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Dominique de Villepin

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Ancien Premier ministre de la République française

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Et si l’Europe, en colonisant le monde, s’était aussi abîmée elle-même ? Et si le travail de décolonisation commençait d’abord à l’intérieur, dans notre regard, dans nos mots, dans nos habitudes de pensée ? Voilà les questions que pose Aimé Césaire dans son Discours sur le colonialisme. En transformant les peuples en objets, les terres en butin, l’Europe s’est ensauvagée. Première leçon de ce texte : une civilisation se juge à la manière dont elle traite ceux qu’elle pourrait vouloir écraser. Deuxième leçon : la langue est un champ de bataille. Césaire s’attaque aux mots qui anesthésient, comme ces « missions civilisatrices » qui, en réalité, sont une entreprise méthodique de déshumanisation. Il nous impose une discipline de fer : nommer avec justesse. Car mal nommer l’inacceptable, c’est lui permettre de s’accomplir sous le couvert de la respectabilité. Troisième leçon : l’universel n’est pas un masque à géométrie variable. Il n’existe pas de droits de l’homme qui s’arrêtent aux frontières ou à la couleur de peau. Accepter que certains soient « moins humains » que d’autres, c’est permettre la destruction de l’édifice entier de notre dignité. La quatrième leçon, enfin, c’est que l’indifférence est une complicité. Le colonialisme prospère dans l’habitude et le confort des consciences qui s’accommodent de la souffrance lointaine. Dès que la vie de l’autre devient une statistique ou un « dossier », nous préparons le lit des barbaries futures. Lire Césaire aujourd’hui est un acte de vigilance absolue : c’est refuser la chosification sous toutes ses formes, qu’elles soient économiques ou sécuritaires, et tenir l’humanité entière pour seule mesure afin de ne plus jamais laisser la force devenir la loi.

Dominique de Villepin

1,102,716 views • 5 months ago

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Je voudrais parler d’un enjeu majeur dont presque aucun candidat ne parle : la culture. Nous vivons une fausse abondance, une abondance de flux et une rareté du sens. Nous brûlons notre attention comme on brûle du pétrole. Et pendant ce temps, personne ne pose la vraie question : qu’est-ce qui nourrit un peuple ? Qu’est-ce qui élève un enfant ? Qu’est-ce qui fait qu’une nation se reconnaît dans un récit commun ? La France a répondu deux fois. En 1959, le Général de Gaulle avec Malraux : la culture pour tous. En 1981, François Mitterrand avec Jack Lang : la culture de tous. Depuis vingt ans, trop souvent, on se satisfait de la simple gestion, des guichets et des organigrammes. Nous n’avons jamais consacré autant de moyens à la culture, et pourtant jamais la vision n’a semblé aussi faible. Pendant que nous gérions, les plateformes ont pris la main sur une part croissante de l’imaginaire de nos enfants, les empires ont fait de la culture une arme, la Corée du Sud a fait de l’exportation culturelle une stratégie de puissance, et les machines se sont entraînées sur des millions d’œuvres sans garantir à leurs auteurs une juste rémunération. Je propose le troisième âge de notre politique culturelle : la culture par tous. Entre le marché total qui vend nos imaginaires et les empires qui les dictent, la France peut porter un troisième chemin : la culture comme bien commun, libre dans sa création, publique dans son accès, exigeante dans sa transmission.

Dominique de Villepin

80,456 views • 14 days ago

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Je veux vous parler de l'école, parce que l'école, chacun de nous la porte en soi. L'école a fait la République, et la République a fait l'école. Aujourd'hui, cette promesse se brise. Nos CM1 sont derniers de l'UE en mathématiques, 3 élèves sur 10 entrent en sixième sans savoir lire, et les candidats aux concours d'enseignants ont été divisés par deux en 25 ans. Et l'école trie. 64 % des élèves des grandes écoles viennent des 23 % les plus favorisés. Nous avons laissé l'école devenir un marché : marché des places, marché des études, marché de l'avenir. Et dans un marché, ce sont toujours les mêmes qui gagnent. Alors, que faire ? Priorité absolue au primaire, parce que tout se joue avant 11 ans. Exiger de l'enseignement privé financé par l'argent public sa pleine part des obligations de service public, à commencer par la mixité. Nos enfants doivent apprendre ensemble puisqu'ils auront à vivre ensemble. Renouveler le cadre scolaire, en consacrant les matinées aux savoirs fondamentaux, les après-midi aux savoir-faire pratiques et manuels, pour former des personnes entières, avec une tête, un cœur et des mains. En finir avec le tri trop précoce : un lycée commun jusqu'à 18 ans, où chacun compose son parcours par modules. Sortir de la solitude de l'orientation : remplaçons la boîte noire de Parcoursup, machine à stress, machine à refus, machine à solitude, par 3 vrais rendez-vous avec des professeurs en chair et en os. Rien ne changera sans les enseignants. Leur rendre du temps, de l'autorité, une perspective, une juste rémunération, et aller chercher de nouveaux hussards noirs de la République dans les quartiers populaires, les campagnes, les secondes carrières. Protéger enfin l'école du harcèlement, de la compétition qui épuise trop tôt et du bruit des réformes permanentes, avec un pacte de stabilité scolaire, 10 ans de constance. Les moyens existent. Un élève sur sept en moins dans 10 ans. Je maintiendrai chaque euro du budget de l'éducation, soit 13 % de moyens en plus par élève. Chaque génération a agrandi la promesse. La nôtre l'a laissée rétrécir. À nous de l'agrandir de nouveau.

Dominique de Villepin

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