a, depuis, appelé le gaullisme. C'était certainement proclamer la survie de la France. En février, ce laïc passionné avait établi sa liaison par radio avec Londres, dans le grenier d'un presbytère. En avril, le Service d'information et de propagande, puis le Comité général d'études étaient formés ; en septembre, le noyautage des administrations publiques. Enfin, le Général de Gaulle décidait la création d'un « Comité de coordination » que présiderait Jean Moulin, assisté du chef de l'Armée secrète unifiée. La préhistoire avait pris fin. Coordonnateur de la Résistance en zone Sud, Jean Moulin en devenait le chef. En janvier 1943, le Comité directeur des Mouvements unis de la Résistance (ce que, jusqu'à la Libération, nous appellerions les Murs), était créé sous sa présidence. En février, il repartait pour Londres avec le général Delestraint, chef de l'Armée secrète, et Jacques Dalsace. De ce séjour, le témoignage le plus émouvant a été donné par le colonel Passy. « Je revois Moulin, blême, saisi par l'émotion qui nous étreignait tous, se tenant à quelques pas devant le Général et celui-ci disant, presque à voix basse : "Mettez-vous au garde-à-vous", puis : "Nous vous reconnaissons comme notre compagnon, pour la libération de la France, dans l'honneur et par la victoire." Et pendant que de Gaulle lui donnait l'accolade, une larme, lourde de reconnaissance, de fierté, et de farouche volonté, coulait doucement le long de la joue pâle de notre camarade Moulin. Comme il avait la tête levée, nous pouvions voir encore, au travers de sa gorge, les traces du coup de rasoir qu'il s'était donné, en 1940, pour éviter de céder sous les tortures de l'ennemi. » Les tortures de l'ennemi... En mars, chargé de constituer et de présider le Conseil national de la Résistance, Jean Moulin monte dans l'avion qui va le parachuter au nord de Roanne. Ce Conseil national de la Résistance, qui groupe les mouvements, les partis et les syndicats de toute la France, c'est l'unité précairement conquise, mais aussi la certitude qu'au jour du débarquement, l'armée, en haillons, de la Résistance attendra les divisions blindées de la Libération. Jean Moulin en retrouve les membres, qu'il rassemblera si difficilement. Il retrouve aussi une Résistance tragiquement transformée. Jusque-là, elle avait combattu comme une armée, en face de la victoire, de la mort ou de la captivité. Elle commence à découvrir l'univers concentrationnaire, la certitude de la torture. C'est alors qu'elle commence à combattre en face de l'enfer. Ayant reçu un rapport sur les camps de concentration, il dit à son agent de liaison, Suzette Olivier : « J'espère qu'ils nous fusillerons avant. » Ils ne devaient pas avoir besoin de le fusiller. La Résistance grandit, les réfractaires du travail obligatoire vont bientôt emplir nos maquis ; la Gestapo grandit aussi, la Milice est partout. C'est le temps où, dans la campagne, nous interrogeons les aboiements des chiens au fond de la nuit ; le temps où les parachutes multicolores, chargés d'armes et de cigarettes, tombent du ciel dans la lueur des feux des clairières ou des causses ; le temps des caves, et de ces cris désespérés que poussent les torturés avec des voix d'enfants... La grande lutte des ténèbres a commencé. Le 27 mai 1943, a lieu à Paris, rue du Four, la première réunion du Conseil national de la Résistance. Jean Moulin rappelle les buts de la France libre : « Faire la guerre ; rendre la parole au peuple français ; rétablir les libertés républicaines dans un État d'où la justice sociale ne sera pas exclue et qui aura le sens de la grandeur ; travailler avec les Alliés à l'établissement d'une collaboration internationale réelle sur le plan économique et social, dans un monde où la France aura regagné son prestige. » Puis il donne lecture d'un message du Général de Gaulle, qui fixe pour premier but au premier Conseil de la Résistance, le maintien de l'unité de cette Résistance qu'il représente. Au péril quotidien de la vie de chacun de ses membres. Le 9 juin, le général Delestraint, chef de l'Armée secrète enfin unifiée, est pris à Paris. Aucun successeur ne s'impose. Ce qui est fréquent dans la clandestinité : Jean Moulin aura dit maintes fois avant l'arrivée de Serreules : « Si j'étais pris, je n'aurais pas même eu le temps de mettre un adjoint au courant... » II veut donc désigner ce successeur avec l'accord des mouvements, notamment de ceux de la zone Sud. Il rencontrera leurs délégués le 21, à Caluire. Ils l'y attendent, en effet. La Gestapo aussi. La trahison joue son rôle - et le destin, qui veut qu'aux trois quarts d'heure de retard de Jean Moulin, presque toujours ponctuel, corresponde un long retard de la police allemande. Assez vite, celle-ci apprend qu'elle tient le chef de la Résistance. En vain. Le jour où, au fort Montluc à Lyon, après l'avoir fait torturer, l'agent de la Gestapo lui tend de quoi écrire puisqu'il ne peut plus parler, Jean Moulin dessine la caricature de son bourreau. Pour la terrible suite, écoutons seulement les mots si simples de sa soeur : « Son rôle est joué, et son calvaire commence. Bafoué, sauvagement frappé, la tête en sang, les organes éclatés, il atteint les limites de la souffrance humaine sans jamais trahir un seul secret, lui qui les savait tous. » Comprenons bien que pendant les quelques jours où il pourrait encore parler ou écrire, le destin de la Résistance est suspendu au courage de cet homme. Comme le dit Mlle Moulin, il savait tout. Georges Bidault prendra sa succession. Mais voici la victoire de ce silence atrocement payé : le destin bascule. Chef de la Résistance martyrisé dans des caves hideuses, regarde de tes yeux disparus toutes ces femmes noires qui veillent nos compagnons : elles portent le deuil de la France, et le tien. Regarde glisser sous les chênes nains du Quercy, avec un drapeau fait de mousselines nouées, les maquis que la Gestapo ne trouvera jamais parce qu'elle ne croit qu'aux grands arbres. Regarde le prisonnier qui entre dans une villa luxueuse et se demande pourquoi on lui donne une salle de bains - il n'a pas encore entendu parler de la baignoire. Pauvre roi supplicié des ombres, regarde ton peuple d'ombres se lever dans la nuit de juin constellée de tortures. Voici le fracas des chars allemands qui remontent vers la Normandie à travers les longues plaintes des bestiaux réveillés : grâce à toi, les chars n'arriveront pas à temps. Et quand la trouée des Alliés commence, regarde, préfet, surgir dans toutes les villes de France les commissaires de la République - sauf lorsqu'on les a tués. Tu as envié, comme nous, les clochards épiques de Leclerc : regarde, combattant, tes clochards sortir à quatre pattes de leurs maquis de chênes, et arrêter avec leurs mains paysannes formées aux bazookas l'une des premières divisions cuirassées de l'empire hitlérien, la division Das Reich. Comme Leclerc entra aux Invalides, avec son cortège d'exaltation dans le soleil d'Afrique et les combats d'Alsace, entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège. Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé, comme toi ; et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé ; avec tous les rayés et tous les tondus des camps de concentration, avec le dernier corps trébuchant des affreuses files de Nuit et Brouillard, enfin tombé sous les crosses ; avec les huit mille Françaises qui ne sont pas revenues des bagnes, avec la dernière femme morte à Ravensbrück pour avoir donné asile à l'un des nôtres. Entre, avec le peuple né de l'ombre et disparu avec elle - nos frères dans l'ordre de la Nuit... Commémorant l'anniversaire de la Libération de Paris, je disais : « Écoute ce soir, jeunesse de mon pays, ces cloches d'anniversaire qui sonneront comme celles d'il y a quatorze ans. Puisses-tu, cette fois, les entendre : elles vont sonner pour toi. » L'hommage d'aujourd'hui n'appelle que le chant qui va s'élever maintenant, ce Chant des partisans que j'ai entendu murmurer comme un chant de complicité, puis psalmodier dans le brouillard des Vosges et les bois d'Alsace, mêlé au cri perdu des moutons des tabors, quand les bazookas de Corrèze avançaient à la rencontre des chars de Rundstedt lancés de nouveau contre Strasbourg. Écoute aujourd'hui, jeunesse de France, ce qui fut pour nous le Chant du Malheur. C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées. Aujourd'hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n'avaient pas parlé ; ce jour-là, elle était le visage de la France... »

🇫🇷 Gaullisme ☨

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🇫🇷 19 décembre 1964, intégralité du discours d'André Malraux lors de la cérémonie de transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon : « Monsieur le Président de la République, Voilà donc plus de vingt ans que Jean Moulin partit, par un temps de décembre sans doute semblable à celui-ci, pour être parachuté sur la terre de Provence, et devenir le chef d'un peuple de la nuit. Sans la cérémonie d'aujourd'hui, combien d'enfants de France sauraient son nom ? Il ne le retrouva lui-même que pour être tué ; et depuis, sont nés seize millions d'enfants... Puissent les commémorations des deux guerres s'achever par la résurrection du peuple d'ombres que cet homme anima, qu'il symbolise, et qu'il fait entrer ici comme une humble garde solennelle autour de son corps de mort. Après vingt ans, la Résistance est devenue un monde de limbes où la légende se mêle à l'organisation. Le sentiment profond, organique, millénaire, qui a pris depuis son accent de légende, voici comment je l'ai rencontré. Dans un village de Corrèze, les Allemands avaient tué des combattants du maquis, et donné ordre au maire de les faire enterrer en secret, à l'aube. Il est d'usage, dans cette région, que chaque femme assiste aux obsèques de tout mort de son village en se tenant sur la tombe de sa propre famille. Nul ne connaissait ces morts, qui étaient des Alsaciens. Quand ils atteignirent le cimetière, portés par nos paysans sous la garde menaçante des mitraillettes allemandes, la nuit qui se retirait comme la mer laissa paraître les femmes noires de Corrèze, immobiles du haut en bas de la montagne, et attendant en silence, chacune sur la tombe des siens, l'ensevelissement des morts français. Comment organiser cette fraternité pour en faire un combat ? On sait ce que Jean Moulin pensait de la Résistance, au moment où il partit pour Londres : « II serait fou et criminel de ne pas utiliser, en cas d'action alliée sur le continent, ces troupes prêtes aux sacrifices les plus grands, éparses et anarchiques aujourd'hui, mais pouvant constituer demain une armée cohérente de parachutistes déjà en place, connaissant les lieux, ayant choisi leur adversaire et déterminé leur objectif. » C'était bien l'opinion du Général de Gaulle. Néanmoins, lorsque le 1er janvier 1942, Jean Moulin fut parachuté en France, la Résistance n'était encore qu'un désordre de courage : une presse clandestine, une source d'informations, une conspiration pour rassembler ces troupes qui n'existaient pas encore. Or, ces informations étaient destinées à tel ou tel allié, ces troupes se lèveraient lorsque les Alliés débarqueraient. Certes, les résistants étaient des combattants fidèles aux Alliés. Mais ils voulaient cesser d'être des Français résistants, et devenir la Résistance française. C'est pourquoi Jean Moulin est allé à Londres. Pas seulement parce que s'y trouvaient des combattants français (qui eussent pu n'être qu'une légion), pas seulement parce qu'une partie de l'empire avait rallié la France libre. S'il venait demander au Général de Gaulle de l'argent et des armes, il venait aussi lui demander « une approbation morale, des liaisons fréquentes, rapides et sûres avec lui ». Le Général assumait alors le Non du premier jour; le maintien du combat, quel qu'en fût le lieu, quelle qu'en fût la forme ; enfin, le destin de la France. La force des appels de juin 40 tenait moins aux « forces immenses qui n'avaient pas encore donné », qu'à : « II faut que la France soit présente à la victoire. Alors, elle retrouvera sa liberté et sa grandeur. » La France, et non telle légion de combattants français. C'était par la France libre que les résistants de Bir Hakeim se conjuguaient, formaient une France combattante restée au combat. Chaque groupe de résistants pouvait se légitimer par l'allié qui l'armait et le soutenait, voire par son seul courage ; le Général de Gaulle seul pouvait appeler les mouvements de Résistance à l'union entre eux et avec tous les autres combats, car c'était à travers lui seul que la France livrait un seul combat. C'est pourquoi - même lorsque le président Roosevelt croira assister à une rivalité de généraux ou de partis - l'armée d'Afrique, depuis la Provence jusqu'aux Vosges, combattra au nom du gaullisme - comme feront les troupes du parti communiste. C'est pourquoi Jean Moulin avait emporté, dans le double fond d'une boîte d'allumettes, la micro photo du très simple ordre suivant : « M. Moulin a pour mission de réaliser, dans la zone non directement occupée de la métropole, l'unité d'action de tous les éléments qui résistent à l'ennemi et à ses collaborateurs. » Inépuisablement, il montre aux chefs des groupements le danger qu'entraîne le déchirement de la Résistance entre des tuteurs différents. Chaque événement capital - entrée en guerre de la Russie, puis des États-Unis, débarquement en Afrique du Nord - renforce sa position. À partir du débarquement, il apparaît que la France va redevenir un théâtre d'opérations. Mais la presse clandestine, les renseignements (même enrichis par l'action du noyautage des administrations publiques) sont à l'échelle de l'Occupation, non de la guerre. Si la Résistance sait qu'elle ne délivrera pas la France sans les Alliés, elle n'ignore plus l'aide militaire que son unité pourrait leur apporter. Elle a peu à peu appris que s'il est relativement facile de faire sauter un pont, il n'est pas moins facile de le réparer; alors que s'il est facile à la Résistance de faire sauter deux cents ponts, il est difficile aux Allemands de les réparer à la fois. En un mot, elle sait qu'une aide efficace aux armées de débarquement est inséparable d'un plan d'ensemble. Il faut que sur toutes les routes, sur toutes les voies ferrées de France, les combattants clandestins désorganisent méthodiquement la concentration des divisions cuirassées allemandes. Et un tel plan d'ensemble ne peut être conçu, et exécuté, que par l'unité de la Résistance. C'est à quoi Jean Moulin s'emploie jour après jour, peine après peine, un mouvement de Résistance après l'autre : « Et maintenant, essayons de calmer les colères d'en face... » II y a, inévitablement, des problèmes de personnes ; et bien davantage, la misère de la France combattante, l'exaspérante certitude pour chaque maquis ou chaque groupe franc, d'être spolié au bénéfice d'un autre maquis ou d'un autre groupe, qu'indignent, au même moment, les mêmes illusions... Qui donc sait encore ce qu'il fallut d'acharnement pour parler le même langage à des instituteurs radicaux ou réactionnaires, des officiers réactionnaires ou libéraux, des trotskistes ou communistes retour de Moscou, tous promis à la même délivrance ou à la même prison; ce qu'il fallut de rigueur à un ami de la République espagnole, à un ancien « préfet de gauche », chassé par Vichy, pour exiger d'accueillir dans le combat commun tels rescapés de la Cagoule ! Jean Moulin n'a nul besoin d'une gloire usurpée : ce n'est pas lui qui a créé Combat, Libération, Franc-Tireur, c'est Frenay, d'Astier, Jean-Pierre Lévy. Ce n'est pas lui qui a créé les nombreux mouvements de la zone Nord dont l'histoire recueillera tous les noms. Ce n'est pas lui qui a fait les régiments mais c'est lui qui a fait l'armée. II a été le Carnot de la Résistance. Attribuer peu d'importance aux opinions dites politiques, lorsque la nation est en péril de mort - la nation, non pas un nationalisme alors écrasé sous les chars hitlériens, mais la donnée invincible et mystérieuse qui allait emplir le siècle : penser qu'elle dominerait bientôt les doctrines totalitaires dont retentissait l'Europe; voir dans l'unité de la Résistance le moyen capital du combat pour l'unité de la nation, c'était peut-être affirmer ce qu'on a, depuis, appelé le gaullisme. C'était certainement proclamer la survie de la France. En février, ce laïc passionné avait établi sa liaison par radio avec Londres, dans le grenier d'un presbytère. En avril, le Service d'information et de propagande, puis le Comité général d'études étaient formés ; en septembre, le noyautage des administrations publiques. Enfin, le Général de Gaulle décidait la création d'un « Comité de coordination » que présiderait Jean Moulin, assisté du chef de l'Armée secrète unifiée. La préhistoire avait pris fin. Coordonnateur de la Résistance en zone Sud, Jean Moulin en devenait le chef. En janvier 1943, le Comité directeur des Mouvements unis de la Résistance (ce que, jusqu'à la Libération, nous appellerions les Murs), était créé sous sa présidence. En février, il repartait pour Londres avec le général Delestraint, chef de l'Armée secrète, et Jacques Dalsace. De ce séjour, le témoignage le plus émouvant a été donné par le colonel Passy. « Je revois Moulin, blême, saisi par l'émotion qui nous étreignait tous, se tenant à quelques pas devant le Général et celui-ci disant, presque à voix basse : "Mettez-vous au garde-à-vous", puis : "Nous vous reconnaissons comme notre compagnon, pour la libération de la France, dans l'honneur et par la victoire." Et pendant que de Gaulle lui donnait l'accolade, une larme, lourde de reconnaissance, de fierté, et de farouche volonté, coulait doucement le long de la joue pâle de notre camarade Moulin. Comme il avait la tête levée, nous pouvions voir encore, au travers de sa gorge, les traces du coup de rasoir qu'il s'était donné, en 1940, pour éviter de céder sous les tortures de l'ennemi. » Les tortures de l'ennemi... En mars, chargé de constituer et de présider le Conseil national de la Résistance, Jean Moulin monte dans l'avion qui va le parachuter au nord de Roanne. Ce Conseil national de la Résistance, qui groupe les mouvements, les partis et les syndicats de toute la France, c'est l'unité précairement conquise, mais aussi la certitude qu'au jour du débarquement, l'armée, en haillons, de la Résistance attendra les divisions blindées de la Libération. Jean Moulin en retrouve les membres, qu'il rassemblera si difficilement. Il retrouve aussi une Résistance tragiquement transformée. Jusque-là, elle avait combattu comme une armée, en face de la victoire, de la mort ou de la captivité. Elle commence à découvrir l'univers concentrationnaire, la certitude de la torture. C'est alors qu'elle commence à combattre en face de l'enfer. Ayant reçu un rapport sur les camps de concentration, il dit à son agent de liaison, Suzette Olivier : « J'espère qu'ils nous fusillerons avant. » Ils ne devaient pas avoir besoin de le fusiller. La Résistance grandit, les réfractaires du travail obligatoire vont bientôt emplir nos maquis ; la Gestapo grandit aussi, la Milice est partout. C'est le temps où, dans la campagne, nous interrogeons les aboiements des chiens au fond de la nuit ; le temps où les parachutes multicolores, chargés d'armes et de cigarettes, tombent du ciel dans la lueur des feux des clairières ou des causses ; le temps des caves, et de ces cris désespérés que poussent les torturés avec des voix d'enfants... La grande lutte des ténèbres a commencé. Le 27 mai 1943, a lieu à Paris, rue du Four, la première réunion du Conseil national de la Résistance. Jean Moulin rappelle les buts de la France libre : « Faire la guerre ; rendre la parole au peuple français ; rétablir les libertés républicaines dans un État d'où la justice sociale ne sera pas exclue et qui aura le sens de la grandeur ; travailler avec les Alliés à l'établissement d'une collaboration internationale réelle sur le plan économique et social, dans un monde où la France aura regagné son prestige. » Puis il donne lecture d'un message du Général de Gaulle, qui fixe pour premier but au premier Conseil de la Résistance, le maintien de l'unité de cette Résistance qu'il représente. Au péril quotidien de la vie de chacun de ses membres. Le 9 juin, le général Delestraint, chef de l'Armée secrète enfin unifiée, est pris à Paris. Aucun successeur ne s'impose. Ce qui est fréquent dans la clandestinité : Jean Moulin aura dit maintes fois avant l'arrivée de Serreules : « Si j'étais pris, je n'aurais pas même eu le temps de mettre un adjoint au courant... » II veut donc désigner ce successeur avec l'accord des mouvements, notamment de ceux de la zone Sud. Il rencontrera leurs délégués le 21, à Caluire. Ils l'y attendent, en effet. La Gestapo aussi. La trahison joue son rôle - et le destin, qui veut qu'aux trois quarts d'heure de retard de Jean Moulin, presque toujours ponctuel, corresponde un long retard de la police allemande. Assez vite, celle-ci apprend qu'elle tient le chef de la Résistance. En vain. Le jour où, au fort Montluc à Lyon, après l'avoir fait torturer, l'agent de la Gestapo lui tend de quoi écrire puisqu'il ne peut plus parler, Jean Moulin dessine la caricature de son bourreau. Pour la terrible suite, écoutons seulement les mots si simples de sa soeur : « Son rôle est joué, et son calvaire commence. Bafoué, sauvagement frappé, la tête en sang, les organes éclatés, il atteint les limites de la souffrance humaine sans jamais trahir un seul secret, lui qui les savait tous. » Comprenons bien que pendant les quelques jours où il pourrait encore parler ou écrire, le destin de la Résistance est suspendu au courage de cet homme. Comme le dit Mlle Moulin, il savait tout. Georges Bidault prendra sa succession. Mais voici la victoire de ce silence atrocement payé : le destin bascule. Chef de la Résistance martyrisé dans des caves hideuses, regarde de tes yeux disparus toutes ces femmes noires qui veillent nos compagnons : elles portent le deuil de la France, et le tien. Regarde glisser sous les chênes nains du Quercy, avec un drapeau fait de mousselines nouées, les maquis que la Gestapo ne trouvera jamais parce qu'elle ne croit qu'aux grands arbres. Regarde le prisonnier qui entre dans une villa luxueuse et se demande pourquoi on lui donne une salle de bains - il n'a pas encore entendu parler de la baignoire. Pauvre roi supplicié des ombres, regarde ton peuple d'ombres se lever dans la nuit de juin constellée de tortures. Voici le fracas des chars allemands qui remontent vers la Normandie à travers les longues plaintes des bestiaux réveillés : grâce à toi, les chars n'arriveront pas à temps. Et quand la trouée des Alliés commence, regarde, préfet, surgir dans toutes les villes de France les commissaires de la République - sauf lorsqu'on les a tués. Tu as envié, comme nous, les clochards épiques de Leclerc : regarde, combattant, tes clochards sortir à quatre pattes de leurs maquis de chênes, et arrêter avec leurs mains paysannes formées aux bazookas l'une des premières divisions cuirassées de l'empire hitlérien, la division Das Reich. Comme Leclerc entra aux Invalides, avec son cortège d'exaltation dans le soleil d'Afrique et les combats d'Alsace, entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège. Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé, comme toi ; et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé ; avec tous les rayés et tous les tondus des camps de concentration, avec le dernier corps trébuchant des affreuses files de Nuit et Brouillard, enfin tombé sous les crosses ; avec les huit mille Françaises qui ne sont pas revenues des bagnes, avec la dernière femme morte à Ravensbrück pour avoir donné asile à l'un des nôtres. Entre, avec le peuple né de l'ombre et disparu avec elle - nos frères dans l'ordre de la Nuit... Commémorant l'anniversaire de la Libération de Paris, je disais : « Écoute ce soir, jeunesse de mon pays, ces cloches d'anniversaire qui sonneront comme celles d'il y a quatorze ans. Puisses-tu, cette fois, les entendre : elles vont sonner pour toi. » L'hommage d'aujourd'hui n'appelle que le chant qui va s'élever maintenant, ce Chant des partisans que j'ai entendu murmurer comme un chant de complicité, puis psalmodier dans le brouillard des Vosges et les bois d'Alsace, mêlé au cri perdu des moutons des tabors, quand les bazookas de Corrèze avançaient à la rencontre des chars de Rundstedt lancés de nouveau contre Strasbourg. Écoute aujourd'hui, jeunesse de France, ce qui fut pour nous le Chant du Malheur. C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées. Aujourd'hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n'avaient pas parlé ; ce jour-là, elle était le visage de la France... » Fondation Charles de Gaulle Académie du Gaullisme Kâplan ThinkerView THEATRUM BELLI Souveraine Tech OpexNews Jérôme Besnard 🇨🇵 Eric Anceau Eric Branca @CyrilCrusillea2 Patrick Samuel David BELLAMY Jacques de Saint Victor @DUVAL_STALLA Christine Clerc

