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Dominique de Villepin

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Ancien Premier ministre de la République française

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Et si l’Europe, en colonisant le monde, s’était aussi abîmée elle-même ? Et si le travail de décolonisation commençait d’abord à l’intérieur, dans notre regard, dans nos mots, dans nos habitudes de pensée ? Voilà les questions que pose Aimé Césaire dans son Discours sur le colonialisme. En transformant les peuples en objets, les terres en butin, l’Europe s’est ensauvagée. Première leçon de ce texte : une civilisation se juge à la manière dont elle traite ceux qu’elle pourrait vouloir écraser. Deuxième leçon : la langue est un champ de bataille. Césaire s’attaque aux mots qui anesthésient, comme ces « missions civilisatrices » qui, en réalité, sont une entreprise méthodique de déshumanisation. Il nous impose une discipline de fer : nommer avec justesse. Car mal nommer l’inacceptable, c’est lui permettre de s’accomplir sous le couvert de la respectabilité. Troisième leçon : l’universel n’est pas un masque à géométrie variable. Il n’existe pas de droits de l’homme qui s’arrêtent aux frontières ou à la couleur de peau. Accepter que certains soient « moins humains » que d’autres, c’est permettre la destruction de l’édifice entier de notre dignité. La quatrième leçon, enfin, c’est que l’indifférence est une complicité. Le colonialisme prospère dans l’habitude et le confort des consciences qui s’accommodent de la souffrance lointaine. Dès que la vie de l’autre devient une statistique ou un « dossier », nous préparons le lit des barbaries futures. Lire Césaire aujourd’hui est un acte de vigilance absolue : c’est refuser la chosification sous toutes ses formes, qu’elles soient économiques ou sécuritaires, et tenir l’humanité entière pour seule mesure afin de ne plus jamais laisser la force devenir la loi.

Dominique de Villepin

1,092,154 görüntüleme • 2 ay önce

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Perceval. Son nom a traversé les siècles et nous parvient aujourd’hui comme l’un des plus célèbres héros de la cour du roi Arthur. Rien ne prédestinait pourtant l’enfant qu’il était à devenir chevalier, lui que sa mère protégeait jalousement de la violence et de la civilisation. Dans Le Conte du Graal, de Chrétien de Troyes, l’adolescent quitte l’enfance rustique pour la chevalerie brillante. Il apprend ce nouveau monde par l’imitation, appliquant des règles sans en saisir le sens, jusqu’à transformer le conseil de son initiateur - « ne parle pas trop » - en un absolu sclérosant. Reçu au château du Roi Pêcheur, il assiste à la procession de la lance qui saigne et du Graal, mais s’enferme dans un silence de pure procédure. Il manque ainsi l’essentiel : poser la question qui sauve, celle qui reconnaît la douleur de l’autre et transforme la curiosité en acte de charité. Si j’ai voulu partager avec vous ce récit, c’est parce qu’il nous livre quatre enseignements d’une modernité intacte. D’abord, l’innocence n’est pas la bonté, parce qu’être juste, c’est écouter et comprendre. Ensuite, les règles peuvent être dangereuses quand elles sont sans esprit, et une société se perd lorsqu’elle sacralise les procédures au détriment de leur fidélité humaine. Troisièmement, la question est un acte majeur, une épreuve de conscience, une rupture avec l’indifférence. Enfin, l’apprentissage est un deuil, et l’on perd toujours un peu de soi en affrontant son destin. Le roman est inachevé, et c’est tant mieux. Nous ne saurons jamais si Perceval atteint le Graal tant recherché. Mais ce qui compte vraiment, c’est d’en être digne. Et cela commence par cette phrase simple adressée à la souffrance d’autrui : « Que signifie ta douleur ? Que puis-je faire pour t'aider ? »

Dominique de Villepin

110,227 görüntüleme • 1 ay önce

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Il y a 9 mois, nous avons fondé la France Humaniste. Un mouvement différent, singulier, unique, pour réunir des femmes et des hommes désireux de défendre ensemble un nouveau projet républicain autour de deux promesses : la justice sociale et l’ordre républicain. Un mouvement dans lequel il n’y aura pas de chefs, pas de guerres intestines, encore moins de soldats aux ordres. Aujourd’hui, nous sommes plus de 60 000, dans tous les départements, sur tous les continents. Pendant ces neuf mois, je suis venu à votre rencontre. À Marseille, Bordeaux, Garges-lès-Gonnesse, Mantes-la-Ville, Grenoble, Fort-de-France, Damazan, Nantes, à Lille, et dans tant d’autres villes. Partout, vous m’avez demandé : « Quand est-ce qu’on passe à l’action ? » C’est aujourd’hui. Partout, je vous lance un appel. Créez des cercles humanistes. Dans votre quartier, dans votre ville, dans votre village. Retrouvez-vous autour d'une table pour échanger, pour réfléchir, et surtout pour vous écouter, pour débattre. Géographiques, thématiques, professionnels : ces cercles vous appartiennent. Ils doivent vous ressembler, ressembler à votre diversité et à la pluralité de vos idées et de vos parcours. Ils seront l’échelon de base de notre mouvement, le coeur militant sur lequel nous allons construire notre force et notre puissance. Avec la France Humaniste, nous avons essayé de penser à tout. Désormais, sur le site internet, vous pouvez créer votre cercle humaniste, et accéder à tous les outils pour vous aider à organiser des événements, partout dans le pays. Avec quelques amis, quelques voisins, quelques camarades, avec les femmes et les hommes qui vous entourent et qui veulent s'engager. Et nous voulons que vous fassiez déborder ce mouvement, que vous en preniez possession, que vous en deveniez les ambassadeurs et les moteurs. À très bientôt, Dominique de Villepin.

Dominique de Villepin

122,307 görüntüleme • 3 ay önce