🇫🇷 Gaullisme ☨

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🇫🇷 19 décembre 1964, intégralité du discours d'André Malraux lors de la cérémonie de transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon : « Monsieur le Président de la République, Voilà donc plus de vingt ans que Jean Moulin partit, par un temps de décembre sans doute semblable à celui-ci, pour être parachuté sur la terre de Provence, et devenir le chef d'un peuple de la nuit. Sans la cérémonie d'aujourd'hui, combien d'enfants de France sauraient son nom ? Il ne le retrouva lui-même que pour être tué ; et depuis, sont nés seize millions d'enfants... Puissent les commémorations des deux guerres s'achever par la résurrection du peuple d'ombres que cet homme anima, qu'il symbolise, et qu'il fait entrer ici comme une humble garde solennelle autour de son corps de mort. Après vingt ans, la Résistance est devenue un monde de limbes où la légende se mêle à l'organisation. Le sentiment profond, organique, millénaire, qui a pris depuis son accent de légende, voici comment je l'ai rencontré. Dans un village de Corrèze, les Allemands avaient tué des combattants du maquis, et donné ordre au maire de les faire enterrer en secret, à l'aube. Il est d'usage, dans cette région, que chaque femme assiste aux obsèques de tout mort de son village en se tenant sur la tombe de sa propre famille. Nul ne connaissait ces morts, qui étaient des Alsaciens. Quand ils atteignirent le cimetière, portés par nos paysans sous la garde menaçante des mitraillettes allemandes, la nuit qui se retirait comme la mer laissa paraître les femmes noires de Corrèze, immobiles du haut en bas de la montagne, et attendant en silence, chacune sur la tombe des siens, l'ensevelissement des morts français. Comment organiser cette fraternité pour en faire un combat ? On sait ce que Jean Moulin pensait de la Résistance, au moment où il partit pour Londres : « II serait fou et criminel de ne pas utiliser, en cas d'action alliée sur le continent, ces troupes prêtes aux sacrifices les plus grands, éparses et anarchiques aujourd'hui, mais pouvant constituer demain une armée cohérente de parachutistes déjà en place, connaissant les lieux, ayant choisi leur adversaire et déterminé leur objectif. » C'était bien l'opinion du Général de Gaulle. Néanmoins, lorsque le 1er janvier 1942, Jean Moulin fut parachuté en France, la Résistance n'était encore qu'un désordre de courage : une presse clandestine, une source d'informations, une conspiration pour rassembler ces troupes qui n'existaient pas encore. Or, ces informations étaient destinées à tel ou tel allié, ces troupes se lèveraient lorsque les Alliés débarqueraient. Certes, les résistants étaient des combattants fidèles aux Alliés. Mais ils voulaient cesser d'être des Français résistants, et devenir la Résistance française. C'est pourquoi Jean Moulin est allé à Londres. Pas seulement parce que s'y trouvaient des combattants français (qui eussent pu n'être qu'une légion), pas seulement parce qu'une partie de l'empire avait rallié la France libre. S'il venait demander au Général de Gaulle de l'argent et des armes, il venait aussi lui demander « une approbation morale, des liaisons fréquentes, rapides et sûres avec lui ». Le Général assumait alors le Non du premier jour; le maintien du combat, quel qu'en fût le lieu, quelle qu'en fût la forme ; enfin, le destin de la France. La force des appels de juin 40 tenait moins aux « forces immenses qui n'avaient pas encore donné », qu'à : « II faut que la France soit présente à la victoire. Alors, elle retrouvera sa liberté et sa grandeur. » La France, et non telle légion de combattants français. C'était par la France libre que les résistants de Bir Hakeim se conjuguaient, formaient une France combattante restée au combat. Chaque groupe de résistants pouvait se légitimer par l'allié qui l'armait et le soutenait, voire par son seul courage ; le Général de Gaulle seul pouvait appeler les mouvements de Résistance à l'union entre eux et avec tous les autres combats, car c'était à travers lui seul que la France livrait un seul combat. C'est pourquoi - même lorsque le président Roosevelt croira assister à une rivalité de généraux ou de partis - l'armée d'Afrique, depuis la Provence jusqu'aux Vosges, combattra au nom du gaullisme - comme feront les troupes du parti communiste. C'est pourquoi Jean Moulin avait emporté, dans le double fond d'une boîte d'allumettes, la micro photo du très simple ordre suivant : « M. Moulin a pour mission de réaliser, dans la zone non directement occupée de la métropole, l'unité d'action de tous les éléments qui résistent à l'ennemi et à ses collaborateurs. » Inépuisablement, il montre aux chefs des groupements le danger qu'entraîne le déchirement de la Résistance entre des tuteurs différents. Chaque événement capital - entrée en guerre de la Russie, puis des États-Unis, débarquement en Afrique du Nord - renforce sa position. À partir du débarquement, il apparaît que la France va redevenir un théâtre d'opérations. Mais la presse clandestine, les renseignements (même enrichis par l'action du noyautage des administrations publiques) sont à l'échelle de l'Occupation, non de la guerre. Si la Résistance sait qu'elle ne délivrera pas la France sans les Alliés, elle n'ignore plus l'aide militaire que son unité pourrait leur apporter. Elle a peu à peu appris que s'il est relativement facile de faire sauter un pont, il n'est pas moins facile de le réparer; alors que s'il est facile à la Résistance de faire sauter deux cents ponts, il est difficile aux Allemands de les réparer à la fois. En un mot, elle sait qu'une aide efficace aux armées de débarquement est inséparable d'un plan d'ensemble. Il faut que sur toutes les routes, sur toutes les voies ferrées de France, les combattants clandestins désorganisent méthodiquement la concentration des divisions cuirassées allemandes. Et un tel plan d'ensemble ne peut être conçu, et exécuté, que par l'unité de la Résistance. C'est à quoi Jean Moulin s'emploie jour après jour, peine après peine, un mouvement de Résistance après l'autre : « Et maintenant, essayons de calmer les colères d'en face... » II y a, inévitablement, des problèmes de personnes ; et bien davantage, la misère de la France combattante, l'exaspérante certitude pour chaque maquis ou chaque groupe franc, d'être spolié au bénéfice d'un autre maquis ou d'un autre groupe, qu'indignent, au même moment, les mêmes illusions... Qui donc sait encore ce qu'il fallut d'acharnement pour parler le même langage à des instituteurs radicaux ou réactionnaires, des officiers réactionnaires ou libéraux, des trotskistes ou communistes retour de Moscou, tous promis à la même délivrance ou à la même prison; ce qu'il fallut de rigueur à un ami de la République espagnole, à un ancien « préfet de gauche », chassé par Vichy, pour exiger d'accueillir dans le combat commun tels rescapés de la Cagoule ! Jean Moulin n'a nul besoin d'une gloire usurpée : ce n'est pas lui qui a créé Combat, Libération, Franc-Tireur, c'est Frenay, d'Astier, Jean-Pierre Lévy. Ce n'est pas lui qui a créé les nombreux mouvements de la zone Nord dont l'histoire recueillera tous les noms. Ce n'est pas lui qui a fait les régiments mais c'est lui qui a fait l'armée. II a été le Carnot de la Résistance. Attribuer peu d'importance aux opinions dites politiques, lorsque la nation est en péril de mort - la nation, non pas un nationalisme alors écrasé sous les chars hitlériens, mais la donnée invincible et mystérieuse qui allait emplir le siècle : penser qu'elle dominerait bientôt les doctrines totalitaires dont retentissait l'Europe; voir dans l'unité de la Résistance le moyen capital du combat pour l'unité de la nation, c'était peut-être affirmer ce qu'on a, depuis, appelé le gaullisme. C'était certainement proclamer la survie de la France. En février, ce laïc passionné avait établi sa liaison par radio avec Londres, dans le grenier d'un presbytère. En avril, le Service d'information et de propagande, puis le Comité général d'études étaient formés ; en septembre, le noyautage des administrations publiques. Enfin, le Général de Gaulle décidait la création d'un « Comité de coordination » que présiderait Jean Moulin, assisté du chef de l'Armée secrète unifiée. La préhistoire avait pris fin. Coordonnateur de la Résistance en zone Sud, Jean Moulin en devenait le chef. En janvier 1943, le Comité directeur des Mouvements unis de la Résistance (ce que, jusqu'à la Libération, nous appellerions les Murs), était créé sous sa présidence. En février, il repartait pour Londres avec le général Delestraint, chef de l'Armée secrète, et Jacques Dalsace. De ce séjour, le témoignage le plus émouvant a été donné par le colonel Passy. « Je revois Moulin, blême, saisi par l'émotion qui nous étreignait tous, se tenant à quelques pas devant le Général et celui-ci disant, presque à voix basse : "Mettez-vous au garde-à-vous", puis : "Nous vous reconnaissons comme notre compagnon, pour la libération de la France, dans l'honneur et par la victoire." Et pendant que de Gaulle lui donnait l'accolade, une larme, lourde de reconnaissance, de fierté, et de farouche volonté, coulait doucement le long de la joue pâle de notre camarade Moulin. Comme il avait la tête levée, nous pouvions voir encore, au travers de sa gorge, les traces du coup de rasoir qu'il s'était donné, en 1940, pour éviter de céder sous les tortures de l'ennemi. » Les tortures de l'ennemi... En mars, chargé de constituer et de présider le Conseil national de la Résistance, Jean Moulin monte dans l'avion qui va le parachuter au nord de Roanne. Ce Conseil national de la Résistance, qui groupe les mouvements, les partis et les syndicats de toute la France, c'est l'unité précairement conquise, mais aussi la certitude qu'au jour du débarquement, l'armée, en haillons, de la Résistance attendra les divisions blindées de la Libération. Jean Moulin en retrouve les membres, qu'il rassemblera si difficilement. Il retrouve aussi une Résistance tragiquement transformée. Jusque-là, elle avait combattu comme une armée, en face de la victoire, de la mort ou de la captivité. Elle commence à découvrir l'univers concentrationnaire, la certitude de la torture. C'est alors qu'elle commence à combattre en face de l'enfer. Ayant reçu un rapport sur les camps de concentration, il dit à son agent de liaison, Suzette Olivier : « J'espère qu'ils nous fusillerons avant. » Ils ne devaient pas avoir besoin de le fusiller. La Résistance grandit, les réfractaires du travail obligatoire vont bientôt emplir nos maquis ; la Gestapo grandit aussi, la Milice est partout. C'est le temps où, dans la campagne, nous interrogeons les aboiements des chiens au fond de la nuit ; le temps où les parachutes multicolores, chargés d'armes et de cigarettes, tombent du ciel dans la lueur des feux des clairières ou des causses ; le temps des caves, et de ces cris désespérés que poussent les torturés avec des voix d'enfants... La grande lutte des ténèbres a commencé. Le 27 mai 1943, a lieu à Paris, rue du Four, la première réunion du Conseil national de la Résistance. Jean Moulin rappelle les buts de la France libre : « Faire la guerre ; rendre la parole au peuple français ; rétablir les libertés républicaines dans un État d'où la justice sociale ne sera pas exclue et qui aura le sens de la grandeur ; travailler avec les Alliés à l'établissement d'une collaboration internationale réelle sur le plan économique et social, dans un monde où la France aura regagné son prestige. » Puis il donne lecture d'un message du Général de Gaulle, qui fixe pour premier but au premier Conseil de la Résistance, le maintien de l'unité de cette Résistance qu'il représente. Au péril quotidien de la vie de chacun de ses membres. Le 9 juin, le général Delestraint, chef de l'Armée secrète enfin unifiée, est pris à Paris. Aucun successeur ne s'impose. Ce qui est fréquent dans la clandestinité : Jean Moulin aura dit maintes fois avant l'arrivée de Serreules : « Si j'étais pris, je n'aurais pas même eu le temps de mettre un adjoint au courant... » II veut donc désigner ce successeur avec l'accord des mouvements, notamment de ceux de la zone Sud. Il rencontrera leurs délégués le 21, à Caluire. Ils l'y attendent, en effet. La Gestapo aussi. La trahison joue son rôle - et le destin, qui veut qu'aux trois quarts d'heure de retard de Jean Moulin, presque toujours ponctuel, corresponde un long retard de la police allemande. Assez vite, celle-ci apprend qu'elle tient le chef de la Résistance. En vain. Le jour où, au fort Montluc à Lyon, après l'avoir fait torturer, l'agent de la Gestapo lui tend de quoi écrire puisqu'il ne peut plus parler, Jean Moulin dessine la caricature de son bourreau. Pour la terrible suite, écoutons seulement les mots si simples de sa soeur : « Son rôle est joué, et son calvaire commence. Bafoué, sauvagement frappé, la tête en sang, les organes éclatés, il atteint les limites de la souffrance humaine sans jamais trahir un seul secret, lui qui les savait tous. » Comprenons bien que pendant les quelques jours où il pourrait encore parler ou écrire, le destin de la Résistance est suspendu au courage de cet homme. Comme le dit Mlle Moulin, il savait tout. Georges Bidault prendra sa succession. Mais voici la victoire de ce silence atrocement payé : le destin bascule. Chef de la Résistance martyrisé dans des caves hideuses, regarde de tes yeux disparus toutes ces femmes noires qui veillent nos compagnons : elles portent le deuil de la France, et le tien. Regarde glisser sous les chênes nains du Quercy, avec un drapeau fait de mousselines nouées, les maquis que la Gestapo ne trouvera jamais parce qu'elle ne croit qu'aux grands arbres. Regarde le prisonnier qui entre dans une villa luxueuse et se demande pourquoi on lui donne une salle de bains - il n'a pas encore entendu parler de la baignoire. Pauvre roi supplicié des ombres, regarde ton peuple d'ombres se lever dans la nuit de juin constellée de tortures. Voici le fracas des chars allemands qui remontent vers la Normandie à travers les longues plaintes des bestiaux réveillés : grâce à toi, les chars n'arriveront pas à temps. Et quand la trouée des Alliés commence, regarde, préfet, surgir dans toutes les villes de France les commissaires de la République - sauf lorsqu'on les a tués. Tu as envié, comme nous, les clochards épiques de Leclerc : regarde, combattant, tes clochards sortir à quatre pattes de leurs maquis de chênes, et arrêter avec leurs mains paysannes formées aux bazookas l'une des premières divisions cuirassées de l'empire hitlérien, la division Das Reich. Comme Leclerc entra aux Invalides, avec son cortège d'exaltation dans le soleil d'Afrique et les combats d'Alsace, entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège. Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé, comme toi ; et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé ; avec tous les rayés et tous les tondus des camps de concentration, avec le dernier corps trébuchant des affreuses files de Nuit et Brouillard, enfin tombé sous les crosses ; avec les huit mille Françaises qui ne sont pas revenues des bagnes, avec la dernière femme morte à Ravensbrück pour avoir donné asile à l'un des nôtres. Entre, avec le peuple né de l'ombre et disparu avec elle - nos frères dans l'ordre de la Nuit... Commémorant l'anniversaire de la Libération de Paris, je disais : « Écoute ce soir, jeunesse de mon pays, ces cloches d'anniversaire qui sonneront comme celles d'il y a quatorze ans. Puisses-tu, cette fois, les entendre : elles vont sonner pour toi. » L'hommage d'aujourd'hui n'appelle que le chant qui va s'élever maintenant, ce Chant des partisans que j'ai entendu murmurer comme un chant de complicité, puis psalmodier dans le brouillard des Vosges et les bois d'Alsace, mêlé au cri perdu des moutons des tabors, quand les bazookas de Corrèze avançaient à la rencontre des chars de Rundstedt lancés de nouveau contre Strasbourg. Écoute aujourd'hui, jeunesse de France, ce qui fut pour nous le Chant du Malheur. C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées. Aujourd'hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n'avaient pas parlé ; ce jour-là, elle était le visage de la France... »

🇫🇷 Gaullisme ☨

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#JO2024 : la petite fille qui était présente lors de l'épisode de la "Cène" de la débauche à côté de l'homme qui mimait un tranchage de gorge s'appelle Adeline Kerry Cruz, vient de Montréal et a 10 ans. Ce post sera un peu long mais il y a pas mal de choses à dire sur cette enfant et cette vidéo est un bon résumé. Je tiens d'ailleurs à remercier Anneke Lucas pour les informations communiquées et nos échanges qui amènent à cette publication. Cette enfant n'a pas été sacrifiée comme j'ai pu le voir circuler mais son parcours et son entourage n'augurent rien de bon... Le signe effectué par cet homme vêtu en noir pourrait aussi bien s'adresser à Adeline, comme aux enfants de façon générale. Anneke Lucas est très claire, il s'agit du signe de la "mise à mort" qu'elle a parfaitement connu lorsqu'elle était dans les réseaux pédocriminels. Adeline a commencé la danse à l'âge de 4 ans. Elle danse le krump, une danse urbaine issue des communautés afro-américaines de Los Angeles, afin d'extérioser les émotions et notamment la colère. Le krump "Kingdom Radically Uplifted Mighty Praise" signifie "éloge puissant d'un royaume radicalement levé". Celui qu'elle appelle son mentor depuis 2021, Jr Maddripp (aussi appelé West, ou Kevin Gohou de son nom civil), est constamment à ses côtés comme lors des JO. Au vu de pas mal d'éléments, il serait presque plus judicieux de l'appeler "handler". Il y a un nombre incalculable de vidéos de danse réalisées ensemble sur leurs comptes Instagram respectifs. Hormis de nombreux symboles et de certaines photos et vidéos flippantes (dans la vidéo) notamment de Maddripp (nom qui peut faire référence au sperme qui coule), Maddripp a quasi constamment ses mains posées sur ses parties génitales et dans la toute dernière vidéo du montage, on voit clairement un trou à son entrejambe, tandis qu'il danse avec Adeline. La vidéo postée sur le compte Instagram d'Adeline dans laquelle un papillon géant lui demande de la suivre et qu'elle se retrouve transportée dans une sorte de monde féerique par d'autres papillons, puis à franchir une porte pour arriver dans une pièce sombre où une Véronic DiCaire chante, ne laisse pas vraiment de doutes quant aux techniques du MK Ultra. Cette vidéo a été réalisée dans le cadre de l'émission "Chanteurs masqués". Adeline passe d'ailleurs son temps en tournée dans le monde, toujours accompagnée et bien souvent seule avec Maddripp qu'elle considère comme son "meilleur ami". À travers ses vidéos, elle est bien plus souvent entourée d'adultes que d'enfants, bien que Maddripp donne des cours à d'autres enfants, mais nomme Adeline son élève préférée. Son nom de scène qu'elle dit ne pas avoir choisi est "princess intimidate" et elle explique qu'elle rentre dans son personnage à chaque fois qu'elle fait du krump. (Petite pensée aux papillons cités plus haut...) On peut noter aussi son passage dans "La France a un incroyable talent" et cet homme en trans qui la trouve "vraiment intense" dans le jury. La question qu'on peut se poser, c'est que font les parents de cette enfant de 10 ans qui sait chanter, danser, jouer du piano, parler couramment plusieurs langues avec aucun accent, faire du skate, du snow... bref un enfant prodige, qui passe son temps en tournée et s'est retrouvée dans les JO de l'horreur, dans l'infâme parodie de la Cène, entourée de drag-queens qui vénèrent Baphomet. Et c'est là où ça devient intéressant. Les parents d'Adeline s'appellent Mandy et Francisco, sont circussiens et ne semblent pas avoir vraiment laissé le choix à leur fille de devenir célèbre à l'instar de Britney Spears ou encore Michael Jackson qui travaillaient des heures par jour comme c'est son cas. La gamine n'a que 10 ans et parle de jours de repos pour jouer avec ses barbies dans une interview... Adeline a d'ailleurs réalisé une performance à un évènement au Québec sur la musique "Hold me closer" de Britney Spears en duo avec Elton John. Intéressant d'ailleurs les paroles qui parlent de soirées bien arrosées dans des hôtels sombres et aussi de sexe. Adeline a concouru au JACKALOPE le samedi matin et était dans un avion pour le Mexique pour le tournage dès le samedi après-midi. Sa mère avait décidé que sa fille ferait de la danse quand elle était enceinte d'Adeline car elle avait assisté à un show de danse atypique. Le père, qui comme la mère, était du monde du spectacle lui a trouvé son fameux mentor Maddripp et a diffusé des vidéos de sa fille qui dansait du hip-hop et c'est aussi son père via un ami réalisateur, qui l'a fait jouer dans le film "Sit Still". Ça rappelle étrangement Lindsay Lohan dont les parents étaient du monde du spectacle et qui ont vécu une célébrité qu'ils n'ont pas eue par procuration à travers leur fille à qui ils ont fait tourner des publicités dès l'âge de 3 ans, puis l'ont fourguée à l'industrie pédo-Disney... elle tourne même une publicité âgée de 9 ans aux côtés de Bill Cosby, accusé de nombreux abus sexuels... Une pensée également pour Justin Bieber, dont la mère diffusait des vidéos où il chantait enfant dans l'espoir qu'il se fasse repérer. Puis idem, industrie Disney. À savoir que Mandy, la mère d'Adeline dit que sa fille est "réservée" pour des performances jusqu'en 2025 lors d'une interview... Quelle mère parlerait de "réservation" quant à son enfant ? Le père Francisco a déclaré à propos de sa fille Adeline et de cette proximité avec son mentor : "L'art transcende vraiment l'âge. Je peux regarder ma fille danser avec un homme de 50 ans et communiquer à travers la danse, cela n'a rien à voir avec l'âge." Le plus troublant, c'est que la mère d'Adeline est enseignante aujourd'hui. Les parents parlent d'amis que leur fille se fait durant ses tournées, sachant que ses "amis" sont quasi tous adultes. En tout cas, quand je vois cette enfant de 10 ans dans des vidéos ou photos, je ne ressens pas particulièrement de la joie mais plutôt l'inverse. Et comme le souligne Anneke Lucas, des enfants talentueux c'est bien, mais quand il y a autant de dons artistiques, il y aussi énormément de travail derrière en plus des tournées et bien trop pour une enfant de cet âge. Cela lui a tout de suite fait penser à l'entraînement intensif qu'on lui avait imposé à peu près au même âge pour la façonner à devenir une célébrité française et dont elle parle au cours de ses interviews, notamment celle que nous avions réalisée ensemble. Je rappelle qu'Anneke a enduré beaucoup de sessions MK Ultra. Pour ceux qui se demandent comment la petite Adeline s'est retrouvée aux JO : Maud Le Pladec et Jr Maddripp ont réalisé la chorégraphie d'Adeline pour le show "Silent Legacy" quand l'enfant avait 8 ans. Et Maud Le Pladec été choisie par Thomas Jolly en 2022 pour être la directrice de la danse des cérémonies des Jeux olympiques de Paris 2024 à ses côtés. ℨ𝔬𝔢 𝔖𝔞𝔤𝔞𝔫🐞 une pensée pour toi, car le parcours de cette enfant/papillon va probablement t'intéresser. J'en profite pour confirmer qu'il s'agit bien de son profil officiel et du dernier concernant Zoé Sagan. Je n'oublie pas que c'est son premier compte principal qui avait grandement aidé le mien à ses débuts. Interview effectuée ensemble avec Anneke Lucas : #MindControl #ContrôleMental #ChildrenLivesMatter #ChildSexTrafficking #MKUltra #JOParis2024

Claire Gabriel

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🇫🇷 Aujourd'hui, nous célébrons la fête nationale de Jeanne d'Arc et du patriotisme, créée en 1920 sur proposition de Maurice Barrès. En mai 1961, à Orléans, André Malraux prononçait un grand discours en hommage à Jeanne d'Arc : « Le Gouvernement a souhaité qu’aujourd’hui son représentant ne prenne la parole que pour un hommage à la seule figure de notre histoire sur laquelle se soit faite l’unanimité du respect. La fidélité qu’Orléans, Orléans seule, lui a témoignée à travers les siècles, a fait oublier que Jeanne d’Arc est l’objet d’une aventure unique : la tardive découverte de sa personne n’affaiblit pas sa légende, elle lui donne son suprême éclat. Pour la France et pour le monde, la petite sœur de saint Georges devint Jeanne vivante par les textes du procès de réhabilitation : par ses réponses de Rouen, par le rougeoiement sanglant du bûcher. Nous savons aujourd’hui qu’à Chinon, ici-même, à Reims, à la guerre, et même à Rouen, sauf pendant une seule et atroce journée, elle est une âme invulnérable. Ce qui vient d’abord de ce qu’elle ne se tient que pour la mandataire de ses voix : «Sans la grâce de Dieu, je ne saurais rien faire». On connaît la sublime cantilène de ses témoignages de Rouen : «La première fois, j’eu grand peur. La voix vint à midi ; c’était l’été, au fond du jardin de mon père... après l’avoir entendue trois fois, je compris que c’était la voix d’un ange... Elle était belle, douce et humble ; et elle me racontait la grande pitié qui était au royaume de France... Je dis que j’étais une pauvre fille qui ne savais ni aller à cheval ni faire la guerre... Mais la voix disait : “Va, fille de Dieu”...» Certes, Jeanne est fémininement humaine. Elle n’en montre pas moins, quand il le faut, une incomparable autorité. Les capitaines sont exaspérés par «cette péronnelle qui veut leur enseigner la guerre». La guerre ? Les batailles qu’ils perdaient et qu’elle gagne... Qu’ils l’aiment ou la haïssent, ils retrouvent dans son langage le «Dieu le veut» des Croisades. Cette fille de dix-sept ans, comment la comprendrions-nous si nous n’entendions pas, sous sa merveilleuse simplicité, l’accent incorruptible avec lequel les Prophètes tendaient vers les rois d’Orient leurs mains menaçantes, et leurs mains consolantes, vers la grande pitié du royaume d’Israël ? Avant le temps des combats, on lui demande : « Si Dieu veut le départ des Anglais, qu’a-t-il besoin de vos soldats ?» – «Les gens de guerre combattront, et Dieu donnera la victoire.» Ni saint Bernard ni Saint Louis n’eussent mieux répondu. Mais ils portaient en eux la chrétienté, non la France. Et à Rouen, seule devant les deux questions meurtrières : «Jeanne, êtes-vous en état de grâce ?» – «Si je n’y suis, Dieu veuille m’y mettre ; si j’y suis, Dieu veuille m’y tenir !» Et surtout la réponse illustre : «Jeanne, lorsque saint Michel vous apparût, était-il nu ?» – «Croyez-vous Dieu si pauvre qu’il ne puisse vêtir ses anges ?» Lorsqu’on l’interroge sur sa soumission à l’Eglise militante, elle répond, troublée, mais non hésitante : «Oui, mais Dieu premier servi !» Nulle phrase ne la peint davantage. En face du dauphin, des prélats ou des hommes d’armes, elle écarte le secondaire, combat pour l’essentiel. Depuis que le monde est monde, c’est le génie même de l’action. Et sans doute lui doit-elle ses succès militaires. Dunois dit qu’elle disposait à merveille des troupes et surtout l’artillerie, ce qui était peut-être plus surprenant que difficile. Car les Anglais devaient moins leurs victoires à l’intelligence très réelle, mais élémentaire de leur tactique, qu’à l’absence de toute tactique française, à la folle comédie à laquelle Jeanne semble avoir mis fin. Les batailles de ce temps étaient très lourdes pour les vaincus ; nous oublions trop que l’écrasement de l’armée anglaise à Patay fut de même nature que celui de l’armée française à Azincourt. Et le témoignage du duc d’Alençon interdit que l’on retire à Jeanne d’art la victoire de Patay, puisque sans elle, l’armée française se fût divisée avant le combat, et puisqu’elle seule la rassembla... C’était en 1429 – le 18 juin. «Avant tout, dit le Général de Gaulle, elle rétablit la confiance.» Dans ce monde où Ysabeau de Bavière avait signé à Troyes la mort de la France en notant seulement sur son journal l’achat d’une nouvelle volière, dans ce monde où le dauphin doutait d’être dauphin, la France d’être la France, l’armée d’être une armée, elle refit l’armée, le roi, la France. Il n’y avait plus rien : soudain, il y eut l’espoir – et, ici-même, par elle, les premières victoires, qui rétablirent l’armée. Puis – par elle, contre presque tous les chefs militaires –, le sacre, qui rétablit le roi. Parce que le sacre était pour elle la résurrection de la France, et qu’elle portait la France en elle de la même façon qu’elle portait sa foi. Après le sacre, elle est écartée, et commence la série de vains combats qui la mèneraient à Compiègne pour rien, si ce n’était pour devenir la première martyre de la France. Nous connaissons tous son supplice. Mais les mêmes textes qui peu à peu dégagent d’une nuit étoilée de fleurs de lys son image véritable, son rêve, ses pleurs, l’efficace et fraternelle autorité qu’elle partage avec les fondatrices d’ordres religieux, ces mêmes textes dégagent aussi, de son supplice, deux des moments les plus pathétiques de l’histoire de la douleur. Le premier est la signature de l’acte d’adjuration – qui reste d’ailleurs mystérieux. La comparaison du court texte français avec le très long texte latin qu’on lui faisait signer proclamait l’imposture. Elle signe d’une sorte de rond bien qu’elle ait appris à signer Jeanne. «Signez d’une croix.» Or, il avait été convenu entre elle et les chefs de guerre du dauphin que touts les textes de mensonge, tout les textes imposés, auxquels leurs destinataires ne devaient pas ajouter foi, seraient marqués d’une croix. Alors, devant cet ordre qui semblait dicté par Dieu même pour délivrer sa mémoire de ceux qui tenaient son corps en leur pouvoir, elle traça la croix de jadis, en éclatant d’un rire insensé... Le second moment est sans doute celui de sa plus affreuse épreuve. Si, tout au long du procès, elle s’en remit à Dieu, elle semble avoir eu, à maintes reprises, la certitude qu’elle serait délivrée. Et peut-être, à la dernière minute, espéra-t-elle qu’elle le serait sur le bûcher. Car la victoire du feu pouvait être la preuve qu’elle avait été trompée. Elle attendait, un crucifix fait de deux bouts de bois par un soldat anglais, posé sur sa poitrine, le crucifix de l’église voisine élevé en face de son visage au-dessus des premières fumées. (Car nul n’avait osé refuser la croix à cette hérétique et à cette relapse...) Et la première flamme vint, et avec elle le cri atroce qui allait faire écho, dans tous les cœurs chrétiens, a cri de la Vierge lorsqu’elle vit monter la croix du Christ sur le ciel livide. Après quoi, Jeanne ne prononça plus qu’un mot : Jésus. Alors, depuis ce qui avait été la forêt de Brocéliande jusqu’au cimetières de Terre- Sainte, la vielle chevalerie morte se leva dans ses tombes. Dans le silence de la nuit funèbre, écartant les mains jointes de leurs gisants de pierre, les preux de la Table Ronde et les compagnons de Saint Louis, les premiers combattants tombés à la prise de Jérusalem et les derniers fidèles du petit Roi Lépreux, toute l’assemblée des rêves de la chrétienté regardait, de ses yeux d’ombre, monter les flammes qui allaient traverser les siècles, vers cette forme enfin immobile, qui était devenue le corps brûlé de la chevalerie. «Comment vous parlait vos voix ?», lui avait-on demandé quand elle était vivante. «Elles me disaient : va, fille de Dieu, va, fille au grand cœur...» Ce pauvre cœur qui avait battu pour la France comme jamais cœur ne battit, on le retrouva dans les cendres, que le bourreau ne put ou s’osa ranimer. Et l’on décida de le jeter à la Seine, «afin que nul n’en fît des reliques». Car ce n’est pas seulement à Orléans, c’est dans la plupart des villes qu’elle avait délivrées qu’elle demeurait présente. Il était plus facile de la brûler que de l’arracher de l’âme de la France. Au temps où le roi l’abandonnait, les villes faisaient des processions pour sa délivrance. Puis le royaume, peu à peu, se rétablit. Rouen fut enfin reprise. Et Charles VII, qui ne se souciait pas d’avoir été sacré grâce à une sorcière, ordonna le procès de réhabilitation. A Notre-Dame de Paris, la mère de Jeanne, petite forme de deuil terrifiée dans l’immense nef, vient présenter le rescrit par lequel le pape autorise la révision. Autour d’elle, ceux de Domrémy qui ont pu venir, et ceux de Vaucouleurs, de Chinon, d’Orléans, de Reins, de Compiègne... Tout le passé revient avec cette voix que le chroniqueur appelle une lugubre plainte : «Bien que ma fille n’ait pensé, ni ourdi, ni rien fait qui ne fût selon la foi, des gens qui lui voulaient du mal lui imputèrent mensongèrement nombre de crimes. Ils la condamnèrent iniquement et...» La voix désespérée se brise. Alors, Paris, qui ne se souvient plus d’avoir jamais été bourguignonne, Paris redevenue soudain la ville de Saint Louis, pleure avec ceux de Domrémy et de Vaucouleurs, et le rappel du bucher se perd dans l’immense rumeur de sanglots qui monte au-dessus de la pauvre forme noire. L’enquête commence. Oublions, ah ! oublions le passage sinistre de ses juges comblés d’honneur, et qui ne se souviennent de rien. D’autres se souviennent. Long cortège, qui sort de la vieillesse comme on sort de la nuit... Un quart de siècle a passé. Les pages de Jeanne sont des homes mûrs ; ses compagnons de guerre, son confesseur ont les cheveux blancs. Ici débute, non le mythe, mais la mystérieuse justice que l’humanité porte au plus secret de son cœur. Cette fille, tous l’avaient connue, ou rencontrée, pendant un an. Et ils ont eux aussi oublié beaucoup de choses, mais non la trace qu’elle a laissée en eux. Le duc d’Alençon l’a vue une nuit s’habiller, quand, avec beaucoup d’autres, ils couchaient sur la paille : «Elle était belle, dit-il, mais nul n’eût osé la désirer.» Devant le scribe attentif et respectueux, le chef de guerre tristement vainqueur se souvient de cette minute, il y a vingt-sept ans, dans la lumière lunaire... Il se souvient aussi de la première blessure de Jeanne. Elle avait dit : «Demain, mon sang coulera, au-dessus du sein.» Il revoit la flèche transperçant l’épaule. Sortant du dos, Jeanne continuant le combat jusqu’au soir, emportant enfin la bastille des Tourelles... Revoit-il le sacre ? Avait-elle cru faire sacrer Saint Louis ? Hélas ! mais, pour tous les témoins, elle est la patronne du temps où les hommes ont vécu selon leurs rêves et selon leur cœur, et depuis le duc jusqu’au confesseur et à l’écuyer, tous parlent d’elle comme les Rois Mages, rentrés dans leurs royaumes, avaient parlé d’une étoile disparue... De ces centaines de survivants interrogés, depuis Hauviette de Domrémy jusqu’à Dunois, se lève une présence familière et pourtant unique, joie et courage, Notre-Dame la France avec son cocher tout bruissant des oiseaux du surnaturel. Et lorsque le XIXe siècle retrouvera ce nostalgique reportage du temps disparu, commencera, des années avant la béatification, la surprenante aventure : bien qu’elle symbolise la patrie, Jeanne d’Arc, en devenant vivante, accède à l’universalité. Pour les protestants, elle est la plus célèbre figure de notre histoire avec Napoléon ; pour les catholiques, elle sera la plus célèbre sainte française. Lors de l’inauguration de Brasilia, il y a quatre ans, les enfants représentèrent quelques scènes de l’histoire de France. Apparut Jeanne d’Arc, une petite fille de quinze ans sur un joli bûcher de feu de Bengale, avec sa bannière, un grand bouclier tricolore et un bonnet phrygien. J’imaginais, devant cette petite République, le sourire bouleversé de Michelet ou de Victor Hugo. Dans le grand bruit de forge où se forgeait la ville, Jeanne et la République étaient toutes deux la France, parce qu’elles étaient toutes deux l’incarnation de l’éternel appel à la justice. Comme les déesses antiques, comme toutes les figures qui leur ont succédé, Jeanne incarne et magnifie désormais les grands rêves contradictoires des hommes. Sa touchante image tricolore au pied des gratte-ciel où venaient se percher les rapaces, c’était la sainte de bois dressée sur les route où les tombes des chevaliers français voisinent avec celles des soldats de l’An II... Ô seule figure de victoire qui soit aussi une figure de pitié ! Le plus mort des parchemins nous transmet le frémissement stupéfait des juges de Rouen lorsque Jeanne leur répond : «Je n’ai jamais tué personne.» Ils se souviennent du sang ruisselant sur son armure : ils découvrent que c’est le sien. Il y a trois ans, à la reprise d’Antigone, la princesse thébaine avait coupé ses cheveux comme elle, et disait, avec le petit profil intrépide de Jeanne, la phrase immortelle : «Je ne suis pas venue pour partager la haine mais pour partager l’amour.» Le monde reconnaît la France lorsqu’elle redevient pour tous les hommes une figure secourable, et c’est pourquoi il ne perd jamais toute confiance en elle. Mais dans la solitude des hauts-plateaux brésiliens, Jeanne d’Arc apportait à la République de Fleurus une personne à défaut de visage, et la mystérieuse lumière du sacrifice, plus éclatante encore lorsqu’elle est celle de la bravoure. Ce corps rétracté devant les flammes avait affreusement choisi les flammes ; et pour le brûler, le bûcher dut aussi brûler ses blessures. Et depuis que la terre est battue de la marée sans fin de la vie et de la mort, pour tous ceux qui savent qu’ils doivent mourir, seul le sacrifice est l’égal de la mort. Ô Jeanne sans sépulcre, toi qui savais que le tombeau des héros est le cœur des vivants, regarde cette vile fidèle ! Jeanne sans portrait, peu importent tes vingt mille statues, sans compter celles des églises : à tout ce pour quoi la France fut aimée, tu as donné ton visage inconnu. Que les filles d’Orléans continuent à t’incarner tour à tour ! Toutes se ressemblent, toutes te ressemblent, lorsqu’en des temps difficiles comme celui- ci, elles expriment la fermeté, la confiance et l’espoir. »

🇫🇷 Gaullisme ☨

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🚨📣 Pourquoi les POLITIQUES, ÉDITEURS, PHILOSOPHES, MÉDIAS, INTELLECTUELS, ÉLITES, JOURNALISTES et cette CASTE ont-ils protégé #Matzneff pendant des DÉCENNIES de ses pratiques PÉDOCRIMINELLES en toute IMPUNITÉ ? Francesca Gee vous le révèle dans son livre « Le SCANDALE du CONSENTEMENT » que je viens de terminer. Une BOMBE avec des révélations fracassantes‼️ Victime de Matzneff, Francesca a été la TOUTE PREMIÈRE à le dénoncer. Lire Francesca, c’est entendre une voix qu’on a longtemps étouffée, méprisée. C’est un acte de JUSTICE. Ce n’est pas un livre que l’on referme comme les autres. L’ampleur de SCANDALES RÉVOLTANTS se dévoile page après page. Souvenez-vous : « Il est interdit d’interdire ». C’est là que tout a basculé. Sous prétexte de liberté, leur plan diabolique a été lancé : PROMOUVOIR la pédophilie… Francesca ne se contente pas de témoigner. Elle EXPOSE. Elle NOMME. Elle DÉMONTE. Elle RÉTABLIT. Elle DÉRANGE. Elle met en lumière un système de protection de la prédation. Une TRAHISON COLLECTIVE, celle d’un monde littéraire, médiatique, judiciaire et politique. Une idéologie si profondément enracinée qu’on entend dans leurs cercles des phrases comme celle-ci : « Vice is nice but incest is best, because it stays in the family » (Le vice, c’est bien, mais l’inceste, c’est mieux, ça reste en famille - Natalie Rheims, famille Rothschild). TOUT est DIT Il FAUT LIRE ce livre. Pas juste pour vous divertir, mais pour COMPRENDRE ce que d’autres ont voulu ignorer. Entendre ce qu’on a voulu étouffer. La VÉRITÉ doit enfin TRIOMPHER, et avec elle, la JUSTICE. En 1977, 69 personnalités signèrent une pétition pour défendre trois pédocriminels, un fait MAJEUR du Scandale du Consentement, dont Gabriel Matzneff, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Bernard Kouchner, Jack Lang, Roland Barthes, Gilles Deleuze, Louis Aragon, Philippe Sollers, et d’autres. Sous couvert de liberté, ils ont imposé l’idée MONSTRUEUSE d’un CONSENTEMENT chez l’ENFANT. Le POISON du consentement forcé a commencé à se diffuser lentement, méthodiquement… 📣 On n’a pas effacé Matzneff pour ses crimes mais parce que ses CARNETS exposaient TOUT. Parce qu’il y écrivait les noms, les connexions, et surtout le RÉSEAU qu’on veut garder caché. 👏💯 BRAVO et MERCI Francesca🙏. À vous TOUS qui vous croyiez INTOUCHABLES, j’espère que la JUSTICE vous rattrapera SÉVÈREMENT… ⚠️ Au passage, rendons grâce à Bernard-Henri Lévy, Olivier Nora et tous ceux qui ont persécuté Francesca avec tant d’acharnement. Sans eux, cette enquête n’aurait peut-être jamais vu le jour… 🔹 Michel Barzac, ancien ministre de la Santé, prescrivait la pilule aux maîtresses mineures de Matzneff, et plus encore… 🔹 Christophe Girard invitait Matzneff à dîner aux frais du contribuable et finançait les notes de son hôtel via la Société Saint-Laurent. Il a renoncé à ses fonctions après des accusations d’agression sexuelle portées par Aniss Hmaïd, un mineur, suite à l’enquête du New York Times. 🔹 Même l’histoire familiale de Matzneff, marquée par des « rumeurs » de trahison pendant la II Guerre mondiale, de franc-maçonnerie… en dit long sur les zones d’ombre qu’il intègre dans ses récits autobiographiques. 🔹Francesca Gee évoque des noms marquants, comme Pierre Bergé, Yves Saint-Laurent, François Pinault, et d’autres figures influentes. Mais attention, il y a bien plus à découvrir… Et d’autres questions surgissent… Qui était vraiment Matzneff ? Quel lien avait-il avec le père de Francesca ? Étaient-ils tous deux des AGENTS d’un système bien plus vaste ? 📌 Note : En 2020, le premier témoignage de Francesca Gee à visage découvert est publié dans le New York Times sous le titre « Longtemps contrainte au silence, la victime d’un écrivain pédophile témoigne enfin ». L’année suivante, elle publie son premier livre, « L’Arme la plus meurtrière ». ♦️Montage vidéo 🎥 réalisé par mes soins. 🇺🇸🦅🇫🇷 Sylvia Miami 🔴 Tous mes liens ✅ #sylviamiami #News #France

Sylvia Miami

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AUJOURD’HUI UNE FOULE ! DEMAIN UN PEUPLE ? SOUTENIR LE Dr MICHEL PROCUREUR AVANT LE VERDICT DU 11 MAI 0:10 Sortie de comparution, le 9 mars, 400 personnes avec le Dr Michel Procureur À la tribune: • 2:11 Dr Michel Procureur • 4:06 Dr Louis Fouché • 7:31 Élodie Casaubieilh, infirmière, et Dr Jean-Philippe Labrèze Michel Procureur avec: • 11:15 Les parents d’un jeune homme, décédé suite au "vaccin" • 12:22 Alain Maupas, père de Mélanie, et Mathieu Dubois d’AAVIC TEAM • 13:43 Les Drs Patrice Pezet, Eric Loridan, Isabelle Lagny 15:31 Dialogue entre 2 soignants, 2 combats complémentaires, Élodie Casaubieilh & Marc Heinrich du Syndicat Liberté Santé • SLS🕊️ & d’On a eu not' dose ! 📌 COMPTE-RENDU DE L’AUDIENCE DU 9 MARS & ÉDITORIAL « Au nom du peuple », c’est ainsi que la justice est rendue en France. En théorie, c’est beau et idéal. En pratique, c’est plus compliqué. Pour que des juges puissent juger au nom du peuple et le peuple se reconnaître dans ses juges et aussi reconnaître l’autorité de leurs jugements, il faut que tous, juges et peuple, soient bien informés. Le sont-ils toujours ? Le sont-ils dans ce procès où un médecin a eu le courage de se dresser par ses actes contre une loi – la loi du 5 août 2021 – issue de mensonges scientifiques et d’un mépris politique bafouant plusieurs textes fondamentaux (Code de la santé publique, Convention d’Oviedo, Code de Nuremberg…)? Nul doute que les magistrats connaissent parfaitement le droit, mais ont-ils exploré et compris le terrain politique et scientifique, ce terrain miné où la loi du 5 août les entraîne ? Sont-ils armés scientifiquement et politiquement pour déjouer à la fois les mensonges de l’État et comprendre la science que cet État a scandaleusement truquée et instrumentalisée ? Vont-ils juger un symptôme, le cas du Dr Michel Procureur, ou vont-ils comprendre la maladie ? Vont-ils juger la surface ou la réalité ? Que s’est-il passé le 9 mars ? J’ai assisté pour BAM! à l’audience. Ce qui s’y est dit est très important. Voici le compte-rendu. 14h. La grande salle (photo à 4:22) du tribunal de la Roche-sur-Yon est pleine. Trois procès cet après-midi. Le premier vite expédié, reporté à une date ultérieure. Le deuxième, un jeune homme violent qui a frappé sa mère. Sur les soixante places de la salle pleine, une cinquantaine sont occupées par les soutiens du Dr Michel Procureur. Le reste, par la famille du deuxième procès. Le balcon, par des lycéens en sortie scolaire. Avant de comparaître à la barre, Michel est assis au 1er rang, entre son épouse et Élodie Casaubieilh, infirmière. Comme Michel, Élodie a délivré des faux pass vaccinaux. Comme lui, elle a été dénoncée. Elle par ses deux collègues, lui par un pharmacien. Dans la salle, il y a des médecins comme le Dr Louis Fouché, des soignants comme Eric Mercier, des ex-suspendus, des membres de leurs collectifs et associations, COLLECTIF SANTÉ MAUGES, SYNDICAT LIBERTÉ SANTÉ, SOLIDEKLA… Il y a bien sûr plusieurs associations de victimes des injections covid, AAVIC-Team, VIAC19, ON A EU NOT’ DOSE. Mathieu Dubois et Alain Maupas, président et vice-président d’AAVIC-Team, s’apprêtent à témoigner. À leurs côtés, d’autres victimes et familles de victimes, Dominique et Martine Baudinaud, Danièle, Mallorie, Émilie qui a traversé la France pour venir, malgré les séquelles de quatre AVC dûs aux injections Pfizer… Que les centaines de soutiens restés dehors me pardonnent de ne pas tous les citer. 15h. Le procès de Michel Procureur commence. Lecture des chefs d’accusation: « escroquerie » pour avoir délivré 89 faux pass vaccinaux et pour avoir exercé plusieurs mois en n’étant pas lui-même vacciné anti-covid. Contre Michel Procureur: - cinq CPAM départementales qui lui réclament un total de 250 mille € - l’État qui, par la voix de la procureure, demande 50 mille € d’amende. La juge, présidente du tribunal, donne d’abord la parole à Michel Procureur. MICHEL PROCUREUR Il commence, la juge l’interrompt aussitôt. Plusieurs fois il reprend, plusieurs fois elle l’interrompt. Veut-elle le déstabiliser ou lui donner l’occasion de ne laisser aucune zone d’ombre? Malgré ces interruptions, malgré son émotion que toute la salle ressent, Michel Procureur ne perd pas le fil. De sa voix douce mais ferme, il dit son respect des lois, jamais il n’est s’est senti au-dessus d’elles. Ses raisons pour faire des faux pass vaccinaux? Le Dr Procureur explique. Trop de jeunes de la région sont morts subitement juste après leur "vaccination"-covid, comme Anthony Rio, 24 ans, étudiant en médecine, dont le cas a été médiatisé. D’autres sont morts en silence ou sont devenus gravement malades: maladies neurologiques comme la maladie de Charcot; maladies cardio-vasculaires, myocardites, infarctus; cancers atypiques, foudroyants… Lorsque la fille de Michel Procureur, soignante, lui a dit qu’elle allait devoir se faire vacciner, il a eu peur pour elle. Michel Procureur : « Enfant, ma mère me disait "si tu es en danger, je me jette au feu pour toi". J’ai ressenti la même chose pour ma fille. » Après son 1er faux pass vaccinal, des soignants ou des patients, sont venus à lui aux abois, pris en tenaille entre: - d’une part, l’obligation vaccinale officielle ou implicite, à laquelle ils devaient se soumettre au risque de ne plus pouvoir nourrir leur famille - d’autre part, la peur de ces faux vaccins, vraies injections géniques, dont la dangerosité et l’inefficacité étaient déjà manifestes à l’époque. C’est ainsi que, confronté à ces situations extrêmes, le Dr Procureur a délivré d’autres faux pass. Michel Procureur : « La vaccination est un acte irrémédiable. Si la dangerosité d’un produit insuffisamment testé est finalement avérée, on ne peut pas dévacciner. » La juge : « On ne vous reproche pas votre opinion sur ces vaccins, on vous reproche d’être resté dans le système, d’avoir menti. Certains de vos collègues ont choisi de ne pas vacciner, ni de se faire vacciner, pourquoi n’avez-vous pas fait comme eux ? » À aucun moment, la juge ne prononce le mot « suspendus » pour qualifier les soignants que la loi du 5 août 2021 a privés de droits, les traitant plus bas que des assassins ou des violeurs. Pourquoi donc la juge ne peut-elle prononcer le mot « suspendus » ? Comment perçoit-elle en son for intérieur la loi du 5 août? Calmement, Michel Procureur répond à sa question. Il dit l’évidence. Comme médecin, il ne pouvait pas abandonner ses patients. Surtout dans une zone où les médecins sont rares, où il était un des deux seuls ORL pour 100 mille habitants. Abandonner signifiait laisser des malades sans soins. Bien entendu, il n’a rien demandé en échange des 89 faux pass, pas même le prix d’une consultation. Michel Procureur : « Bien sûr, dès le début, j’avais réfléchi à toutes les options si je refusais cette injection: - prendre ma retraite - me laisser suspendre - fermer provisoirement le cabinet - partir en Belgique. Dans tous les cas, j’abandonnais mes patients. Mais je ne me résolvais pas à les abandonner. Ni eux, ni tous ces gens que je voyais tenaillés par l’angoisse. Je devais rester auprès d’eux et secourir comme je pouvais » La juge donne alors la parole à la procureure, qui ne pose qu’une seule question: « Combien de soignants suspendus en France? » Michel Procureur: « 15 mille, je crois. » Michel est resté prudent, c’est en réalité beaucoup plus si on compte toutes les situations impactées. La procureure n’a donc posé qu’une seule question. On a tous compris. Elle tente d’opposer Michel aux « 15 mille » suspendus. Vaine tentative. Car n’est pas 1 CONTRE 15 mille. Mais beaucoup AVEC beaucoup. Vous découvrirez un jour, Madame, que beaucoup de soignants, beaucoup plus que vous ne l’imaginez, ont délivré des faux pass vaccinaux. La plupart, comme Michel, en leur âme et conscience et sans motifs vénaux. Mais, eux, n’ont été ni repérés ni dénoncés. Aujourd’hui, certains continuent d’œuvrer dans l’ombre et soigner comme ils peuvent les malades, victimes de ces "vaccins" forcés. Un jour, ils sortiront à la lumière. La vérité prévaudra. Et je vous laisse imaginer qui remplira ce jour-là les bancs des accusés. Peut-être même serez-vous alors face à eux, la voix d’un État qui aura finalement retrouvé ses esprits, retrouvé ce qu’il était censé demeurer, l’émanation d’un peuple informé, lucide, libre et souverain. D’ici-là, ni vous ni personne ne parviendrez pas à opposer les soignants suspendus, résistants à ciel ouvert, aux soignants qui ont continué dans le secret à sauver ce qui pouvait l’être. Car ces deux formes de résistance ne s’opposent pas, elles se complètent. Ensemble, elles sauvent l’honneur. L’une sauve les principes et le droit, l’autre la pratique et la continuité du soin prodigué malgré tout. Pour comprendre, regardez l’échange après l’audience, entre Élodie Casaubieilh, infirmière qui a délivré des faux pass, et Marc Heinrich, infirmier suspendu, à 15:31 dans la vidéo ci-jointe. LES TÉMOINS Ils sont trois, Mathieu Dubois, Alain Maupas, le Dr Florence Lair. MATHIEU DUBOIS Mathieu Dubois s’avance lentement vers la barre, s’appuyant sur sa béquille, le corps neurologiquement marqué depuis la dose de Moderna injectée en 2021, à l’âge de 36 ans. Par dignité, il s’efforce de marcher droit, de ne rien laisser paraître de la douleur qui le traverse à chaque pas. Mathieu témoigne en son nom et au nom des 1000 victimes post-vaccin-covid et covid long d’AAVIC-Team, l’association qu’il préside et qu’il a cofondée avec la famille Maupas. Depuis presque trois ans, j’ai souvent entendu Mathieu parler en public. Il touche les gens car il parle avec le cœur. Aujourd’hui, il est tout aussi spontané que d’habitude, mais la solennité de l’instant lui donne une vibration particulière. Avec des mots simples, il raconte les souffrances endurées quotidiennement par lui et les victimes qu’il représente. Mathieu Dubois: « J’avais une belle vie, le vaccin l’a brisée. Je faisais du sport, maintenant j’ai besoin d’une béquille. J’avais un travail que j’aimais [conducteur de bus à Moulins], je ne l’ai plus, je suis en invalidité… Avec tout le respect que je vous dois, Madame la présidente, je tiens à dire bravo au Docteur Michel Procureur pour le courage qu’il a eu et pour tout ce qu’il a fait. Si j’avais rencontré le Docteur Procureur avant l’injection, ma vie ne serait pas brisée. Si les membres de notre association avaient rencontré des médecins comme lui, nous aurions encore nos vies. Comprenez, Madame la présidente, pour nous chaque jour est une épreuve faite de douleurs physiques et de brouillard mental. Michel Procureur a évité à des gens de souffrir comme nous souffrons aujourd’hui. Alors, je lui dis merci d’être ce qu’il est. » La juge se tourne vers la procureure. Elle se tait, aucune question. Seul Maître Franck Marcault-Derouard, l’avocat de Michel Procureur, questionne le témoin. Il lui fait préciser chiffres et données, afin de faire ressortir le sérieux de l’association AAVIC-Team et le travail des scientifiques chevronnés qui l’accompagnent. Après Mathieu, Alain. ALAIN MAUPAS Mélanie Maupas, la fille d’Alain, est décédée 14 jours auparavant. Elle avait 37 ans. Ses funérailles ont rassemblé une foule aussi importante que celle d’aujourd’hui venue soutenir Michel. Alain raconte la vie de Mélanie, la vie d’avant. Une vie heureuse… Et puis les doses de Pfizer en 2021. Et aussitôt la maladie, d’abord les doigts puis peu à peu tout le corps… L’errance médicale… Le mépris de certains médecins « c’est dans vot’ tête, prenez des antidépresseurs »… Et puis finalement le diagnostic. Terrible, annoncé avec une désinvolture encore plus terrible. Sclérose latérale amyotrophique, SLA, dite "maladie de Charcot"… Des souffrances de plus en plus fortes… La paralysie progressive… Une mort certaine à court terme. Après de multiples examens, d’errances encore et encore, des médecins ont dû reconnaître que la cause ne pouvait être que vaccinale. Alors certaines langues médicales se sont déliées et ont dit en privé ce qu’elles ne disent pas encore en public. En respectant leur anonymat, Alain rapporte ce que ces spécialistes et chefs de service renommés, parmi ceux qui ont surmonté leur déni, lui ont confié, l’augmentation du nombres de malades qu’ils ont constatée depuis 2021. Par exemple, les SLA chez les jeunes, auparavant rarissimes et inexistantes hors cause génétique, devenues courantes depuis l’injection. Condamnée à mort, Mélanie ne s’est pas laissée aller. Tant qu’elle a pu, elle s’est battue pour les autres. Avec Mathieu Dubois, avec Alain, avec son frère, elle a fondé AAVIC-Team, aujourd’hui une des principales associations de victimes des injections covid en Europe. Alain raconte les années de douleurs et de combats de Mélanie. La juge, qui en début d’audience avait demandé d’aller vite, n’ose pas l’interrompre. Parfois Alain est submergé par des montées de larmes. Il se reprend aussitôt. Il veut aller au bout, faire revivre sa fille, ici dans ce lieu froid et angulaire. Il y parvient. Mélanie est là. L’aura ? Alain Maupas: « Si Mélanie avait rencontré un médecin comme Michel avant l’injection, elle serait vivante aujourd’hui. Pfizer et l’État ont tué ma fille. Michel Procureur a sauvé des vies. Vous savez, parfois je rêve que… Je rêve qu’il sauve aussi ma Mélanie.» Alain quitte la barre. Le silence dans la salle est absolu. Aucun murmure, aucun geste, tout est figé. La juge se tait un moment, avant d’appeler le 3ème et dernier témoin. LE DR FLORENCE LAIR Radiologue renommée, présidente de Solidekla « association d’aide à la déclaration à la pharmacovigilance des effets indésirables survenus suite à l’injection des vaccins anti-covid ». En écoutant le Dr Lair, on comprend à quel point il est difficile pour une victime ou pour un généraliste surmené, de déclarer des effets secondaires, tant la déclaration est lourde et compliquée. Les médecins et soignants de Solidekla leur apportent leur expérience. C’est une équipe courageuse, mais pas assez nombreuse vu l’ampleur de la tâche. On comprend aussi, à travers les questions que Maître Marcault-Derouard pose au Dr Lair, à quel point ces pseudo vaccins ont fait des dégâts, bien plus que tout autre vaccin ou médicament. Malgré l’omerta et le déni officiel du corps médical, malgré les « c’est dans vot’ tête » pour empêcher de faire le lien avec les "vaccins"-covid, leur nombre de déclarations d’effets secondaires graves est supérieur à celui de tous les autres vaccins réunis, de toutes les maladies, sur plusieurs décennies, dans les pays occidentaux où les chiffres sont transparents, et que Maître Marcault-Derouard cite. On n’ose imaginer le bilan ici, le jour où les freins seront enlevés, les chiffres rendus publics, la vérité officialisée. Après les témoins, deux batailles d’arguments. 1. CPAM vs DÉFENSE La représentante des caisses primaires d’allocation maladie de 5 départements (Vendée, Maine-et-Loire, Loire-Atlantique, Deux-Sèvres, Charente-Maritime) réclame 250 mille € au Dr Procureur. C’est l’addition scrupuleuse de tous les soins prescrits et remboursés par les CPAM aux patients ORL du Dr Michel Procureur, pendant les mois où il a exercé sans être lui-même vacciné anti-covid. Étonnements dans la salle quand on entend que la plupart des montants sont ceux payés 1) aux pharmacies pour les traitements prescrits 2) aux hôpitaux et cliniques pour les examens prescrits (IRM, etc…). Le montant des consultations payées au Dr Procureur étant marginal dans la somme réclamée par les CPAM. L’avocat de Michel Procureur n’a aucun mal à démontrer l’absurdité de cette demande. Michel Procureur était un ORL expérimenté et reconnu pour sa compétence, les traitements et examens prescrits ont réellement été administrés et réalisés. Ils étaient nécessaires et justifiés – ce que les CPAM ne contestent même pas ! –, ils ont réellement soigné et guéri des patients, en échange de paiements réellement encaissés par des hôpitaux et pharmacies. 2. ÉTAT vs DÉFENSE Après un mot de compassion pour les victimes qui ont témoigné, la procureure développe son argument: en délivrant des faux pass et en s’étant lui-même faussement déclaré vacciné, Michel Procureur a menti, produit des faux et enfreint la loi du 5 août 2021, relative à l’obligations vaccinale des soignants. La réponse et la plaidoirie de l’avocat montrent les contradictions et les fragilités de l’accusation: • La loi du 5 août 2021 est entrée en conflit avec le serment d’Hippocrate et ses traductions légales dans le Code de la santé publique et dans le Code pénal, qui prévoient que le médecin est tenu de protéger ses patients, d’assurer la continuité des soins. Et, avant tout, de ne prendre aucun risque qui pourrait leur nuire, « primum non nocere ». Or, dans le contexte de 2021, que le temps confirme, la Dr Procureur avait toutes les raisons de penser que les "vaccins" anti-covid pouvaient être dangereux car: - la loi du 5 août ne s’appuyait pas sur un consensus scientifique; contrairement aux assertions mensongères du gouvernement, beaucoup de scientifiques français et internationaux lançaient l’alerte contre ces injections - des jeunes en bonne santé mourraient à peine vaccinés - la loi s’appuyait sur un autre mensonge gouvernemental, les "vaccins" anti-covid n’empêchent pas la transmission, Pfizer lui-même l’admet, l’EMA (European Medecines Agency) elle-même le reconnaît - les "vaccins" anti-covid étaient des produits expérimentaux puisque aucune étude de phase 3 n’était achevée, contrairement à ce que prétendait le gouvernement en un énième mensonge. • Cette loi mettait le Dr Procureur dans un dilemme: obéir à une loi basée sur du faux et des mensonges ou veiller à la santé de ses patients, en ne les abandonnant pas et en secourant ceux qui risquaient une exclusion sociale tragique pour eux et leur famille. • Aucun patient du Dr Procureur n’a été lésé par lui • En délivrant les 89 faux pass, il n’a tiré aucun bénéfice pécuniaire • Son cas dépasse le strict cadre judiciaire, il s’étend sur les champs politique, scientifique, sociologique, sociétal… C’est précisément dans ce genre de cas que la justice a une marge et peut remplir son rôle de contre-pouvoir. En conséquence, Maître Marcault-Derouard demande la relaxe de Michel Procureur. Verdict le 11 mai 2026. - AU NOM DU PEUPLE ? Au citoyen dans l’erreur qui dit « je ne savais pas », on répond « nul n’est censé ignorer la loi. » Aux magistrats susceptibles de dire un jour « je ne savais pas », que répondra-t-on? Ils connaissent la loi. Mais connaissent-ils la réalité quand la loi est issue d’un mensonge qui occulte cette réalité? Que peut leur demander le peuple au nom duquel ils sont censés juger? « Nul magistrat n’est censé ignorer la réalité » ? Depuis 2020 et la "crise" covid, l’institutionnalisation du mensonge contamine nos sociétés occidentales. La loi du 5 août 2021, basée sur plusieurs mensonges gouvernementaux, comme l’a bien montré l’avocat de Michel Procureur, et violant tant d’autre textes fondateurs de l’État de droit, dans un contexte de « secret défense » abusif, de censure et de manipulations politico-médiatiques, est un parfait exemple du mensonge institutionnalisé. Quand une loi escroque toute la population, quand elle lui fait quitter l’État de droit, peut-on durablement accuser d’« escrocs » ceux qui, par devoir, lui résistent? Depuis 2020, tant de lanceurs d’alertes, de scientifiques de renoms, de médecins courageux, d’avocats chevronnés, de citoyens éclairés, d’associations, de médias citoyens dont nous sommes… ont produit les preuves montrant cette institutionnalisation du mensonge. Nous n’allons pas étaler la longue liste de preuves ici, tout a été dit et publié depuis 6 ans, trouvable par qui veut trouver. Un seul exemple cependant, le plus récent document d’importance, rendu public fin avril 2026 par VERITY France: + + Ce sont les contrats que la Commission européenne a signé avec Pfizer et qu’elle refusé de rendre public au mépris de ses propres lois-règlements, au mépris d’injonctions de justice. En les lisant, on comprend pourquoi. Ces contrats révèlent l’ampleur du mensonge. C’est au-delà de la corruption. C’est une forme de coup d’État. Des dirigeants transnationaux, non élus, ont confisqué la théorique souveraineté du peuple, se sont même affranchis des formes de légalité européennes qu’ils sont censés respecter, se sont livrés aux puissances de l’argent. Ces contrats représentent 71 milliards d’€ d’argent public pour des produits déjà soupçonnés à l’époque d’être inefficaces et dangereux et prouvés maintenant comme tels. La voilà la véritable escroquerie ! La partie du peuple consciente de cette escroquerie sans précédent, et de ses ramifications, grandit de jour en jour. Avec elle, la défiance actuelle envers le pouvoir politique va se transformer en… En quoi ? Imaginez ce qui adviendra lorsque la vérité sortira au grand jour et sera connue de tous. Entre le peuple et le pouvoir judiciaire, il n’y a pas encore le même niveau de défiance qu’avec les pouvoirs politique, financier, médiatique. Il reste encore un relatif degré de confiance. Car l’ampleur du mensonge et de l’abus a été telle, qu’on peut encore admettre que beaucoup de magistrats aient eux-mêmes été abusés par ces six ans de vaste escroquerie. Alors « nul magistrat n’est censé ignorer la réalité »? Laissons une marge bienveillante et disons: « nul magistrat n’est censé ignorer la réalité indéfiniment. » En somme, jusqu’à quand pourra-t-on entendre les « je ne savais pas »? Pas indéfiniment. Six ans sont passés depuis 2020. Peut-être est-il temps de vouloir savoir. Informez-vous. C’est possible. Affranchissez-vous des peurs et des mensonges, des routines et des conforts. C’est nécessaire. Et puis, comme Michel Procureur, n’oubliez pas votre conscience. Écoutez-la. La vérité s’y trouve. — Texte et reportage vidéo par Michel Caulea pour BAM!

BAM!

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🇺🇦🇺🇸🇪🇺 Zelensky a prononcé à Davos un discours HISTORIQUE. Il dénonce la passivité européenne face à la guerre russe et de manquer de volonté politique pour défendre l’Europe, laissant Washington définir le cadre de la sécurité. Voici ses thèses clés — à lire impérativement. ▪️Si des navires russes naviguent librement autour du Groenland, l’Ukraine peut aider. Ils peuvent couler près du Groenland comme ils ont coulé près de la Crimée. ▪️ Tout le monde se souvient du film Un jour sans fin avec Bill Murray et Andie MacDowell. C’est exactement ainsi que nous vivons aujourd’hui. C’est notre vie. ▪️ Il y a un an, j’ai conclu mon discours à Davos en disant : « L’Europe doit savoir comment se défendre. » Un an a passé. Rien n’a changé. ▪️ Chaque année apporte quelque chose de nouveau pour l’Europe et le monde. Toute l’attention est aujourd’hui tournée vers le Groenland. Et l’on voit bien que la plupart des dirigeants ne savent tout simplement pas quoi faire. ▪️ Beaucoup attendent que l’Amérique « se calme », en espérant que tout passera. Et si ce n’était pas le cas ? Que ferait-on alors ? ▪️ On a beaucoup parlé des manifestations en Iran. Elles ont été noyées dans le sang. Le monde n’a pas assez aidé le peuple iranien, il est resté à l’écart. En Europe, c’était Noël et le Nouvel An. ▪️ Quand les responsables politiques sont revenus au travail, l’ayatollah avait déjà fait tuer des milliers de personnes. Si un régime survit ainsi, quel signal cela envoie-t-il ? Tuez suffisamment de gens et vous resterez au pouvoir. ▪️ Au Venezuela, le président Trump a mené une opération et Maduro a été arrêté. Les avis divergeaient, mais le fait demeure : Maduro est poursuivi à New York. Poutine, lui, ne l’est pas. ▪️ Cet homme, à la quatrième année de la guerre, non seulement n’est pas arrêté : il se bat encore pour récupérer son argent en Europe. Et il obtient même certains succès. ▪️ Aujourd’hui, c’est Poutine qui décide de l’usage des avoirs gelés, et non ceux qui ont l’autorité de le punir pour cette guerre. ▪️ Heureusement, l’UE a décidé de geler les avoirs russes pour une durée indéterminée, et j’en suis reconnaissant. Mais lorsqu’il a fallu les utiliser pour se défendre contre l’agression russe, la décision a été bloquée. ▪️ À cause de la position des États-Unis, des responsables évitent aujourd’hui le tribunal international. Pour l’Amérique, c’est une position historique. Mais il n’y a toujours aucun progrès dans la création d’un tribunal pour l’agression russe. ▪️ Qu’est-ce qui manque : du temps ou de la volonté politique ? Trop souvent en Europe, autre chose est jugé plus urgent que la justice. ▪️ Je suis reconnaissant pour la « Coalition des volontaires ». Merci, Keir. Merci, Emmanuel. Merci à tous les dirigeants de notre coalition. Nous devons tout faire pour que cette coalition devienne une « Coalition de l’action ». ▪️ L’état d’esprit est très positif. Mais — il y a toujours un « mais » — le soutien du président Trump est nécessaire, et sans les États-Unis, les garanties de sécurité ne fonctionnent pas. ▪️ Mais qu’est-ce qu’un cessez-le-feu ? Qui aidera à le rendre possible ? L’Europe aime discuter de l’avenir, mais évite d’agir dans le présent. Or ce sont les actions présentes qui déterminent l’avenir. ▪️ Pourquoi Trump peut-il saisir des pétroliers de la flotte fantôme, et pas l’Europe ? Le pétrole russe est transporté le long des côtes européennes. Ce pétrole finance la guerre russe. ▪️ Je le répète : l’Europe a besoin de forces armées unifiées capables de la défendre réellement. ▪️ Aujourd’hui, l’Europe se repose uniquement sur la croyance que, si le danger arrive, l’OTAN agira. Mais personne n’a jamais vu l’Alliance à l’œuvre. ▪️ Si Poutine décide de s’en prendre à la Lituanie ou de frapper la Pologne, qui répondra ? Aujourd’hui, l’OTAN repose sur la croyance que les États-Unis ne resteront pas à l’écart. Et si ce n’était pas le cas ? ▪️ Ces questions traversent l’esprit des dirigeants européens. Certains cherchent à se rapprocher du président Trump. D’autres espèrent que le problème disparaîtra. D’autres encore ont commencé à investir dans la défense. Mais tant que l’Amérique ne faisait pas pression, personne n’augmentait réellement ses dépenses. ▪️ Que feront 40 soldats européens au Groenland ? Quel signal cela enverra-t-il à Poutine et à la Chine ? Et quel signal cela enverra-t-il au Danemark, votre proche allié ? ▪️ Si des navires russes naviguent librement autour du Groenland, l’Ukraine peut aider. Nous avons l’expertise et les armes pour garantir cela. Ils peuvent couler près du Groenland comme ils ont coulé près de la Crimée. ▪️Trump ne changera pas. Il s’aime tel qu’il est. Il dit qu’il aime l’Europe, mais il n’écoutera pas une Europe comme celle-ci. ▪️ Tout le monde attend de voir ce que l’Amérique fera en Iran. Mais le monde ne propose rien. L’Europe ne propose rien et ne veut pas s’engager pour soutenir ce peuple et la démocratie dont il a besoin. ▪️ Quand on ne fait rien, les conséquences finissent toujours par revenir. Et elles sont toujours négatives. ▪️ En 2020, personne n’a aidé le peuple bélarusien. Aujourd’hui, des missiles russes « Oreshnik » y sont déployés. La majorité des capitales européennes est à portée. ▪️ Nous avons dit aux partenaires européens : agissez maintenant contre ces missiles au Bélarus. Les missiles ne sont jamais des décors. Mais l’Europe reste encore en « mode Groenland ». ▪️ Il en va de même pour le pétrole russe. C’est bien qu’il ait baissé de prix. Mais le flux ne s’est pas arrêté. Et les entreprises russes continuent d’opérer. ▪️ Si l’Europe n’est pas perçue comme une puissance mondiale, si ses actions n’effraient pas les acteurs malveillants, elle sera toujours condamnée à réagir. ▪️ Les forces qui cherchent à détruire l’Europe opèrent aussi à l’intérieur même de l’Europe. Chaque « Victor » qui vit de l’argent européen tout en vendant les intérêts de l’Europe mérite une claque en pleine figure. ▪️ S’il se sent à l’aise à Moscou, cela ne signifie pas que les capitales européennes doivent devenir des « petites Moscou ». ▪️ Pour quoi la Russie fait-elle la guerre ? Pour dévaloriser les êtres humains. Pour permettre aux dictateurs, lorsqu’ils veulent détruire quelqu’un, de pouvoir le faire. ▪️ Tout le monde voit comment la Russie tente aujourd’hui de geler les Ukrainiens jusqu’à la mort. −20 °C. La Russie n’aurait pas pu produire une seule de ses missiles sans des composants critiques venant d’autres pays. ▪️ On se cache souvent derrière l’excuse que la Chine aide la Russie. Oui, elle aide. Mais pas seulement la Chine. La Russie reçoit des composants d’Europe, des États-Unis, de Taïwan. ▪️ Tout le monde construit un système de sécurité autour de Taïwan. Mais Taïwan peut-il arrêter les livraisons d’électronique à la Russie ? L’Europe ne dit rien. L’Amérique ne dit rien. Poutine continue de produire des missiles. ▪️ Je remercie tous ceux qui soutiennent l’énergie ukrainienne. Je remercie pour le PURL. Mais n’est-il pas moins cher et plus simple de couper la Russie de ces composants ? Ou de détruire les usines qui les produisent ? ▪️ Aujourd’hui, plus personne ne parle de missiles à longue portée pour l’Ukraine. Et ici, en Europe, on nous conseille de ne pas mentionner les « Tomahawk » pour ne pas gâcher l’ambiance. De ne pas évoquer les « Taurus ». ▪️ Au lieu de devenir une puissance mondiale, l’Europe reste un kaléidoscope fragmenté de petites et moyennes puissances, au lieu de prendre le leadership dans la défense de la liberté. ▪️ Lorsque les États-Unis changent de priorité, l’Europe paraît perdue, tentant de convaincre le président américain de changer. Il ne changera pas. Il s’aime tel qu’il est. Il dit qu’il aime l’Europe, mais il n’écoutera pas une Europe comme celle-ci. ▪️ Certains dirigeants européens sont en Europe, mais pas pour l’Europe. Et l’Europe reste encore trop souvent une notion de géographie, d’histoire et de traditions, plutôt qu’une véritable force politique, une grande puissance. ▪️ Ils disent souvent : « Il faut remplacer l’ancien ordre mondial ». Mais où sont les dirigeants prêts à agir ? Agir maintenant — sur terre, dans les airs, en mer. On ne construit pas un nouvel ordre mondial avec des mots. ▪️ L’Ukraine a été invitée au « Conseil de la paix » américain. La Russie et le Bélarus aussi. Et la guerre ne s’est pas arrêtée. Il n’y a même pas de cessez-le-feu. ▪️ Les événements vont plus vite que nous. Ils vont plus vite que l’Europe. Comment l’Europe peut-elle rattraper ce retard ? ▪️ Chers amis, nous ne devons pas nous assigner des rôles secondaires — pas quand nous avons la chance d’être ensemble une grande puissance. ▪️ Nous ne devons pas accepter que l’Europe ne soit qu’une salade de petites et moyennes puissances, assaisonnée par les ennemis de l’Europe. ▪️ L’Europe peut et doit être une puissance mondiale. Pas une puissance en retard. Une puissance qui façonne l’avenir. ▪️ Nous sommes prêts à aider les autres à devenir plus forts qu’ils ne le sont aujourd’hui. Nous sommes prêts à faire partie d’une Europe qui compte réellement — une Europe de la force réelle, une grande puissance. ▪️ Aujourd’hui, cette force est nécessaire pour défendre l’indépendance. Mais l’indépendance de l’Ukraine vous est aussi nécessaire, car demain, c’est peut-être la vôtre que vous devrez défendre. ▪️ Tant que l’Ukraine est avec vous, personne ne pourra s’essuyer les pieds sur vous. Et vous aurez toujours un moyen d’agir — et d’agir à temps. ▪️ Certains pensent que tout finira par s’arranger tout seul. Mais on ne peut pas compter sur le « peut-être ». Pour une vraie sécurité, la foi ne suffit pas. ▪️ Les débats intellectuels n’arrêtent pas les guerres. Il faut des actes. L’ordre mondial est façonné par les actes. Il ne nous manque qu’une chose : le courage d’agir. Sans courage, il n’y a pas de lendemain. Mettons fin à ce jour sans fin. Zelensky a raison de hausser du ton. Il pointe du doigt une réalité dont nous sommes nombreux à parler depuis des années. Oui, il exagère sur certains points, notamment avec les 40 soldats au Groenland, mais le message général est juste : sommes-nous capables, en Europe, de montrer les muscles, d'agir sans leadership américain ? Bien des choses ont changé au niveau des mentalités de nos chancelleries, mais c'est encore trop peu, trop lent, et surtout - comme le dit Zelensky - ça se passe sous l'impulsion de Trump. Déjouons enfin ces pronostics défaitistes. Nous pouvons faire mieux. Arrêtons de parler de l'après-guerre, concentrons-nous sur ce qu'il y a à faire MAINTENANT et AUJOURD'HUI. Puisse ce discours être le réveil tant attendu pour nos pays. Gloire à l'Ukraine, gloire aux nations européennes. 🇺🇦🇪🇺🇫🇷

Cyrille Amoursky

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🔴 Valeurs actuelles ن | Après une agression particulièrement sauvage et violente (la victime en reste défigurée), un homme de nationalité étrangère a été condamné ce mardi à 6 mois de prison avec sursis. Mais la justice a décidé de ne pas inscrire cette condamnation dans son casier... pour lui permettre de renouveler son titre de séjour. Plutôt étonnant, comme toute cette affaire d'ailleurs. Voici précisément ce qui s'est passé: Les faits remontent au 23 mars, dans l'Essonne (91). A cette époque, la victime et son agresseur sont inscrits dans le même club de basket. Un entrainement a lieu ce jour là, au gymnase de Marolles en Hurepoix. Tout se passe bien, l'équipe s'entraine, sauf que l'agresseur, un certain Nevil B., âgé de 22 ans, de nationalité congolaise, se montre particulièrement agressif et mauvais joueur. A la fin de l'entrainement, il provoque à plusieurs reprises la victime, lui propose même de se battre ce que la victime, Mickaël, refuse en expliquant qu'il a plus de 40 ans, qu'il est père de deux enfants et donc qu'il n'a plus l'âge de se battre. Après l'entrainement, ce dernier se rend dans les vestiaires pour prendre sa douche. Nevil l'y rejoint et l'agresse sauvement, par surprise, en lui portant plusieurs coups : au premier, la tête de Mickaël ricoche contre un casier. Il s'effondre et perd connaissance, mais l'agresseur continue de le frapper au sol. Un co-équipier arrive rapidement sur place pour porter secours à Mickaël, allongé et en sang. Il hallucine : « Tu as vu ce que tu as fait ? Dit-il à Nevil. On est obligé d'appeler les pompiers et les gendarmes », ce à quoi l'agresseur lui répond, déterminé: « c'est quoi ton problème, tu veux que je m'occupe de toi, toi aussi ? ». Le co-équipier se réfugie alors dans les toilettes pour appeler les secours. Interrogé plus tard par les gendarmes, il confiera avoir été déjà menacé par l'agresseur la saison précédente, après avoir réussi un dribble : « Ne fais plus jamais ça, tu ne me connais pas, tu ne sais pas qui je suis, je t'ai déjà vu avec tes enfants, la prochaine fois je te dévisse la tête » lui aurait dit Nevil. Ce co-équipier n'avait toutefois pas porté plainte... Résultat, c'est Mickaël qui s'est fait "dévisser" la tête ce 23 mars. Gravement blessé au visage lors de cette agression dans les vestiaire, il devra subir plusieurs opérations chirurgicales dans les jours qui suivent pour reconstituer son visage, qui ne sera jamais tout à fait le même (la partie droite, qu'il ne ressent pas tout à fait, est restée enfoncée. Une ultime opération pourrait être tentée, mais risquerait de dégrader sa vue). Les séquelles auraient pu être pires. Le co-équipuier qui a porté secours à Mickaël déclarera aux enquêteurs: « J'étais angoissé sur le moment et je suis content aujourd'hui que ça n'engage qu'une chirurgie faciale, parce que vu son état, j'avais très peur que son cerveaux soit attaqué, puisqu'il n'arrivait pas à répéter son âge deux fois de suite aux pompiers. » Mickaël a été arrêté pendant 1 mois. Il s'est vu attribuer plus de 20 jours d'ITT, ce qui est beaucoup pour une agression physique. Un an après, il repense encore à cette agression qui a profondément ébranlé sa joie de vivre, son humeur, autrement dit sa personnalité. Il y repense chaque fois qu'il voit son visage dans le miroir, c'est à dire tous les jours. Vu la simplicité des faits, et leur violence, Mickaël aurait pu espérer que la justice soit à la fois rapide et sévère. Or, celle-ci n'a été ni rapide, ni sévère, bien au contraire: Il faudra d'abord attendre trois mois pour que Nevil soit interpellé et placé en garde à vue (durant six heures, seulement), alors même qu'il avait reconnu les faits en envoyant un message d'excuse (voir en commentaire). Le 27 novembre, la justice informe Mickaël que l'affaire a été classée... avant de faire savoir, trois semaines plus tard, que c'est une erreur et que son agresseur sera bien jugé le 13 février, c'est à dire 11 mois après les faits. Non seulement la justice n'a donc pas été rapide, mais on ne peut pas dire que la peine décidée soit particulièrement sévère... L'agresseur, qui avait un casier vierge, a été jugé en CRPC: comparution en reconnaissance préalable de culpabilité. Ce mode de jugement, réservé aux délits mineurs comme les délits routiers, nécessite que l'auteur ait reconnu les faits. En bref: le procureur convient d'une peine avec le mis en cause, puis, si le mis en cause accepte cette peine et se montre coopératif, cette peine est validée par un juge lors d'une brève audience. Faute avouée, à moitié pardonnée, telle est la logique de cette procédure. On peut s'étonner que l'auteur ait pu en bénéficier vu la graviter des faits... Mais continuons: Nevil, l'agresseur, a donc été jugé via une CRPC ce mardi et condamné à 6 mois de prison avec sursis, soit bien moins que la peine prévue par le code pénal qui indique que « les violences ayant entraîné une incapacité totale de travail pendant plus de huit jours sont punies de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende. » Autre décision étonnante, la justice a fait une fleur à l'agresseur en acceptant de ne pas mentionner sa condamnation au casier judiciaire (B2).... afin qu'il puisse renouveler son titre de séjour, parce qu'il est de nationalité camerounaise. Mickaël de son côté, avait lui aussi formulé une demande: que son agresseur soit visé par une mesure d'éloignement de l'Essonne, pour ne pas le recroiser. Cette "fleur" lui a été refusée. On lui a simplement conseillé d'appeler la gendarmerie au cas où son agresseur s'approcherait de lui. Incompréhensible pour lui: 🗣️« Je savais que le justice était lente, qu'elle n'était pas toujours à la hauteur, mais je ne pensais pas qu'on était dans des cas aussi extrêmes. Pour moi, c'est incompréhensible » explique Mickaël, dont le témoignage a été diffusé hier dans #SoirInfo, avec Julien Pasquet :

Amaury Bucco

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Pourquoi 99,9% des gens n'ont toujours rien compris à l'IA (et comment éviter d'être parmi eux) ________________ Avant tout, petit essai sur ce billet, un résumé vidéo/audio (que vous pouvez écouter comme un podcast) pour ceux qui ont la flemme de tout lire. Je vous laisse me faire votre retour sur cette idée, si ça vous plaît, je pourrai mettre ça en place de manière récurrente. ________________ Il y a une trentaine d'années, à l'époque où se connecter à Internet impliquait d'écouter son modem hurler la chanson de la mort pendant deux minutes, mon père a eu une discussion surréaliste avec un de ses amis. En bon précurseur, mon père tentait de lui expliquer cette révolution fulgurante, ce réseau mondial interconnecté qui allait abolir les frontières du savoir, la question fut simple « tu connais internet ? ». La réponse de l'ami, le plus sérieusement du monde, fut d'une limpidité glaçante : « Moi, je vais qu'à Carrefour. J'aime pas les autres magasins. » Fou rire rétrospectif garanti. L'homme cherchait ses poireaux en promotion, mon père lui parlait d'une révolution civilisationnelle. Un décalage sémantique et conceptuel absolu. Aujourd'hui, on pourrait en rire avec condescendance, se dire que l'humanité a évolué. Mais la vérité, c'est que face à l'Intelligence Artificielle, 99,9% de la population souffre exactement de ce même syndrome. Quand on leur explique que l'humanité vient de franchir un cap cognitif sans précédent, infiniment plus impactant que l'imprimerie ou le Web, la majorité répond en substance : « Ouais, j'ai essayé ChatGPT, il m'a fait une blague sur les castors et m'a écrit une recette de quiche lorraine, c'est marrant.» Ils sont restés au rayon légumes. Ils regardent l'iceberg de l'IA générative et s'obstinent à n'y voir qu'un glaçon pour rafraîchir leur mojito intellectuel. Et c'est tragique. Pourquoi un tel aveuglement ? Parce que la compréhension collective se heurte à deux murs monumentaux : l'illusion de l'interface et le mythe de la base de données. Le Mythe du Rangement vs La Magie du Lego L'erreur originelle, c'est la façon dont cette technologie a été emballée. La porte d'entrée pour le grand public a pris la forme d'une boîte de dialogue. Une messagerie. MSN ou WhatsApp sous stéroïdes. Automatiquement, le cerveau humain a catalogué l'outil : c'est un chatbot. Un assistant virtuel un peu bavard. Pire encore, les gens s'imaginent comprendre comment ça marche sous le capot. C'est ce que l'on pourrait appeler le "Syndrome Luc Julia", du nom de ceux qui, bien qu'ayant un jour brillé dans l'IA symbolique des années 80, s'entêtent à expliquer l'IA générative avec des concepts périmés. Aidés par des discours médiatiques vulgarisateurs jusqu'à l'absurde, les gens se représentent l'IA comme un moteur de recherche survitaminé. Dans leur tête, l'IA est un petit lutin hyperactif enfermé dans un entrepôt gigantesque (la fameuse "base de données"). On lui pose une question, le lutin court dans les rayonnages, trouve la fiche correspondante, et revient nous la lire. C'est faux. Totalement, fondamentalement, viscéralement faux. Il n'y a pas d'entrepôt. Il n'y a pas de base de données où les réponses sont stockées sagement en attendant d'être lues. Pour comprendre la véritable nature d'un grand modèle de langage, oubliez Google Search et imaginez une boîte de Legos de la taille de l'univers. L'IA n'est pas un archiviste, c'est un Maître Constructeur aveugle. Pendant son entraînement, ce système a ingurgité des milliards de textes, de codes, de formules. Il a analysé la façon dont les briques (les mots, les concepts, les relations logiques) s'emboîtent entre elles. Il a appris toutes les notices de montage de la pensée humaine. Puis, on a brûlé les notices. Quand vous posez une question à une IA, elle ne "cherche" rien. Elle génère. Elle assemble les briques, une par une, à la volée, en calculant mathématiquement, dans un espace vectoriel à des milliers de dimensions, quelle brique a la plus haute probabilité de s'emboîter avec la précédente pour créer un sens cohérent par rapport à votre requête. C'est une génération probabiliste en temps réel. C'est précisément pour cela que l'IA "hallucine" parfois : ce n'est pas un bug du moteur de recherche, c'est la preuve même que la machine crée au lieu de copier. Elle explore l'espace latent. Et c'est justement parce qu'elle ne fait pas que restituer des phrases pré-écrites qu'elle est capable d'innover, de lier des concepts improbables, et de structurer des raisonnements inédits. Le Télescope Cognitif : Le Vrai Visage du Monstre Une fois qu'on a fait sauter le verrou du chatbot et de la base de données, on peut enfin regarder le monstre dans les yeux. Et là, le vertige commence. Oublions les fantasmes hollywoodiens de l'AGI (Intelligence Artificielle Générale) à la Terminator qui viendrait nous exterminer ou développer une "conscience". C'est un débat pour philosophes de plateaux télé qui aiment s'écouter parler. La réalité pragmatique de l'IA est infiniment plus fascinante, et elle se joue loin des querelles de comptoir. Le véritable enjeu, c'est la destruction pure et simple de notre plafond biologique. Le cerveau humain est une merveilleuse machine, mais il a été optimisé par des millions d'années d'évolution pour chasser dans la savane, reconnaître des visages, et survivre en tribu. Il n'a absolument pas été conçu pour conceptualiser des géométries non commutatives, visualiser des espaces de Hilbert à dimensions infinies, ou simuler mentalement le repliement complexe d'une chaîne de 2000 acides aminés. Face à l'infiniment petit, l'infiniment grand ou l'infiniment complexe, nous patinons. Nous avons des biais. Nous cherchons désespérément de l'élégance et de la symétrie dans la nature, au point de nous enfermer parfois dans des dogmes théoriques invérifiables (coucou la théorie des cordes) juste parce que "les équations sont jolies". L'IA s'en fout royalement de l'élégance esthétique. Elle n'a pas d'ego à protéger en salle de conférence. C'est pour cela qu'AlphaFold a plié en quelques mois quasiment toutes les protéines connues de la science, un travail qui aurait pris des dizaines d'années à l'humanité entière. C'est pour cela qu'en recherche de nouveaux matériaux, l'IA découvre des centaines de milliers de structures cristallines stables, soit l'équivalent de huit siècles de recherche humaine, en un claquement de doigts. Elle aborde la physique, la biologie et les mathématiques non plus de manière purement déductive et empirique, mais de manière générative. L'IA écrit du code, teste ses propres hypothèses, s'auto-corrige et génère de nouvelles formules pour résoudre des conjectures combinatoires qui rendaient fous les meilleurs mathématiciens du monde. L'IA n'est pas un assistant, c'est un télescope cognitif. Tout comme la lunette de Galilée a décentré l'humain en lui prouvant qu'il n'était pas le centre géométrique de l'univers spatial, l'IA est en train de nous prouver que notre réseau neuronal biologique n'est plus l'outil ultime de l'univers conceptuel. Elle permet de "voir" des structures logiques et scientifiques qui sont physiquement invisibles à l'œil nu de notre cognition. C'est un exosquelette pour l'esprit. La Fracture Brutale Le drame, c'est que pendant que ce télescope révèle de nouvelles galaxies de savoirs, la majorité des gens s'en sert comme d'un vulgaire miroir de poche pour vérifier s'ils sont bien coiffés. Et la fracture qui s'annonce ne sera ni géographique, ni purement sociale. Elle sera violemment cognitive. Le monde est littéralement en train de se scinder en deux trajectoires incompatibles. D'un côté, une minorité, curieuse, sceptique, exigeante, qui a compris que l'IA est un multiplicateur de force asymétrique. Ceux-là s'adaptent, intègrent ces moteurs d'abstraction à leur quotidien, décuplent leur productivité et leur acuité intellectuelle. Ils apprennent à piloter ce télescope pour explorer, créer, et résoudre ce qui semblait hier impossible. De l'autre, la masse silencieuse et narquoise. Ceux qui continueront à voir l'IA comme un simple gadget, un truc de paresseux pour tricher aux devoirs ou écrire des mails de motivation sans saveur. Ceux qui rateront non pas un simple virage technologique, mais une étape évolutive entière. Devenir obsolète dans un tel contexte ne signifiera pas "ne pas être à la page", cela signifiera être intellectuellement déclassé par des entités (humaines équipées d'IA ou IA autonomes) capables de modéliser la réalité avec une granularité hors de portée. La question n'est donc plus de savoir ce qu'est l'IA. La question est de savoir ce que vous allez en faire. Soit vous apprenez le langage de ce nouveau moteur de réalité pour construire avec lui, soit vous vous préparez à passer le reste du XXIe siècle à errer, seul, en cherchant le rayon des surgelés de votre magasin de quartier.

Pourton.info

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« Ma douce et aimante fille a été tirée par les cheveux à l'arrière d'un camion du Hamas et a défilé en pyjama imbibé de sang... Maintenant, je veux que le monde entende mes cris. » Interview de Ayelet Levy-Shachar dont la fille Naama Levy est otage du Hamas depuis plus de 70 jours. Les images poignantes d’une jeune fille terrifiée et ensanglantée, tirée par les cheveux et poussée à l’arrière d’un camion par des terroristes du Hamas, ont horrifié le monde. Mais pour Ayelet Levy-Shachar, voir sa fille Naama Levy, âgée de 19 ans, défiler en pyjama imbibé de sang par des fanatiques armés d'armes était au-delà de son cauchemar le plus sombre. La mère de quatre enfants, âgée de 50 ans, parle de la « douleur insupportable » de voir son deuxième enfant être emmené dans la bande de Gaza ravagée par la guerre, où elle est retenue depuis plus de 70 jours. Dans sa première interview déchirante dans un journal, le Dr Levy-Shachar a déclaré au Mail qu'elle voulait que le monde connaisse sa fille non pas par ces horribles images, mais comme une fille sportive « déterminée » qui aime la chanteuse de rock américaine Pink, volontaire pour des œuvres caritatives pro-palestiniennes et qui rêve de devenir diplomate. Et elle a exhorté les mères du monde entier à « entendre mon cri » et à « agir » pour ramener chez elles tous les otages encore détenus à Gaza. Assise dans son appartement tranquille de la ville verdoyante de Ra'anana, à 16 km au nord de Tel Aviv, le Dr Levy-Shachar décrit comment sa vie tranquille de banlieue en tant que médecin généraliste familial a basculé en enfer le 7 octobre. Ce jour-là, elle devait rendre visite à Naama au kibboutz Nahal Oz, à 60 miles au sud près de Gaza, et avait laissé une glacière près de la porte la nuit précédente pour la remplir de toutes les friandises préférées de Naama. « J'étais juste ici avec les autres enfants et à 6h30, la sirène s'est déclenchée », a déclaré le médecin, qui est également médecin de l'équipe nationale féminine de football d'Israël. « J'ai envoyé un texto à Naama pour lui demander : Que se passe-t-il ? Es-tu ok? Elle m'a répondu : Nous sommes dans la chambre de survie. Je n’ai jamais entendu quelque chose de pareil de ma vie. » Ce devait être la dernière fois qu’ils communiquaient. Alors que la nouvelle commençait se répandre, le Dr Levy-Shachar s'est inquiété pour sa fille, mais ce n'est que lorsque le père de Naama, Yoni Levy, âgé de 52 ans, a téléphoné quatre heures plus tard que l'horreur a commencé à émerger. Assis sur son porche, jouant à un jeu de société avec les frères et sœurs de Naama, Amit, 21 ans, Michal, 16 ans et Omri, 11 ans, M. Levy lui a dit : « Il se passe quelque chose de grave. Il y a une vidéo de Naama kidnappée à Gaza – la vidéo est à Gaza. La panique a frappé et ses enfants ont commencé à parcourir les réseaux sociaux. Amit, le frère de Naama, a rapidement trouvé les images horribles et a dit à sa mère : « Maman, ne regarde pas ça. » « Ensuite, ma plus jeune fille, Michal, l'a regardé », a déclaré le Dr Levy-Shachar. « Elle a commencé à pleurer en disant : Pourquoi est-elle seule là-bas ? » « Il y a tellement de détails spécifiques dans cette vidéo. Son visage terrifié, le fait qu'elle soit tirée par les cheveux, ses pantalons de survêtement ensanglantés, son pyjama, ses blessures. Mais ce que sa sœur a vu, c'est qu'elle était seule. C'était la partie la plus terrifiante pour elle. Le Dr Levy-Shachar a ajouté : « J'ai compris que quelque chose de terrible se passait ; juste à travers ses yeux, à travers les yeux de ma plus jeune fille. » Israël a répondu à ces atrocités en pilonnant Gaza depuis la terre, les airs et la mer. Une trêve de courte durée a amené le Hamas à la table des négociations pour obtenir la libération de 105 otages le mois dernier. Mais cruellement, le cessez-le-feu a été rompu et Naama est restée captive. Elle est l'une des 17 jeunes femmes parmi les 130 otages toujours détenus à Gaza. "C'est insupportable", a déclaré le Dr Levy-Shachar, ajoutant qu'elle avait créé un panneau "Bienvenue à la maison" pour sa fille. Voir d’autres familles retrouver leurs proches le mois dernier a été déchirant, a-t-elle déclaré. Sa voix vacillante, elle a ajouté : « C'est comme un cri en moi qui dit 'Mon Naama, je t'attends, Naama ». « Je suis heureux pour tous ceux qui sont sortis, mais c'est ma fille. La vie continue, les gens continuent leur vie et Noël approche, mais pour nous tout s'est arrêté. Une lueur d’espoir est venue des otages libérés qui ont confirmé avoir vu Naama toujours en vie. « Nous savons qu'elle a quelques blessures, mais elle est debout et elle marche. J'ai donc beaucoup d'espoir », a déclaré la mère. Réagissant aux informations faisant état cette semaine de meurtres d'otages, elle a ajouté : « Il est encore plus important que le monde sache à quoi nous avons affaire. « Le temps presse pour ces jeunes filles », a-t-elle déclaré. « Quand je parle, ma voix est douce et mes mots sortent lentement, mais je veux que les mères du monde entier entendent mon cri et agissent. » Incroyablement, elle ne déteste pas les gens qui ont enlevé Naama. « Je dois espérer », dit-elle. « Peut-être que l'un d'entre eux a un cœur. Ils peuvent voir cette charmante petite fille ; ils peuvent être bons envers elle et la protéger du mal. Je ne veux pas être haineux, je veux juste qu'elle revienne. Le Dr Levy-Shachar a déclaré qu'elle imaginait sa fille allongée dans un tunnel à Gaza et à ses côtés. « J'essaie de lui caresser les cheveux et, dans mon esprit, je l'endors. Je dis : « Attends, nous venons te chercher ».

Anton Struve

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🇫🇷 5 mai 1992, discours de Philippe Séguin contre le traité de Maastricht, si visionnaire et si actuel sur la réalité d'une construction européenne opposée à la souveraineté nationale, aux nations et aux peuples : « Monsieur le président, madame, mes­sieurs les ministres, mes chers collègues, je voudrais croire que nous sommes tous d'accord au moins sur un point : l'ex­ceptionnelle importance, l'importance fondamentale du choix auquel nous sommes confrontés, et, ce disant, je n'ai pas l'impression de me payer de mots ! C'est en tout cas avec gravité que je viens inviter cette assemblée à opposer l'exception d'irrecevabilité au projet de loi constitutionnelle que le Gouvernement nous présente comme préalable à la ratification des accords de Maastricht négociés le 10 décembre 1991 par les chefs d'Etat et de gou­vernement des pays membres des communautés européennes et signés le 7 février dernier. Mon irrecevabilité se fonde sur le fait que le projet de loi viole, de façon flagrante, le principe en vertu duquel la sou­veraineté nationale est inaliénable et imprescriptible, ainsi que le principe de la séparation des pouvoirs, en dehors duquel une société doit être considérée comme dépourvue de Constitution. Il existe en effet, au-dessus même de la charte constitution­nelle, des droits naturels, inaliénables et sacrés, à savoir pour nous les droits de l'homme et du citoyen tels qu'Ils ont été définis par la Déclaration de 1789. Et quand l'article 3 de la Constitution du 4 octobre 1958 rappelle que « La souverai­neté nationale appartient au peuple », il ne fait que recon­naître le pacte originel qui est, depuis plus de deux cents ans, le fondement de notre Etat de droit. Nulle assemblée ne saurait donc accepter de violer délibérément ce pacte fonda­mental. La question de la séparation des pouvoirs se pose dans les mêmes termes. Aucune assemblée n'a compétence pour se dessaisir de son pouvoir législatif par une loi d'habilitation générale, dépourvue de toute condition précise quant à sa durée et à sa finalité. A fortiori, aucune assemblée ne peut déléguer un pouvoir qu'elle n'exerce qu'au nom du peuple. Or, le projet de loi qui nous est soumis comporte bien une habilitation d'une généralité telle qu'elle peut être assimilée à un blanc-seing. Et nous voilà confrontés à une situation tout à fait extraor­dinaire dans notre histoire constitutionnelle puisque, pour la première fois, on demande au Parlement de constitutionna­liser par avance des textes qui n'existent pas encore et qui, pour la plupart, ne seront même pas soumis à ratification dès lors qu'il s'agira de normes communautaires directement applicables. On demande donc au Parlement, qui n'en a pas le droit, rien de moins que d'abandonner sa compétence législative aux organes communautaires chaque fois que ceux-ci le jugeront nécessaire pour l'application du traité. Ayant fait référence à 'a Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, violée deux fois par le projet de loi, je pourrais considérer ma tâche comme accomplie. Néanmoins, tout en conservant présente à l'esprit cette observation préalable qui sous-entend tout mon propos, j'entends traiter le sujet en ne négligeant aucune de ses composantes. Ce n'est pas mon fait si le débat constitutionnel et le débat sur l'avenir européen sont étroitement imbriqués, le projet de révision venant avant le projet de ratification. Alors, autant en convenir déjà entre nous - et vous l'avez déjà fait implicitement cet après-midi, messieurs les ministres : il n'y a en vérité qu'un seul débat qui ne peut être découpé en tranches successives. Et comme ce débat sera clos dès lors que nous nous serons prononcés sur le projet de révision constitutionnelle, autant l'entamer tout de suite et dans sa totalité. De même, et sans vouloir verser dans un manichéisme que je réprouve, il nous faut également convenir qu'il n'y a rien à amender. Plutôt que de procéder à un toilettage minutieux de nombreuses dispositions constitutionnelles, vous avez préféré pratiquer une sorte de « lessivage à grande eau ». A ce qui aurait pu passer pour une naïveté coupable, vous avez ainsi préféré le risque de l'astuce. Il est vrai que sinon vous auriez été contraints de modifier neuf articles au moins du texte constitutionnel, dont certains sont particulièrement sensibles et symboliques. Vous auriez été contraints, de surcroît et en toute logique, de déconstitutionnaliser la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Vous avez reculé, et l'on vous comprend, au point d'ailleurs d'esquiver vos responsabi­lités dans la dénomination même du projet qui nous est soumis. Il ne s'agit même pas, si je m'en tiens à son libellé, d'un projet de loi de révision, mais d'un projet de loi consti­tutionnelle ajoutant à la Constitution un titre supplémentaire, Je ne peux évidemment applaudir à cette démarche, mais je reconnais que cela ne change rien au fond. Je vous concé­derai même que ce blanc-seing que vous sollicitez est en cohérence avec les perspectives que vous ouvrez. Je vous rejoins donc quand vous affirmez que Maastricht n'est pas renégociable et on ne changera pas le traité par le biais d'une manipulation constitutionnelle. Toutes les garanties, précisions, corrections, conditions dont on nous parle relèvent, à mes yeux, de l'illusion. La révision, la ratification, c'est à prendre ou à laisser. C'est assez dire qu'il ne m'est pas possible de séparer l'appréciation constitutionnelle de l'ana­lyse critique des accords. Dès lors que l'on nous demande de changer la Constitution dans le seul but de ratifier le traité de Maastricht, nous ne pouvons nous prononcer sur la réforme constitutionnelle sans mesurer à quoi nous engage ce traité. Ce faisant, je me plie - je n'ai guère le choix - à la procé­dure, à la méthode, imposée par le Président de la Répu­blique. L'inconstitutionnalité que je soulève est, du reste, inséparable du regret que suscite en moi le non-recours à l'article 11 de la Constitution qui impliquait le référendum direct. Allez dire à d'autres, messieurs les ministres, pour justifier ces habiletés tactiques, que la procé­dure de l'article 89 rend sa dignité au Parlement! Convenez que l'argument est plutôt singulier au moment où l'on nous demande de diminuer encore son pouvoir réel ! Je le proclame donc d'emblée : dès lors que l'entrée de la France dans l'Europe de Maastricht constitue bien l'acte his­torique qu'a évoqué le Président de la République, il serait normal, nécessaire, légitime, indispensable que la parole soit donnée au peuple..) Non point que je conteste la légitimité de cette assemblée. Je ne me suis pas associé au chœur de ceux qui, il y a quelques semaines, ne trouvaient pas de mots assez durs pour l'abaisser, pour réclamer sa dissolution, voire proposer son auto-dissolution. Je constate d'ailleurs la contradiction dans laquelle s'enferment aujourd'hui nombre d'entre eux en se refusant à l'idée d'un référendum. Ce que je veux seulement dire c'est que le recours à la voie parlementaire est contraire à l'esprit de notre pacte social car ce que le peuple fait, seul le peuple peut le défaire. En outre, c'est une faute politique lourde que de refuser de donner à un engagement aussi grave la sacralisation dont il a besoin. Et ne changerait rien' l'affaire la manœuvre qui consisterait, ultérieurement, à ne faire ratifier par le peuple que ce que le Parlement aurait déjà décldé, Non, foin d'arguties ! Il me faut dire avec beaucoup d'autres, au nom de beaucoup d'autres, qu'il est bien temps de saisir notre peuple de la question européenne. Car voilà maintenant trente-cinq ans que le traité de Rome a été signé et que d'Acte unique en règlements, de règlement en directives, de directives en jurisprudence, la construction européenne se fait sans les peuples, qu'elle se fait en catimini, dans le secret des cabinets, dans la pénombre des commissions, dans le clair-obscur des cours de Justice. Voilà trente-cinq ans que toute une oligarchie d'experts, de juges, de fonctionnaires, de gouvernants prend, au nom des peuples, sans en avoir reçu mandat des décisions dont une formidable conspiration du silence dissimule les enjeux et minimise lei conséquences. Que l'on m'entende bien : je ne viens ici donner de leçon à personne ; mais que l'on veuille bien, en retour, respecter ma propre démarche ! Je me serais d'ailleurs bien passé d'être là. Il eût mieux valu, à l'évidence, que des voix plus fortes que la mienne engagent le combat. Elles ne l'ont pas souhaité, je me garderai de les juger. Je me contente de faire et d'assumer un autre choix. Ce n'est pas si facile. A la décharge des absents, je reconnais bien volontiers que le conformisme ambiant, pour ne pas dire le véritable terro­risme intellectuel qui règne aujourd'hui, disqualifie par avance quiconque n'adhère pas à la nouvelle croyance, et l'expose littéralement à l'invec­tive. Qui veut se démarquer du culte fédéral est aussitôt tenu par les faiseurs d'opinion (...) au mieux pour un contempteur de la modernité, un nostalgique ou un primaire, au pire pour un nationaliste for­cené tout prêt à renvoyer l'Europe aux vieux démons qui ont si souvent fait son malheur. Mais il est des moments où ce qui est en cause est tellement important que tout doit s'effacer. Et je ne parle pas ici au nom d'une France contre l'autre, car dès lors qu'il s'agit de la France, de la République et de la démocratie, il ne peut plus être question de la droite et de la gauche, l'enjeu, au. delà des partis, des clivages les plus naturels, des oppositions les plus légitimes, des querelles les plus anciennes, n'est rien de moins que notre communauté de destin. Et cette communauté de destin est gravement mise en péril par les accords, alors que ceux-ci ne sont ni la condition de la prospérité, ni la condition de la paix, Dans le monde tel qu'il est, l'idéal comme le réalisme commandaient de faire prévaloir une tout autre conception de l'Europe, voilà ce que je voudrais maintenant développer devant vous. Monsieur le président, madame, messieurs les ministres, mes chers collègues, que l'on ne s'y trompe pas la logique du processus de l'engrenage économique et politique mis au point à Maastricht est celle d'un fédéralisme au rabais fonda­mentalement anti-démocratique, faussement libéral et résolument technocratique, L'Europe qu'on nous propose n'est ni libre, ni juste, ni efficace. Elle enterre la conception de la souveraineté nationale et les grands principes issus de la Révolution : 1992 est littéralement l'anti 1789. Beau cadeau d'anniversaire que lui font, pour ses 200 ans, les pharisiens de cette Répu­blique qu'ils encensent dans leurs dis­cours et risquent de ruiner par leurs actes! Je sais bien que l'on veut à tout prix minimiser les enjeux et nous faire croire que nous ne cédons rien d'essentiel en ce qui concerne notre indépendance! Il est de bon ton, aujour­d'hui, de disserter à l'infini sur la signification m!me du concept de souveraineté, de le décomposer en menus mor­ceaux, d'affirmer qu'il admet de multiples exceptions, que la souveraineté monétaire, ce n'est pas du tout la même chose que l'identité collective, laquelle ne courrait aucun risque. Ou encore que l'impôt, la défense, les affaires étrangères, au fond, ne jouent qu'un rôle relatif dans l'exercice de la souve­raineté, Toutes ces arguties n'ont en réalité qu'un but : vider de sa signification ce mot gênant pour qu'il n'en soit plus question dans le débat. La méthode est habile. En présentant chaque abandon par­cellaire comme n'étant pas en soi décisif, on peut se per­mettre d'abandonner un à un les attributs de la souveraineté sans jamais convenir qu'on vise à la détruire dans son ensemble. Le procédé n'est pas nouveau. Il y a 2500 ans déjà, de demi-longueur en demi-longueur, Achille se rapprochait en courant de la tortue de Zénon sans jamais la rattraper.., Seu­lement, ce n'est là que paradoxe. Dans la réalité, Achille gagne bel et bien la course ; de même, à force de renonce­ments, aussi ténu que soit chacun d'eux, on va bel et bien finir par vider la souveraineté de son contenu. Car il s'agit là d'une notion globale, indivisible comme un nombre premier. On est souverain ou on ne l'est pas ! Mais on ne l'est jamais à demi. Par essence, la souveraineté est un absolu qui exclut toute idée de subordination et de compromission. Un peuple souverain n'a de comptes à rendre à personne et n'a, vis-à-vis des autres, que les devoirs et les obligations qu'il choisit librement de s'Imposer à lui-même. Souvenez-vous du cri de Chateaubriand à la tribune de la Chambre, en 1816 : « Si l'Europe civilisée voulait m'imposer la charte, j'irais vivre à Constantinople. » La souveraineté, cela ne se divise pas ni ne se partage et, bien sûr, cela ne se limite pas. Rappelons-nous d'ailleurs, pour avoir un exemple plus récent de ce que vous appelez de vos vœux, ce que put signi­fier pendant « le printemps de Prague» la doctrine de la souveraineté limitéé, tant il est vrai que la « souveraineté divisée », « la souveraineté partagée», « la souveraineté limitée» sont autant d'expressions pour signifier qu'il n'y a plus du tout de souveraineté ! Et, de fait, quand on accepte de prendre des décisions à la majorité sur des questions cruciales, et dès lors que ces décisions s'imposent à tous sans pouvoir jamais être remises en cause ultérieurement à l'échelon national, on passe clairement de la concertation à l'intégration, Aussi, quand on nous dit que les accords de Maastricht organisent une union d'Etats fondée sur la coopération intergouverne­mentale, on travestit délibérément la réalité, Tout au contraire, ces accords visent à rendre inapplicable le droit de veto et à créer des mécanismes qui échappent totalement aux Etats, En fait, ce traité est un « anticompromis » de Luxembourg en tant qu'iI interdit, non seulement aux parlements natio­naux mail aussi aux gouvernements, de faire prévaloir l'in­térêt national quand il est en cause puisque chacun s'engage à éviter autant que possible d'empêcher qu'il y ait unanimité lorsqu'une majorité qualifiée est favorable à la décision. Cela est vrai pour la politique monétaire et pour la poli­tique sociale. Mais cela le sera aussi pour la politique étran­gère et la politique de défense, D'ailleurs, vous nous l'avez rappelé, monsieur le ministre, les pays membres prennent eux-mêmes l'engagement de ne défendre que des positions communes au sein des organisations internationales, et cet engagement vaut aussi pour la France et le Royaume-Uni en leur qualité de membres permanents du Conseil de sécurité de l'O.N.U. : cette situation, contraire aux dispositions de la charte, plusieurs de nos partenaires l'interprètent déjà, nous le savons, comme une transition vers le transfert de ces deux sièges à la Communauté. Tout ce dispositif est donc fort peu respectueux de la sou­veraineté des Etats membres tant en ce qui concerne la nature des règles de décisions que le caractère irréversible des transferts de pouvoirs envisagés. Cessons donc de tricher, de dissimuler, de jouer sur les mots, de multiplier les sophismes, L'alternative est claire : nous devons conserver notre souveraineté ou y renoncer. Il est temps de nous demander comment nous en sommes arrivés à considérer cette question, incongrue il y a quelques mois encore, comme presque banale, comment nous en sommes arrivés à considérer la rupture de notre pacte social sinon comme normale, du moins comme nécessaire. Evidemment, et aujourd'hui encore, on s'échine à nous persuader qu'il n'y a là rien de nouveau. Rien de nouveau peut-être dans les arrière-pensées, mais nouveauté radicale par rapport aux engagements que nous avions pris jusqu'ici et qui étaient d'une tout autre nature, Mettons à part le traité instituant la Communauté euro­péenne du charbon et de l'acier, qui, au lendemain de la guerre, était tout imprégné d'une idéologie dirigiste et planifi­catrice, et qui s'est d'ailleurs soldé par un échec total, si l'on en juge par ce qui reste aujourd'hui de la sidérurgie euro­péenne ! Hormis donc le traité instituant le CECA, on pouvait considérer, avant le sommet de Maas­tricht, que nous n'avions pas ratifié beaucoup plus que des accords de coopération et de libre-échange, D'ailleurs, dix-­huit mois après la signature du traité de Rome, les consti­tuants de 1958 ont pu souligner et consacrer la plénitude de la souveraineté nationale. Et ils ne l'ont pas fait pas inadver­tance, comme a paru le suggérer M. Mitterrand, ou par négli­gence, comme a cru devoir le supposer M. le garde des sceaux, Faut-il rappeler, en effet, que le Traité de Rome ne mentionne que deux politiques communes dont l'une, celle des transports, n'a jamais vu le jour, tandis que l'autre, la politique agricole commune, ne fonctionnait que par consensus depuis que le compromis de Luxembourg avait mis fin - provisoirement - à toute tentation supranatio­nale ? Instaurer un marché commun, puis un marché unique, voilà tout ce à quoi la France s'était engagée, et il n'y aurait rien eu à redire concernant ces engagements-là, si ne s'était développé peu à peu, à force de règlements, de décisions et de directives, tout un droit communautaire dérivé, sans aucun rapport avec les objectifs fixés par les traités. De toute évidence se posait un pro­blème d'interprétation des textes, devenant de plus en plus grave au fur et à mesure que la connivence de la Commis­sion, du juge européen et des juges nationaux en venait à imposer aux pays membres la suprématie des textes commu­nautaires. L'exemple de l'Acte unique est, à cet égard, tout à fait révélateur. Ce traité déclare, en effet, que seront prises à la majorité toutes les mesures d'harmonisation nécessaires à la réalisation du marché unique, exception faite des mesures fis­cales. A priori, cela n'engage à aucun véritable transfert de souveraineté, si l'on veut bien considérer qu'un marche unique n'est pas un espace économique uniforme et qu'il n'est pas besoin de nombreuses mesures d'harmonisation pour faire jouer convenablement la concurrence entre les pays membres, soumis au principe de reconnaissance mutuelle des réglementations, Mais il a suffi que la Commis­sion, disposant de l'initiative des textes, décide que la réalisation du marché unique nécessitait l'adoption de trois cents directives d'harmonisation pour que celles-ci soient adoptées à la majorité sans qu'aucun recours ait pu être opposé à cette qualification arbitraire, la Cour de justice des Communautés étant elle-même convertie sans réserve à l'idéologie fédéra­liste. C'est ainsi que, dans les faits, notre engagement initial se révèle désormais bien plus contraignant que ce qui ressortait de la lettre du traité. Pour autant, ce n'est quand même, là encore, qu'un problème d'interprétation, pour lequel on pour­rait théoriquement trouver une solution constitutionnelle qui s'impose aux juges. Ce n'est plus du tout le cas avec les accords de Maastricht, qui ne souffrent d'aucune ambiguïté. On connaît l'argument: il nous faut faire l'Europe, donc il nous faut concéder une partie de notre souveraineté. Comme si cette relation causale allait de soi! Comme si le respect des souverainetés interdi­sait la coopération, l'ouverture, la solidarité! Comme si les Etats souverains en étaient fatalement réduits à un splendide isolement et condamnés à une politique frileuse de repliement sur soi! C'est oublier que, si cela lui parait nécessaire, un Etat peut souverainement décider de déléguer des compétences ou les exercer en commun avec d'autres. La querelle n'est pas pure­ment sémantique. C'est une chose, en effet, que de déléguer temporairement un pouvoir susceptible d'être récupéré lorsque la délégation n'est plus conforme à l'intérêt national ou ne répond plus aux exigences du moment. C'est tout autre chose que d'opérer un transfert sans retour pouvant contraindre un Etat à appliquer une politique contraire à ses intérêts et à ses choix. La coopération, la concertation, même quand elles sont poussées très loin, s'accommodent très bien du droit de veto. On peut même dire que le veto est le meilleur stimulant de la concertation puisqu'il oblige à prolonger la négociation jus­qu'au consentement général des Etats. C'est d'ailleurs sur cette philosophie qu'était fondé, j'y reviens, le fameux com­promis de Luxembourg, que après la politique de la chaise vide, de Gaulle imposa à nos partenaires et qui n'a pas empêché, bien au contraire, le développement d'une politique agricole commune. On pourra toujours objecter bien sûr que tout cela n'est pas très important puisque les traités ne sont jamais eux-­mêmes totalement irréversibles et que, le cas échéant, chaque pays membre pourra toujours les dénoncer en bloc. Les choses ne sont pas si simples. D'abord parce que, vérification faite, le traité ne prévoit ni sécession ni retrait. C'est même la première fois qu'un traité est ainsi marqué par la notion d'irréversibilité, et on ne sait que trop ce qu'il en est dans les systèmes où les Etats fédérés gardent pourtant, théoriquement, le droit de quitter la fédéra­tion. On sait comment aux Etats-Unis les Etats du Nord ont interprété ce droit quand les Etats du Sud ont voulu faire sécession. On sait aussi ce que celui-ci signifiait dans la Constitution soviétique. On sait ce qu'il veut dire en Yougos­lavie. Et quand bien même les perspectives seraient, en l'oc­currence, moins dramatiques, la question se pose de savoir si nous ne sommes pas en train de créer une situation dans laquelle la dénonciation en bloc des traités va devenir si malaisée et si coûteuse qu'elle ne sera bientôt plus qu'un solution illusoire. Il ne faut pas rêver. Sans monnaie, demain, sans défense, sans diplomatie, peut-être, après-demain, la France, au mieux, n'aurait pas plus de marge de manœuvre que n'en ont aujourd'hui l'Ukraine et l'Azerbaïdjan. Certains s'en accommodent. Quant à moi, Ce n'est pas l'avenir que je souhaite à mon pays. D'ailleurs, les tenants de la marche vers le fédéralisme ne cachent pas leur dessein. Ils veulent bel et bien, et ils le disent, que les progrès du fédéralisme soient sans retour en droit et, surtout, en pratique, et force est de constater que nous voilà d'ores et déjà pris dans un redoutable engrenage. Depuis que la règle de la majorité s'applique de plus en plus largement dans les prises de décision du Conseil européen et que les jurispru­dences convergentes de la Cour de cassation et du Conseil d'Etat admettent que les traités et le droit communautaire qui en est dérivé bénéficient d'une primauté absolue sur nos lois nationales, le Gouvernement, dès lors qu'il est en minorité au Conseil, non plus que le Parlement français, n'a plus son mot à dire pour infléchir les règles communautaires jugées inac­ceptables pour la France. Songez que le juge administratif n'éprouve plus aucune gêne à décider qu'un ministre commet une infraction en pre­nant un arrêté conforme à une loi nationale dès lors que cette loi est contraire à une directive communautaire, même si la loi est postérieure. L'administration peut même, à ce titre, se voir condamnée à verser des dommages et intérêts. Où allons-nous? Où allons-nous si le juge, tout en déclarant qu'il ne veut pas censurer la loi, s'arroge le droit de la rendre inopposable ou inapplicable? La République, ce n'est pas une justice aux ordres : mais ce n'est pas non plus le gouvernement des juges, a fortiori quand il s'agit de juges européens qui font parler l'esprit des traités ! Bientôt, pourtant, comme nous l'a annoncé M. Delors, au moins 80 p. 100 de notre droit interne sera d'origine commu­nautaire, et le juge ne laissera plus d'autre choix au législa­teur que le tout ou rien : ou se soumettre totalement ou dénoncer unilatéralement et en bloc des traités de plus en plus contraignants. Bref, quand, du fait de l'application des accords de Maas­tricht, notamment en ce qui concerne la monnaie unique, le coût de la dénonciation sera devenu exorbitant, le piège sera refermé et, demain, aucune majorité parlementaire, quelles que soient les circonstances, ne pourra raisonnablement revenir sur ce qui aura été fait. Craignons alors que, pour finir, les sentiments nationaux, à force d'être étouffés, ne s'exacerbent jusqu'à se muer en nationalismes et ne conduisent l'Europe, une fois encore, au bord de graves difficultés, car rien n'est plus dangereux qu'une nation trop longtemps frustrée de la souveraineté par laquelle s'exprime sa liberté, c'est-à-dire son droit imprescrip­tible à choisir son destin On ne joue pas impunément avec les peuples et leur his­toire. Toutes les chimères politiques sont appelées un jour ou l'autre à se briser sur les réalités historiques. La Russie a bel et bien fini par boire le communisme comme un buvard parce que la Russie avait plus de consistance historique que le communisme, mais à quel prix ? 1/5

🇫🇷 Gaullisme ☨

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🇫🇷 5 mai 1992, discours de Philippe Séguin contre le traité de Maastricht, si visionnaire et si actuel sur la réalité d'une construction européenne opposée à la souveraineté nationale, aux nations et aux peuples : « Monsieur le président, madame, mes­sieurs les ministres, mes chers collègues, je voudrais croire que nous sommes tous d'accord au moins sur un point : l'ex­ceptionnelle importance, l'importance fondamentale du choix auquel nous sommes confrontés, et, ce disant, je n'ai pas l'impression de me payer de mots ! C'est en tout cas avec gravité que je viens inviter cette assemblée à opposer l'exception d'irrecevabilité au projet de loi constitutionnelle que le Gouvernement nous présente comme préalable à la ratification des accords de Maastricht négociés le 10 décembre 1991 par les chefs d'Etat et de gou­vernement des pays membres des communautés européennes et signés le 7 février dernier. Mon irrecevabilité se fonde sur le fait que le projet de loi viole, de façon flagrante, le principe en vertu duquel la sou­veraineté nationale est inaliénable et imprescriptible, ainsi que le principe de la séparation des pouvoirs, en dehors duquel une société doit être considérée comme dépourvue de Constitution. Il existe en effet, au-dessus même de la charte constitution­nelle, des droits naturels, inaliénables et sacrés, à savoir pour nous les droits de l'homme et du citoyen tels qu'Ils ont été définis par la Déclaration de 1789. Et quand l'article 3 de la Constitution du 4 octobre 1958 rappelle que « La souverai­neté nationale appartient au peuple », il ne fait que recon­naître le pacte originel qui est, depuis plus de deux cents ans, le fondement de notre Etat de droit. Nulle assemblée ne saurait donc accepter de violer délibérément ce pacte fonda­mental. La question de la séparation des pouvoirs se pose dans les mêmes termes. Aucune assemblée n'a compétence pour se dessaisir de son pouvoir législatif par une loi d'habilitation générale, dépourvue de toute condition précise quant à sa durée et à sa finalité. A fortiori, aucune assemblée ne peut déléguer un pouvoir qu'elle n'exerce qu'au nom du peuple. Or, le projet de loi qui nous est soumis comporte bien une habilitation d'une généralité telle qu'elle peut être assimilée à un blanc-seing. Et nous voilà confrontés à une situation tout à fait extraor­dinaire dans notre histoire constitutionnelle puisque, pour la première fois, on demande au Parlement de constitutionna­liser par avance des textes qui n'existent pas encore et qui, pour la plupart, ne seront même pas soumis à ratification dès lors qu'il s'agira de normes communautaires directement applicables. On demande donc au Parlement, qui n'en a pas le droit, rien de moins que d'abandonner sa compétence législative aux organes communautaires chaque fois que ceux-ci le jugeront nécessaire pour l'application du traité. Ayant fait référence à 'a Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, violée deux fois par le projet de loi, je pourrais considérer ma tâche comme accomplie. Néanmoins, tout en conservant présente à l'esprit cette observation préalable qui sous-entend tout mon propos, j'entends traiter le sujet en ne négligeant aucune de ses composantes. Ce n'est pas mon fait si le débat constitutionnel et le débat sur l'avenir européen sont étroitement imbriqués, le projet de révision venant avant le projet de ratification. Alors, autant en convenir déjà entre nous - et vous l'avez déjà fait implicitement cet après-midi, messieurs les ministres : il n'y a en vérité qu'un seul débat qui ne peut être découpé en tranches successives. Et comme ce débat sera clos dès lors que nous nous serons prononcés sur le projet de révision constitutionnelle, autant l'entamer tout de suite et dans sa totalité. De même, et sans vouloir verser dans un manichéisme que je réprouve, il nous faut également convenir qu'il n'y a rien à amender. Plutôt que de procéder à un toilettage minutieux de nombreuses dispositions constitutionnelles, vous avez préféré pratiquer une sorte de « lessivage à grande eau ». A ce qui aurait pu passer pour une naïveté coupable, vous avez ainsi préféré le risque de l'astuce. Il est vrai que sinon vous auriez été contraints de modifier neuf articles au moins du texte constitutionnel, dont certains sont particulièrement sensibles et symboliques. Vous auriez été contraints, de surcroît et en toute logique, de déconstitutionnaliser la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Vous avez reculé, et l'on vous comprend, au point d'ailleurs d'esquiver vos responsabi­lités dans la dénomination même du projet qui nous est soumis. Il ne s'agit même pas, si je m'en tiens à son libellé, d'un projet de loi de révision, mais d'un projet de loi consti­tutionnelle ajoutant à la Constitution un titre supplémentaire, Je ne peux évidemment applaudir à cette démarche, mais je reconnais que cela ne change rien au fond. Je vous concé­derai même que ce blanc-seing que vous sollicitez est en cohérence avec les perspectives que vous ouvrez. Je vous rejoins donc quand vous affirmez que Maastricht n'est pas renégociable et on ne changera pas le traité par le biais d'une manipulation constitutionnelle. Toutes les garanties, précisions, corrections, conditions dont on nous parle relèvent, à mes yeux, de l'illusion. La révision, la ratification, c'est à prendre ou à laisser. C'est assez dire qu'il ne m'est pas possible de séparer l'appréciation constitutionnelle de l'ana­lyse critique des accords. Dès lors que l'on nous demande de changer la Constitution dans le seul but de ratifier le traité de Maastricht, nous ne pouvons nous prononcer sur la réforme constitutionnelle sans mesurer à quoi nous engage ce traité. Ce faisant, je me plie - je n'ai guère le choix - à la procé­dure, à la méthode, imposée par le Président de la Répu­blique. L'inconstitutionnalité que je soulève est, du reste, inséparable du regret que suscite en moi le non-recours à l'article 11 de la Constitution qui impliquait le référendum direct. Allez dire à d'autres, messieurs les ministres, pour justifier ces habiletés tactiques, que la procé­dure de l'article 89 rend sa dignité au Parlement! Convenez que l'argument est plutôt singulier au moment où l'on nous demande de diminuer encore son pouvoir réel ! Je le proclame donc d'emblée : dès lors que l'entrée de la France dans l'Europe de Maastricht constitue bien l'acte his­torique qu'a évoqué le Président de la République, il serait normal, nécessaire, légitime, indispensable que la parole soit donnée au peuple..) Non point que je conteste la légitimité de cette assemblée. Je ne me suis pas associé au chœur de ceux qui, il y a quelques semaines, ne trouvaient pas de mots assez durs pour l'abaisser, pour réclamer sa dissolution, voire proposer son auto-dissolution. Je constate d'ailleurs la contradiction dans laquelle s'enferment aujourd'hui nombre d'entre eux en se refusant à l'idée d'un référendum. Ce que je veux seulement dire c'est que le recours à la voie parlementaire est contraire à l'esprit de notre pacte social car ce que le peuple fait, seul le peuple peut le défaire. En outre, c'est une faute politique lourde que de refuser de donner à un engagement aussi grave la sacralisation dont il a besoin. Et ne changerait rien' l'affaire la manœuvre qui consisterait, ultérieurement, à ne faire ratifier par le peuple que ce que le Parlement aurait déjà décldé, Non, foin d'arguties ! Il me faut dire avec beaucoup d'autres, au nom de beaucoup d'autres, qu'il est bien temps de saisir notre peuple de la question européenne. Car voilà maintenant trente-cinq ans que le traité de Rome a été signé et que d'Acte unique en règlements, de règlement en directives, de directives en jurisprudence, la construction européenne se fait sans les peuples, qu'elle se fait en catimini, dans le secret des cabinets, dans la pénombre des commissions, dans le clair-obscur des cours de Justice. Voilà trente-cinq ans que toute une oligarchie d'experts, de juges, de fonctionnaires, de gouvernants prend, au nom des peuples, sans en avoir reçu mandat des décisions dont une formidable conspiration du silence dissimule les enjeux et minimise lei conséquences. Que l'on m'entende bien : je ne viens ici donner de leçon à personne ; mais que l'on veuille bien, en retour, respecter ma propre démarche ! Je me serais d'ailleurs bien passé d'être là. Il eût mieux valu, à l'évidence, que des voix plus fortes que la mienne engagent le combat. Elles ne l'ont pas souhaité, je me garderai de les juger. Je me contente de faire et d'assumer un autre choix. Ce n'est pas si facile. A la décharge des absents, je reconnais bien volontiers que le conformisme ambiant, pour ne pas dire le véritable terro­risme intellectuel qui règne aujourd'hui, disqualifie par avance quiconque n'adhère pas à la nouvelle croyance, et l'expose littéralement à l'invec­tive. Qui veut se démarquer du culte fédéral est aussitôt tenu par les faiseurs d'opinion (...) au mieux pour un contempteur de la modernité, un nostalgique ou un primaire, au pire pour un nationaliste for­cené tout prêt à renvoyer l'Europe aux vieux démons qui ont si souvent fait son malheur. Mais il est des moments où ce qui est en cause est tellement important que tout doit s'effacer. Et je ne parle pas ici au nom d'une France contre l'autre, car dès lors qu'il s'agit de la France, de la République et de la démocratie, il ne peut plus être question de la droite et de la gauche, l'enjeu, au. delà des partis, des clivages les plus naturels, des oppositions les plus légitimes, des querelles les plus anciennes, n'est rien de moins que notre communauté de destin. Et cette communauté de destin est gravement mise en péril par les accords, alors que ceux-ci ne sont ni la condition de la prospérité, ni la condition de la paix, Dans le monde tel qu'il est, l'idéal comme le réalisme commandaient de faire prévaloir une tout autre conception de l'Europe, voilà ce que je voudrais maintenant développer devant vous. Monsieur le président, madame, messieurs les ministres, mes chers collègues, que l'on ne s'y trompe pas la logique du processus de l'engrenage économique et politique mis au point à Maastricht est celle d'un fédéralisme au rabais fonda­mentalement anti-démocratique, faussement libéral et résolument technocratique, L'Europe qu'on nous propose n'est ni libre, ni juste, ni efficace. Elle enterre la conception de la souveraineté nationale et les grands principes issus de la Révolution : 1992 est littéralement l'anti 1789. Beau cadeau d'anniversaire que lui font, pour ses 200 ans, les pharisiens de cette Répu­blique qu'ils encensent dans leurs dis­cours et risquent de ruiner par leurs actes! Je sais bien que l'on veut à tout prix minimiser les enjeux et nous faire croire que nous ne cédons rien d'essentiel en ce qui concerne notre indépendance! Il est de bon ton, aujour­d'hui, de disserter à l'infini sur la signification m!me du concept de souveraineté, de le décomposer en menus mor­ceaux, d'affirmer qu'il admet de multiples exceptions, que la souveraineté monétaire, ce n'est pas du tout la même chose que l'identité collective, laquelle ne courrait aucun risque. Ou encore que l'impôt, la défense, les affaires étrangères, au fond, ne jouent qu'un rôle relatif dans l'exercice de la souve­raineté, Toutes ces arguties n'ont en réalité qu'un but : vider de sa signification ce mot gênant pour qu'il n'en soit plus question dans le débat. La méthode est habile. En présentant chaque abandon par­cellaire comme n'étant pas en soi décisif, on peut se per­mettre d'abandonner un à un les attributs de la souveraineté sans jamais convenir qu'on vise à la détruire dans son ensemble. Le procédé n'est pas nouveau. Il y a 2500 ans déjà, de demi-longueur en demi-longueur, Achille se rapprochait en courant de la tortue de Zénon sans jamais la rattraper.., Seu­lement, ce n'est là que paradoxe. Dans la réalité, Achille gagne bel et bien la course ; de même, à force de renonce­ments, aussi ténu que soit chacun d'eux, on va bel et bien finir par vider la souveraineté de son contenu. Car il s'agit là d'une notion globale, indivisible comme un nombre premier. On est souverain ou on ne l'est pas ! Mais on ne l'est jamais à demi. Par essence, la souveraineté est un absolu qui exclut toute idée de subordination et de compromission. Un peuple souverain n'a de comptes à rendre à personne et n'a, vis-à-vis des autres, que les devoirs et les obligations qu'il choisit librement de s'Imposer à lui-même. Souvenez-vous du cri de Chateaubriand à la tribune de la Chambre, en 1816 : « Si l'Europe civilisée voulait m'imposer la charte, j'irais vivre à Constantinople. » La souveraineté, cela ne se divise pas ni ne se partage et, bien sûr, cela ne se limite pas. Rappelons-nous d'ailleurs, pour avoir un exemple plus récent de ce que vous appelez de vos vœux, ce que put signi­fier pendant « le printemps de Prague» la doctrine de la souveraineté limitéé, tant il est vrai que la « souveraineté divisée », « la souveraineté partagée», « la souveraineté limitée» sont autant d'expressions pour signifier qu'il n'y a plus du tout de souveraineté ! Et, de fait, quand on accepte de prendre des décisions à la majorité sur des questions cruciales, et dès lors que ces décisions s'imposent à tous sans pouvoir jamais être remises en cause ultérieurement à l'échelon national, on passe clairement de la concertation à l'intégration, Aussi, quand on nous dit que les accords de Maastricht organisent une union d'Etats fondée sur la coopération intergouverne­mentale, on travestit délibérément la réalité, Tout au contraire, ces accords visent à rendre inapplicable le droit de veto et à créer des mécanismes qui échappent totalement aux Etats, En fait, ce traité est un « anticompromis » de Luxembourg en tant qu'iI interdit, non seulement aux parlements natio­naux mail aussi aux gouvernements, de faire prévaloir l'in­térêt national quand il est en cause puisque chacun s'engage à éviter autant que possible d'empêcher qu'il y ait unanimité lorsqu'une majorité qualifiée est favorable à la décision. Cela est vrai pour la politique monétaire et pour la poli­tique sociale. Mais cela le sera aussi pour la politique étran­gère et la politique de défense, D'ailleurs, vous nous l'avez rappelé, monsieur le ministre, les pays membres prennent eux-mêmes l'engagement de ne défendre que des positions communes au sein des organisations internationales, et cet engagement vaut aussi pour la France et le Royaume-Uni en leur qualité de membres permanents du Conseil de sécurité de l'O.N.U. : cette situation, contraire aux dispositions de la charte, plusieurs de nos partenaires l'interprètent déjà, nous le savons, comme une transition vers le transfert de ces deux sièges à la Communauté. Tout ce dispositif est donc fort peu respectueux de la sou­veraineté des Etats membres tant en ce qui concerne la nature des règles de décisions que le caractère irréversible des transferts de pouvoirs envisagés. Cessons donc de tricher, de dissimuler, de jouer sur les mots, de multiplier les sophismes, L'alternative est claire : nous devons conserver notre souveraineté ou y renoncer. Il est temps de nous demander comment nous en sommes arrivés à considérer cette question, incongrue il y a quelques mois encore, comme presque banale, comment nous en sommes arrivés à considérer la rupture de notre pacte social sinon comme normale, du moins comme nécessaire. Evidemment, et aujourd'hui encore, on s'échine à nous persuader qu'il n'y a là rien de nouveau. Rien de nouveau peut-être dans les arrière-pensées, mais nouveauté radicale par rapport aux engagements que nous avions pris jusqu'ici et qui étaient d'une tout autre nature, Mettons à part le traité instituant la Communauté euro­péenne du charbon et de l'acier, qui, au lendemain de la guerre, était tout imprégné d'une idéologie dirigiste et planifi­catrice, et qui s'est d'ailleurs soldé par un échec total, si l'on en juge par ce qui reste aujourd'hui de la sidérurgie euro­péenne ! Hormis donc le traité instituant le CECA, on pouvait considérer, avant le sommet de Maas­tricht, que nous n'avions pas ratifié beaucoup plus que des accords de coopération et de libre-échange, D'ailleurs, dix-­huit mois après la signature du traité de Rome, les consti­tuants de 1958 ont pu souligner et consacrer la plénitude de la souveraineté nationale. Et ils ne l'ont pas fait pas inadver­tance, comme a paru le suggérer M. Mitterrand, ou par négli­gence, comme a cru devoir le supposer M. le garde des sceaux, Faut-il rappeler, en effet, que le Traité de Rome ne mentionne que deux politiques communes dont l'une, celle des transports, n'a jamais vu le jour, tandis que l'autre, la politique agricole commune, ne fonctionnait que par consensus depuis que le compromis de Luxembourg avait mis fin - provisoirement - à toute tentation supranatio­nale ? Instaurer un marché commun, puis un marché unique, voilà tout ce à quoi la France s'était engagée, et il n'y aurait rien eu à redire concernant ces engagements-là, si ne s'était développé peu à peu, à force de règlements, de décisions et de directives, tout un droit communautaire dérivé, sans aucun rapport avec les objectifs fixés par les traités. De toute évidence se posait un pro­blème d'interprétation des textes, devenant de plus en plus grave au fur et à mesure que la connivence de la Commis­sion, du juge européen et des juges nationaux en venait à imposer aux pays membres la suprématie des textes commu­nautaires. L'exemple de l'Acte unique est, à cet égard, tout à fait révélateur. Ce traité déclare, en effet, que seront prises à la majorité toutes les mesures d'harmonisation nécessaires à la réalisation du marché unique, exception faite des mesures fis­cales. A priori, cela n'engage à aucun véritable transfert de souveraineté, si l'on veut bien considérer qu'un marche unique n'est pas un espace économique uniforme et qu'il n'est pas besoin de nombreuses mesures d'harmonisation pour faire jouer convenablement la concurrence entre les pays membres, soumis au principe de reconnaissance mutuelle des réglementations, Mais il a suffi que la Commis­sion, disposant de l'initiative des textes, décide que la réalisation du marché unique nécessitait l'adoption de trois cents directives d'harmonisation pour que celles-ci soient adoptées à la majorité sans qu'aucun recours ait pu être opposé à cette qualification arbitraire, la Cour de justice des Communautés étant elle-même convertie sans réserve à l'idéologie fédéra­liste. C'est ainsi que, dans les faits, notre engagement initial se révèle désormais bien plus contraignant que ce qui ressortait de la lettre du traité. Pour autant, ce n'est quand même, là encore, qu'un problème d'interprétation, pour lequel on pour­rait théoriquement trouver une solution constitutionnelle qui s'impose aux juges. Ce n'est plus du tout le cas avec les accords de Maastricht, qui ne souffrent d'aucune ambiguïté. On connaît l'argument: il nous faut faire l'Europe, donc il nous faut concéder une partie de notre souveraineté. Comme si cette relation causale allait de soi! Comme si le respect des souverainetés interdi­sait la coopération, l'ouverture, la solidarité! Comme si les Etats souverains en étaient fatalement réduits à un splendide isolement et condamnés à une politique frileuse de repliement sur soi! C'est oublier que, si cela lui parait nécessaire, un Etat peut souverainement décider de déléguer des compétences ou les exercer en commun avec d'autres. La querelle n'est pas pure­ment sémantique. C'est une chose, en effet, que de déléguer temporairement un pouvoir susceptible d'être récupéré lorsque la délégation n'est plus conforme à l'intérêt national ou ne répond plus aux exigences du moment. C'est tout autre chose que d'opérer un transfert sans retour pouvant contraindre un Etat à appliquer une politique contraire à ses intérêts et à ses choix. La coopération, la concertation, même quand elles sont poussées très loin, s'accommodent très bien du droit de veto. On peut même dire que le veto est le meilleur stimulant de la concertation puisqu'il oblige à prolonger la négociation jus­qu'au consentement général des Etats. C'est d'ailleurs sur cette philosophie qu'était fondé, j'y reviens, le fameux com­promis de Luxembourg, que après la politique de la chaise vide, de Gaulle imposa à nos partenaires et qui n'a pas empêché, bien au contraire, le développement d'une politique agricole commune. On pourra toujours objecter bien sûr que tout cela n'est pas très important puisque les traités ne sont jamais eux-­mêmes totalement irréversibles et que, le cas échéant, chaque pays membre pourra toujours les dénoncer en bloc. Les choses ne sont pas si simples. D'abord parce que, vérification faite, le traité ne prévoit ni sécession ni retrait. C'est même la première fois qu'un traité est ainsi marqué par la notion d'irréversibilité, et on ne sait que trop ce qu'il en est dans les systèmes où les Etats fédérés gardent pourtant, théoriquement, le droit de quitter la fédéra­tion. On sait comment aux Etats-Unis les Etats du Nord ont interprété ce droit quand les Etats du Sud ont voulu faire sécession. On sait aussi ce que celui-ci signifiait dans la Constitution soviétique. On sait ce qu'il veut dire en Yougos­lavie. Et quand bien même les perspectives seraient, en l'oc­currence, moins dramatiques, la question se pose de savoir si nous ne sommes pas en train de créer une situation dans laquelle la dénonciation en bloc des traités va devenir si malaisée et si coûteuse qu'elle ne sera bientôt plus qu'un solution illusoire. Il ne faut pas rêver. Sans monnaie, demain, sans défense, sans diplomatie, peut-être, après-demain, la France, au mieux, n'aurait pas plus de marge de manœuvre que n'en ont aujourd'hui l'Ukraine et l'Azerbaïdjan. Certains s'en accommodent. Quant à moi, Ce n'est pas l'avenir que je souhaite à mon pays. D'ailleurs, les tenants de la marche vers le fédéralisme ne cachent pas leur dessein. Ils veulent bel et bien, et ils le disent, que les progrès du fédéralisme soient sans retour en droit et, surtout, en pratique, et force est de constater que nous voilà d'ores et déjà pris dans un redoutable engrenage. Depuis que la règle de la majorité s'applique de plus en plus largement dans les prises de décision du Conseil européen et que les jurispru­dences convergentes de la Cour de cassation et du Conseil d'Etat admettent que les traités et le droit communautaire qui en est dérivé bénéficient d'une primauté absolue sur nos lois nationales, le Gouvernement, dès lors qu'il est en minorité au Conseil, non plus que le Parlement français, n'a plus son mot à dire pour infléchir les règles communautaires jugées inac­ceptables pour la France. Songez que le juge administratif n'éprouve plus aucune gêne à décider qu'un ministre commet une infraction en pre­nant un arrêté conforme à une loi nationale dès lors que cette loi est contraire à une directive communautaire, même si la loi est postérieure. L'administration peut même, à ce titre, se voir condamnée à verser des dommages et intérêts. Où allons-nous? Où allons-nous si le juge, tout en déclarant qu'il ne veut pas censurer la loi, s'arroge le droit de la rendre inopposable ou inapplicable? La République, ce n'est pas une justice aux ordres : mais ce n'est pas non plus le gouvernement des juges, a fortiori quand il s'agit de juges européens qui font parler l'esprit des traités ! Bientôt, pourtant, comme nous l'a annoncé M. Delors, au moins 80 p. 100 de notre droit interne sera d'origine commu­nautaire, et le juge ne laissera plus d'autre choix au législa­teur que le tout ou rien : ou se soumettre totalement ou dénoncer unilatéralement et en bloc des traités de plus en plus contraignants. Bref, quand, du fait de l'application des accords de Maas­tricht, notamment en ce qui concerne la monnaie unique, le coût de la dénonciation sera devenu exorbitant, le piège sera refermé et, demain, aucune majorité parlementaire, quelles que soient les circonstances, ne pourra raisonnablement revenir sur ce qui aura été fait. Craignons alors que, pour finir, les sentiments nationaux, à force d'être étouffés, ne s'exacerbent jusqu'à se muer en nationalismes et ne conduisent l'Europe, une fois encore, au bord de graves difficultés, car rien n'est plus dangereux qu'une nation trop longtemps frustrée de la souveraineté par laquelle s'exprime sa liberté, c'est-à-dire son droit imprescrip­tible à choisir son destin On ne joue pas impunément avec les peuples et leur his­toire. Toutes les chimères politiques sont appelées un jour ou l'autre à se briser sur les réalités historiques. La Russie a bel et bien fini par boire le communisme comme un buvard parce que la Russie avait plus de consistance historique que le communisme, mais à quel prix ? 1/5

🇫🇷 Gaullisme ☨

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